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Le scandale des pensionnats autochtones bouleverse la société

Le scandale des pensionnats autochtones bouleverse la société
AFP

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MONTRÉAL, Canada | Organiser une collecte de fonds, tourner le dos à l’Église, s’informer davantage... Le récent scandale des pensionnats pour autochtones a provoqué un électrochoc pour de nombreux Canadiens, qui veulent maintenant « connaître la vérité » pour faire avancer la réconciliation.

« C’est définitivement un tournant », estime Ghislain Picard chef des communautés autochtones du Québec et du Labrador. « Les gens sont plus sensibles maintenant. Ils veulent connaître la vérité » de ce sombre chapitre du Canada.

Ce pan d’histoire a déjà été largement documenté ces dernières années, y compris dans un grand rapport en 2015, mais sans provoquer de prise de conscience collective jusqu’à la découverte récente de tombes anonymes près des pensionnats pour autochtones.

Des dizaines de milliers d’enfants des Premières nations, inuits, et métis, ont été enrôlés de force dans ces institutions catholiques de la fin du 19e siècle aux années 1990, écartés de leurs familles et de leur culture. Des milliers n’en sont jamais revenus.

« C’était prévisible qu’on allait un jour découvrir quelque chose comme ça », explique avec désolation Marie-Christine Boivin-Fournier, Montréalaise de 33 ans, qui s’est dite « choquée » par les récentes découvertes.

Elle a donc décidé d’agir : plus tôt ce mois-ci, la Québécoise a demandé pour son anniversaire aux gens de donner de l’argent pour une collecte de fonds en guise de cadeaux après avoir beaucoup lu sur « les pensionnats, le génocide colonial et la disparition des femmes et des filles autochtones ».

Un « geste simple », salué par l’organisme bénéficiaire du don. 

« Les actions sont plus importantes que les mots », affirme Nakuset, directrice générale du foyer, qui a même trouvé un mot pour les qualifier : la « réconciliation ». 

Son organisme a reçu « beaucoup de dons » le 1er juillet, à l’occasion de la fête du Canada, marquée cette année par des manifestations à travers le pays.

« On leur a tout pris »

Si certains ont choisi d’appuyer les autochtones en participant à des marches ou en faisant des dons, d’autres veulent faire une croix sur l’Église catholique en signe de protestation. C’est le cas de Kim Verreault, qui a entamé les démarches pour une demande d’apostasie, c’est-à-dire de l’abandon formel de la communauté catholique.

« Je ne vois pas l’utilité de rester dans la religion catholique. C’est un geste d’engagement et c’est un message que je veux lancer aussi », dit la Québécoise de 49 ans, expliquant que les récentes découvertes ont été l’élément déclencheur de sa réflexion.

« On a volé leur territoire, leurs enfants, leur culture, leur spiritualité, leur nom et leur vie. On a tout pris, finalement. C’est inacceptable », raconte avec dégoût la résidente de Granby près de Montréal, née dans une famille catholique avec une mère pratiquante.

Pour Marie-Pierre Bousquet, professeure d’anthropologie à l’Université de Montréal, les récentes découvertes sont un « choc frontal » pour la société canadienne. « Les gens découvrent que ce n’était pas uniquement des photos en noir et blanc d’enfants dans des classes à l’autre bout du pays. C’est devenu tangible, concret ».

« Ce n’est pas l’image que les Canadiens avaient de leur pays, ce n’est pas un pays où on enterre des enfants à la sauvette. Ils le voient comme une grande démocratie multiculturelle, avec un passé glorieux, de grands espaces, pas un pays bâti sur un génocide. Finalement, on s’aperçoit que c’est un mythe. C’est un réveil très brutal. »

Et concrètement, à l’université, cela se traduit par des programmes d’études autochtones qui voient leur effectif soudainement se multiplier.

À la faculté des études autochtones de l’université de l’Alberta, « la semaine du 5 juillet, nous avons eu 40 000 inscriptions. C’est énorme! », explique, encore tout étonné, Paul Gareau.

Cet enseignant métis, originaire de la Saskatchewan, une province du centre du pays, estime que « c’est un indicateur que les gens sont en train de réagir et la seule explication que je peux trouver, ce sont les découvertes concernant les pensionnats autochtones ».

À long terme, la professeure Marie-Pierre Bousquet s’attend à une plus grande demande des Canadiens « pour être informée », d’autant plus que l’histoire n’est pas terminée. De nombreuses recherches sont en cours sur les sites des pensionnats.

Les chercheurs estiment qu’environ 150 000 enfants sont passés par ces pensionnats et plus de 4000, soumis à de mauvais traitements ou à des abus sexuels, y ont trouvé la mort.

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