/opinion/columnists
Navigation

Le choix de Mary...

Coup d'oeil sur cet article

Ayant présidé l’assermentation de la nouvelle gouverneure générale, Justin Trudeau s’apprête à lui solliciter une petite faveur : des élections. 

À peine installée à Rideau Hall, Mary Simon vient tout juste de recevoir une lettre de Jagmeet Singh lui demandant de ne pas acquiescer. Bienvenue dans la partie profonde de la piscine de madame la gouverneure générale ! 

Lorsque Stéphane Dion, Jack Layton et Gilles Duceppe se sont entendus pour essayer de balancer Stephen Harper par-dessus bord, une autre gouverneure générale, Michaëlle Jean, s’est retrouvée avec un problème similaire. 

Harper avait décidé de tirer la plogue sur le Parlement pour mieux revenir après cette « prorogation ». Pour le faire, il avait besoin de la bénédiction de Mme Jean. Les experts constitutionnels n’avaient pas eu autant de plaisir depuis Meech et Charlottetown. 

DEUX THÈSES S’AFFRONTENT

Une école de pensée veut que ni la gouverneure générale ni les lieutenants-gouverneurs des provinces n’ont d’existence réelle. Ils doivent aveuglément se plier aux demandes des chefs de gouvernement que sont les premiers ministres.  

Ça serait trop facile en matière constitutionnelle s’il n’y avait qu’une seule réponse possible ! L’autre école de pensée aurait vu Michaëlle Jean refuser de « proroger » le Parlement, demandant à M. Harper de chercher la confiance de la Chambre, ce qui aurait conduit à la défaite certaine de son gouvernement minoritaire. 

En l’occurrence, Mme Jean a acquiescé et Harper a continué de gouverner après la prorogation. 

ÉLECTIONS À DATE FIXE

Au Canada, nous avons des élections à date fixe, sauf que... un premier ministre peut à tout moment demander que la gouverneure générale dissolve le Parlement et déclenche ainsi des élections générales. La question est de savoir si elle a le choix. 

Cette fois-ci, il n’y a absolument aucune raison valable de ne pas respecter la date fixée par la loi (2023). Aucune crise, sauf les crises de nerfs de Trudeau qui doit, ô horreur !... travailler avec les autres. 

Ses budgets ont été adoptés, il a gagné ses votes de confiance. Le pays fonctionne. C’est purement pour l’intérêt partisan des libéraux qu’il veut des élections, pas pour l’intérêt du public ou celui du Parlement. 

Justin Trudeau pense que des élections lui sont dues. Après tout, il n’aime vraiment pas être obligé de trouver des compromis avec les autres partis. Il constate que le soutien aux conservateurs est en étiage, et hop !, let’s go.

Trudeau a vertement critiqué Singh d’oser faire une telle demande à Mme Simon, ce qui est ironique. Le même Justin Trudeau était d’accord avec la demande de son chef d’alors, Stéphane Dion, auprès de Michaëlle Jean. 

Notre Parlement est d’inspiration britannique. Même à Westminster, le premier ministre ne peut plus, juste en claquant les doigts, avoir des élections quand c’est dans son intérêt ou celui de son parti.

Mary Simon a toute la latitude constitutionnelle nécessaire pour demander à monsieur Trudeau de solliciter la confiance de la Chambre via un vote de confiance. 

C’est seulement si cette confiance lui est refusée qu’elle devrait accepter la demande de Trudeau de contourner la loi qui fixe la date de nos élections générales.