/sports/jo
Navigation

Athlétisme: des records menacés par des souliers à la fine pointe

Les avancées technologiques sèment la discorde dans la communauté de l’athlétisme

Dans sa main droite, Jimmy Gobeil présente le modèle Alphafly Next, qui fait fureur auprès des marathoniens, tandis que dans sa main gauche, c’est le Maxfly qui sert la cause des sprinters.
Photo Didier Debusschère Dans sa main droite, Jimmy Gobeil présente le modèle Alphafly Next, qui fait fureur auprès des marathoniens, tandis que dans sa main gauche, c’est le Maxfly qui sert la cause des sprinters.

Coup d'oeil sur cet article

Au moment où les Jeux de Tokyo font place au 100 m et qu’une panoplie d’autres épreuves prennent l’affiche en athlétisme, le débat fait rage sur l’impact des nouvelles chaussures à la fine pointe. Au point où le retraité et roi incontesté du 100 m, Usain Bolt, s’est permis une sortie en règle avant la tenue des Olympiques.

• À lire aussi: Suspense sur le 100 mètres

Bolt aura beau ne pas être de la ligne de départ, son ombre plane au-dessus de l’épreuve masculine fort attendue, dimanche matin (8 h 50, heure du Québec).

Dans une entrevue accordée à l’agence de presse Reuters, le détenteur du record du monde sur 100 m (9,58 s) a pesté contre les évolutions technologiques qui procurent un avantage aux coureurs actuels, selon lui.

« Injuste » et « risible » sont parmi les termes que l’ex-sprinter de renommée mondiale a employés pour décrire les souliers munis de plaques de carbone que Nike a développés dans les dernières années. 

Dans sa main droite, Jimmy Gobeil présente le modèle Alphafly Next, qui fait fureur auprès des marathoniens, tandis que dans sa main gauche, c’est le Maxfly qui sert la cause des sprinters.
Photo d'archives AFP

Les plaques, combinées à des mousses ultralégères, procurent un retour d’énergie aux coureurs et menacent de faire tomber bien des records, sur plusieurs distances à Tokyo et ailleurs.

Une communauté divisée

Plus près de chez nous, des experts en la matière ne savent pas s’il faudrait applaudir les avancées ou se garder une gêne.

« Je suis un peu déchiré. Notre sport n’a jamais vraiment évolué depuis des années alors que dans le vélo, par exemple, il y a eu de nouvelles avancées. 

« Ces chaussures ont changé beaucoup le sport. Tu as l’impression de courir sur un ressort. Si ça t’amène un rebond plus grand et une foulée plus longue, ça peut être la différence entre la première et la troisième place », explique Jimmy Gobeil, propriétaire de la boutique le Coureur nordique, à Québec.

Dans sa main droite, Jimmy Gobeil présente le modèle Alphafly Next, qui fait fureur auprès des marathoniens, tandis que dans sa main gauche, c’est le Maxfly qui sert la cause des sprinters.
Photo Didier Debusschère

Pour Félix-Antoine Lapointe, entraîneur-chef des équipes du Québec en athlétisme, l’avènement de ces souliers ultraperformants n’a pas fini de susciter la controverse.

« Ça divise beaucoup la communauté de l’athlétisme. Certains y voient des avancées technologiques nécessaires. D’autres déplorent le fait que ça va devenir difficile de comparer les époques parce que ça apporte une aide significative », explique-t-il en apportant un bémol oublié dans le débat.

« Il faut se rappeler dans tout ça que ce ne sont quand même pas les chaussures qui courent à la place des athlètes. J’ai tendance à penser qu’il faut être de son époque », opine-t-il.

Une injustice ?

Au départ, plusieurs ont crié à l’injustice, car les prototypes Nike étaient réservés aux athlètes commandités par l’entreprise. 

« La question se pose moins depuis que la Fédération internationale d’athlétisme a exigé que ces types d’espadrilles soient disponibles pour tous les athlètes », mentionne Jimmy Gobeil.

Avec ses espadrilles qualifiées de « super crampons », il faut s’attendre à ce que les records tombent dans diverses disciplines. En juin, la Jamaïcaine Shelly-Ann Fraser-Pryce a obtenu le chrono le plus rapide (10,63 s) en 33 ans chez les dames en portant les Nike Air Zoom Maxfly.

Le marathonien kényan Eliud Kipchoge était, quant à lui, chaussé du prototype des Nike Alphafly quand il est devenu le premier à franchir les 42,2 km sous la barre des 2 heures en octobre 2019.

Pas seulement l’élite

L’effet de popularité s’est propagé au point où les athlètes de tous les niveaux se les arrachent désormais. Au Coureur nordique, les 10 paires de Maxfly disponibles la semaine dernière se sont envolées en moins de 24 heures. Même constat pour la variété Dragonfly, avec 32 paires qui ont trouvé preneurs en une journée.

« Quand elles sont indisponibles, certains sont prêts à payer le double pour les faire venir d’Europe ou des États-Unis. Il y a de la surenchère parce que c’est du marketing à la Nike, qui souhaite créer un effet de rareté », indique Jimmy Gobeil.

« Dans tout ça, n’oublions pas que ça reste l’humain qui fournit la puissance et non la chaussure, même si la chaussure finit par aider », précise-t-il.

Des chaussures dispendieuses  

Alphafly (marathon) 365 $

Dans sa main droite, Jimmy Gobeil présente le modèle Alphafly Next, qui fait fureur auprès des marathoniens, tandis que dans sa main gauche, c’est le Maxfly qui sert la cause des sprinters.
Photo courtoisie

Vaporfly (route) 330 $

Dans sa main droite, Jimmy Gobeil présente le modèle Alphafly Next, qui fait fureur auprès des marathoniens, tandis que dans sa main gauche, c’est le Maxfly qui sert la cause des sprinters.
Photo courtoisie

Maxfly (sprint) 235 $

Dans sa main droite, Jimmy Gobeil présente le modèle Alphafly Next, qui fait fureur auprès des marathoniens, tandis que dans sa main gauche, c’est le Maxfly qui sert la cause des sprinters.
Photo courtoisie

Dragonfly (1500 m et +) 190 $

Dans sa main droite, Jimmy Gobeil présente le modèle Alphafly Next, qui fait fureur auprès des marathoniens, tandis que dans sa main gauche, c’est le Maxfly qui sert la cause des sprinters.
Photo courtoisie