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Regarder les Jeux est devenu un sport en soi

Jeux olympiques TikTok
Photo montage, Marilyne Houde

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Rien ne saurait mieux décrire la couverture des Olympiques par CBC/Radio-Canada que l’adage québécois bien connu : « Trop, c’est comme pas assez ! »

Est-ce parce que ces Jeux auraient dû avoir lieu l’an dernier qu’on a perdu autant d’intérêt ? Est-ce à cause de l’important décalage ? Quand il sera midi, aujourd’hui, au Québec, il sera 1 h du matin vendredi à Tokyo. Est-ce la pandémie qui nous a tous mis à l’envers ? Est-ce parce que les athlètes s’escriment dans le silence oppressant des stades vides ? Est-ce parce que les Japonais eux-mêmes ont l’air de se foutre des Jeux comme de leur premier kimono ?

Ou serait-ce simplement parce qu’il y a tant de chaînes de télévision et de plateformes numériques qui diffusent les Jeux qu’on ne sait plus où donner de la tête ? Tel match est-il diffusé à Ici Télé, à RDS, à CBC, à tou.tv, à Gem, à TSN ou à Prime Video ? En direct ou en différé ? Est-il diffusé en streaming ? Sur YouTube, sur RBC Spotlight ? Sur Facebook ou sur Twitter ? Et où vais-je trouver l’information ?

UN SPORT EN SOI

Cette orgie de chaînes et de plateformes fait en sorte que regarder les Jeux est devenu un sport en soi. Une expérience numérique qui dépasse les capacités de plus d’un spectateur, même les miennes. 

Pour peu qu’on soit averti, toutefois, on peut regarder juste ce que l’on veut des Jeux, mais tout ce que l’on veut. J’ai regardé, par exemple, avec fierté chaque essai de Maude Charron, la championne de Sainte-Luce, qui a fait la barbe à toutes les autres haltérophiles du monde pour remporter une médaille d’or.

J’ai vu perdre, la larme à l’œil (son œil et le mien), la boxeuse Mandy Bujold contre la Serbe Nina Radovanovic. La boxeuse de Cobourg, en Ontario, avait pourtant knockouté le comité olympique, qui ne voulait pas reconnaître le rang qu’elle avait atteint avant sa grossesse, lui fermant ainsi les portes de Tokyo.

Je ne me souviens plus si c’est en direct ou en différé que j’ai vu perdre Gabriela Dabrowski et Félix Auger-Aliassime contre Tsitsipas et Maria Sakkari. Mais je me rappelle très bien avoir constaté, une fois de plus, à quel point Hélène Pelletier est devenue bavarde. Au tennis, trop de commentaires, c’est comme pas assez.

J’EN APPRENDS DES CHOSES

Depuis le début des Jeux, j’en apprends chaque jour. Merci, Radio-Canada ! Je sais désormais que la boxeuse Tammara Thibeault a baptisé son chien Rocky en l’honneur de Sylvester Stallone, la vedette du film Rocky. Je sais que le méchant empereur Néron s’était proclamé vainqueur de la course de chars même s’il avait chuté à mi-parcours. Je sais que les 5000 médailles qui seront distribuées à Tokyo sont fabriquées de matériaux recyclés. Je sais aussi que je n’en saurai jamais plus sur les camions GMC, les autos Toyota et Honda, Canadian Tire, Rachelle Béry, etc., sans parler des promos sur Diggstown, District 31, etc., etc.

Enfin, je sais que CBC/Radio-Canada veut rassurer ses commanditaires en écrivant dans son plus récent communiqué « que depuis le début des compétitions, CBC et ses partenaires ont rejoint 18,7 millions de Canadiens, soit 50 % de la population, et qu’Ici Télé et RDS ont rejoint 4,4 millions de personnes, soit 59 % de la population québécoise ».

Pendant ce temps, l’audience de toutes les télévisions a dégringolé : de 32 % aux États-Unis et entre 16 % et 25 % en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et en Espagne. Malgré tout, les diffuseurs se consolent, les audiences olympiques dominant encore toutes les autres.