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Travailleurs agricoles guatémaltèques interceptés à la frontière canado-américaine

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Trois travailleurs agricoles guatémaltèques en fuite, dont un qui avait déserté un vignoble de Bécancour samedi, ont été arrêtés par la police américaine mercredi.

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Ils ont été ramenés au Québec et seront déportés vers leur pays d'origine. Retourner dans l'exploitation agricole qui les employait n'était pas une option.

Ces interceptions s'ajoutent à celles survenues quelques jours plus tôt où trois autres travailleurs étrangers ont fui des exploitations maraîchères de l'île d'Orléans.

Pour le Réseau d'aide aux travailleurs agricoles migrants du Québec (RATTMAQ), il est clair que c'est le rêve américain qui les incite à traverser clandestinement la frontière. «Les États-Unis c'est l'eldorado de leur pays; le Guatemala qui est un pays très pauvre. L'Amérique du Nord est quelque chose d'extraordinaire pour eux. Ils voient l'opulence. Ils voient la richesse», a observé Michel Pilon, directeur général du RATTMAQ.

On en est cet été au Québec à une quarantaine de désertions. Des exploitants agricoles se retrouvent, du coup, privés d'une précieuse main- d'œuvre. «Ça cause des difficultés à l'entreprise surtout quand une entreprise qui est petite n'en a qu'un ou deux. C'est catastrophique», a déploré Fernando Borja, directeur général de Ferme Québec, un organisme qui recrute des travailleurs étrangers pour les entreprises agricoles.

L'UPA Centre-du-Québec constate le phénomène et croit que certains travailleurs guatémaltèques ont peut-être planifié depuis longtemps de profiter du Programme canadien des travailleurs étrangers temporaires pour entrer par la suite aux États-Unis.

La chose apparaît plus facile que de tenter de le faire via le Mexique. «La frontière entre les États-Unis et le Mexique semble être quand même assez difficile à pénétrer avec l'œuvre de M. Trump», a fait remarquer Daniel Habel, président de l'UPA Centre-du-Québec.

Mettre un terme aux permis de travail fermés pour éviter les déserteurs  

Kariane Bourassa

Pour endiguer la vague de travailleurs qui quittent illégalement leur emploi, plusieurs organismes qui luttent pour le droit des travailleurs étrangers demandent la fin des permis de travail fermés, qui les lient avec leurs employeurs.

Alors que certains migrants prennent la clé des champs pour tenter de vivre le rêve américain, d'autres tentent simplement de fuir des conditions de vie jugées dangereuses.

«Cette année on a aidé 32 travailleurs étrangers à quitter leur emploi. On voit de tout, du non-respect de la loi sur les normes du travail, non-paiement des jours fériés, non-paiement des vacances, on a du harcèlement psychologique, du harcèlement sexuel même. Nous on pense que c'est une forme d'esclavagisme moderne», a raconté Véronique Tessier coordinatrice régionale du Réseau d'aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec.

L’organisme demande la fin des permis de travail fermés. «Lorsqu'un travailleur arrive, il n'a le droit de travailler que pour l'employeur qui l'a fait venir», a-t-elle expliqué.

Cette façon de faire, donnerait selon Mme Tessier, trop de pouvoir aux employeurs.
«La peur de dénoncer est généralisée chez cette main-d'œuvre-là, car la conséquence ultime est d'être retourné dans leur pays», a-t-elle dit.

Selon le Réseau d'aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec, en pleine pénurie de main-d'œuvre, plusieurs travailleurs choisissent donc de quitter illégalement leur emploi pour tenter de trouver un travail qui offre de meilleures conditions. Mais déserter un emploi (même si celui-ci offre des conditions de vie exécrables), fait des travailleurs des citoyens illégaux.

Des discussions avec le fédéral sont en cours, et d'autres avenues sont envisagées. «On pense à des permis sectoriels qui permettraient au travailleur de rester dans l'industrie agricole, mais de changer d'employeur si ses droits ne sont pas respectés», a expliqué Mme Tessier.