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Un prêtre pédophile en taule

Le religieux a sévi pendant des années à l’endroit de pensionnaires d’un collège privé en Montérégie

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SALABERRY-DE-VALLEYFIELD | Prison, dépressions, cauchemars, décrochage scolaire : neuf survivants d’un prêtre pédophile ont livré mercredi de puissants témoignages sur les ravages des agressions subies dans les années 1980 aux mains du religieux condamné à trois ans et demi de pénitencier.

« J’ai essayé de mettre ces événements derrière moi, mais ça ne s’oublie pas. J’ai encore des flashbacks, des nuits blanches pendant lesquelles je ne suis pas capable d’oublier les agressions », a raconté Brian Ford, une des victimes qui a décidé de parler à visage découvert.

Le prêtre Jean Pilon, 79 ans, au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield mercredi tout juste avant de prendre le chemin du pénitencier pour les 42 prochains mois.
Photo Chantal Poirier
Le prêtre Jean Pilon, 79 ans, au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield mercredi tout juste avant de prendre le chemin du pénitencier pour les 42 prochains mois.

Son agresseur, le prêtre Jean Pilon, de la congrégation des Clercs de Saint-Viateur, a plaidé coupable mercredi à 12 accusations de grossière indécence au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield.

L’homme de 79 ans a reconnu avoir fait 12 victimes en près d’une décennie, tous des élèves de secondaire un à cinq du Collège Bourget, à Rigaud, en Montérégie.

À cette époque, l’homme y était professeur de pastorale. Il disposait d’une chambre adjacente à son bureau, où il se livrait à des massages sur certains élèves. À plusieurs reprises s’en sont suivis « des attouchements intrusifs à caractère sexuel », a indiqué la procureure de la Couronne, Me Mylène Brown.

Des vies brisées 

Parmi les 11 victimes présentes à l’audience de mercredi, neuf d’entre elles ont raconté au tribunal les conséquences de ces gestes sur leur vie.

« J’ai fait des tentatives de suicide, dont une au collège. Je me suis automutilée, j’ai fait des fugues. Quand je pense aux autres victimes, je me sens responsable. Peut-être que si [j’avais dénoncé], on ne serait pas ici 30 ans plus tard », a témoigné avec émotion une femme plaignante.

Un homme de 45 ans a pour sa part sombré dans la criminalité avant de se retrouver à la rue et de se prostituer. Le père de famille a finalement suivi une thérapie et consulte encore psychiatre et psychologue.

D’autres ont raconté au juge avoir fait des dépressions, souffert de diverses dépendances en plus de vivre avec des troubles d’anxiété et parfois même des symptômes de stress post-traumatique.

Trop anéantis par les événements, deux survivants ont même laissé tomber l’idée de poursuivre des études universitaires. Plusieurs ont confié ressentir encore aujourd’hui un sentiment de colère et de honte. Certains retenaient d’ailleurs difficilement leurs larmes en entendant les témoignages de leurs pairs.

Le prêtre Pilon fixait le sol, parfois avec les yeux fermés, en écoutant les victimes qui se tenaient droites devant lui.

« Démoli »

« Je suis démoli profondément avec ce que je viens d’entendre. Ça me fait mal », a-t-il dit avant de demander pardon.

Ces quelques mots ont fait réagir de mécontentement quelques-unes des victimes ainsi que leurs proches.

Sous leur regard attentif, l’accusé a été amené en détention après que le juge Bertrand St-Arnaud eut entériné la suggestion commune de 42 mois d’emprisonnement.

« Une peine plus sévère aurait été souhaitée par la poursuite, mais ce qui est important, c’est qu’on vient aujourd’hui de remettre la culpabilité sur les épaules de la bonne personne, Jean Pilon », a commenté Me Mylène Brown.

Certains survivants auraient eux aussi voulu une sentence plus longue.

« Ça fait 35 ans que je suis en prison dans ma tête, que je garde pour moi la honte et l’angoisse que je ressens », a dit l’un d’eux.

58 victimes

Le survivant Brian Ford, devenu policier il y a 28 ans surtout pour aider les victimes de toutes sortes, représente également une action collective contre les Clercs de Saint-Viateur du Canada.

« L’action collective regroupe 360 personnes, dont 58 sont des victimes du père Pilon », a décrit l’avocat Alain Arsenault.

Le civiliste a précisé que les négociations vont bon train dans ce dossier et que des bonnes nouvelles devraient être annoncées aux victimes en septembre. 

Ce qu’ils ont dit  

« J’ai décidé de livrer un témoignage public pour lancer le message aux autres victimes qu’il y a toujours espoir. On est plusieurs à avoir eu le courage de dénoncer. C’est un début de guérison, ça met un baume sur notre cicatrice. »

– Brian Ford, victime, devenu policier


« Je suis un homme meurtri, blessé et traumatisé. J’ai malgré tout trouvé la force de témoigner et de dénoncer. J’ose croire que je suis résilient, un survivant. Aujourd’hui, la honte change définitivement de camp. »

– Un homme agressé alors qu’il avait 13 ans


« Ma vie a basculé à 14 ans. Vous avez fait le choix de me couper les ailes. »

– Un homme victime, devenu enseignant


« Ce gars a réellement détruit nos vies. J’ai été brisé très jeune. Après, j’ai repris ma vie en main... du mieux que j’ai pu. »

– Une autre victime