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La polarisation ne prend pas de vacances

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Aux États-Unis, même au cœur de l’été, l’actualité riche en événements rappelle que tout est devenu prétexte à entretenir les divisions partisanes.

Il y a quelque chose de malsain dans cette polarisation partisane, que James Madison, l’architecte de la Constitution américaine, voyait comme une menace à la survie d’une république gouvernée par et pour ses citoyens.Bien sûr, les tensions politiques ne sont pas nouvelles dans ce pays à l’histoire tumultueuse, mais ce qui a permis au système politique de fonctionner adéquatement pendant ses années fastes était le fait que la plupart des clivages qu’on retrouve dans toute société libre se trouvaient autant à l’intérieur des partis politiques qu’entre eux. Ce n’est plus vrai, comme en témoigne l’actualité d’un été politiquement chaud.

Omniprésente partisanerie

Le Congrès tergiverse sur des enjeux qui devraient faire l’unanimité, comme le renouvellement des infrastructures désuètes. Les minces chances de compromis bipartisan risquent fort d’être effacées par la réaction puérile de Donald Trump, qui interdit formellement à ses cultistes d’accorder une « victoire » à Joe Biden là où il a lui-même échoué. Les républicains feront également tout pour saborder la commission visant à faire la lumière sur l’insurrection violente du 6 janvier au Capitole, puisqu’ils savent pertinemment que les émeutiers représentent le noyau dur de leur base partisane et qu’ils répondaient aux commandes de Trump.

La recrudescence de la COVID-19 parmi les millions d’Américains non vaccinés est la résultante directe de la politisation insensée de cette pandémie par les républicains, qui continue à entraîner des milliers de décès évitables.

L’égalité d’accès au vote pour tous devrait faire l’unanimité, mais, dans plusieurs États, les républicains multiplient les obstacles à l’exercice du droit de vote de certaines catégories de citoyens pour cimenter leur emprise du pouvoir.

Même les Jeux olympiques sont prétexte à chicanes partisanes. Après s’être retirée de la compétition, pour des raisons comprises et acceptées par son équipe, la gymnaste Simone Biles a immédiatement été la cible de viles accusations de commentateurs de droite.

Aux États-Unis, toutes les controverses sont récupérées par la politique partisane. Rien n’y échappe.

Le péril des factions

Au moment de mettre en place les institutions de la nouvelle République américaine, James Madison se méfiait du factionnalisme. Selon lui, chaque individu possède des identités et des intérêts multiples qui peuvent l’inciter à joindre diverses coalitions selon les circonstances. Puisqu’un opposant sur un enjeu peut être un allié sur un autre, il n’y a pas lieu de s’en faire un ennemi. Selon Madison, le but de la politique ne saurait être la victoire à tout prix, mais le maintien d’un équilibre où aucune faction n’a le contrôle absolu.

Cet équilibre est aujourd’hui menacé. Le Parti démocrate, qui est lui-même une coalition d’identités et d’intérêts variés, s’accroche encore tant bien que mal à l’idéal madisonien. Le Parti républicain, qui a une base partisane plus homogène dont les préférences sont alignées sur presque tous les enjeux, voit le jeu politique comme une guerre à finir.

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