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Les deux frères «contrôlaient» la vie de leur sœur cadette

L’ado enlevée lundi à Montréal vivait sous le joug de sa famille a-t-on décrit au tribunal

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Photo Agence QMI, Yves Poirier

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L’ado de 16 ans qui aurait été kidnappée par deux de ses frères lundi était sous le joug de sa famille, qui contrôlait plusieurs aspects de sa vie, de son cellulaire jusqu’à son habillement.

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Les circonstances troublantes derrière l’enlèvement de cette adolescente ainsi que le climat familial autoritaire qui régnait chez elle ont été révélés jeudi au palais de justice de Montréal, alors qu’un des frères accusés subissait son enquête sur remise en liberté.

« Elle doit donner son argent à [son frère]. Elle ne peut avoir d’amis, elle ne peut vapoter, elle ne peut s’habiller de façon à laisser entrevoir ses formes. Ses frères contrôlent ses textos et on lui a coupé le Wi-Fi de sa résidence, ce qui lui a causé des échecs scolaires », a résumé en cour le procureur de la Couronne, Me Bruno Ménard.  

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L’accusé de 21 ans, qu’on ne peut nommer afin de protéger l’identité de la victime, fait face à des chefs d’accusation d’enlèvement, de séquestration, de voies de fait et de menaces de mort envers sa petite sœur.

Rester détenu

Me Ménard a plaidé jeudi que le jeune homme devait rester détenu en attendant la suite des procédures, vu la gravité des accusations, mais aussi la domination qu’il exerçait sur la victime.

Lundi soir, vers 23 h, les deux frères aînés de l’adolescente ont fait irruption dans le restaurant de Kirkland où elle travaillait et l’ont violemment sortie du commerce, pour la mettre de force dans une voiture où attendait un troisième homme.

« Ils vont déclarer aux gens [dans le restaurant] qui résistent : “Pourquoi vous résistez ? C’est notre sœur, on a le droit de faire ça” », a décrit avec stupéfaction Me Ménard.

Des enquêteurs de la police de Montréal sortent du B12 Burger, où l’adolescente a été enlevée lundi soir.
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Des enquêteurs de la police de Montréal sortent du B12 Burger, où l’adolescente a été enlevée lundi soir.

Alors que l’ado était retenue contre son gré, son frère l’aurait menacée de mort.

« Il lui dit : “Si tu vas à la police, inquiète-toi pas, j’ai plus d’une manière de te mettre une balle dans la tête” », a relaté la Couronne.

Une alerte Amber a été déclenchée tôt mardi matin et peu de temps après, un des coaccusés est allé reconduire la victime dans un poste de police de Montréal.

L’ado a alors expliqué aux enquêteurs que ses frères « contrôlaient sa vie » depuis un certain temps, a déclaré Me Ménard.

Son frère de 21 ans lui aurait notamment interdit de travailler et se serait même présenté sur son lieu de travail pour dire qu’elle allait démissionner, et ce, contre la volonté de l’ado. Il aurait aussi déchiré son uniforme.

La mère aussi

Lors de l’audience de jeudi, le procureur de la Couronne a aussi dénoncé le contexte de « domination familiale » qui régnait chez la victime, affirmant que sa mère prévoyait la faire examiner afin de s’assurer qu’elle ne s’adonnait pas à des activités sexuelles.


Les deux autres coaccusés n’ont pas demandé leur remise en liberté pour le moment.

L’alerte Amber a mis fin à l’enlèvement 

C’est grâce au déclenchement d’une alerte Amber mardi matin que le calvaire de l’adolescente a pris fin, huit heures après son kidnapping.

« N’eût été l’alerte Amber, est-ce qu’on aurait eu le même résultat ? » s’est demandé la juge Joëlle Roy jeudi, pendant l’enquête sur remise en liberté d’un des frères de la victime.

C’est la notification envoyée à tout le Québec qui aurait fait réaliser aux personnes impliquées dans l’affaire « l’ampleur de la situation », selon Me Bruno Bouthillier, qui défend l’accusé.

Le procureur de la Couronne, Bruno Ménard a abondé dans le même sens que son collègue.

Les photos d’un des accusés, de la victime et du véhicule suspect ont été largement partagées tant par les médias que sur les réseaux sociaux.

« Ça a pris des proportions immenses et disproportionnées. [...] Pour eux, ils prennent la sœur et la ramènent à la maison. On parle d’un jeune homme sans antécédents », a-t-il plaidé.

Un « bon, bon frère »

L’accusé de 21 ans a témoigné lors de l’audience, disant qu’il comprenait la gravité de la situation et qu’il respecterait toutes les conditions qui lui seraient imposées, advenant qu’il soit remis en liberté. 

« Si vous voulez demander, je suis un bon, bon frère, je leur apprends ce que je peux le plus. J’essaie d’être là le plus possible », a-t-il plaidé.


La juge Joëlle Roy doit rendre sa décision vendredi.