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Traverser le Canada sans essence

Plusieurs Québécois n’ont pas besoin d’une voiture à carburant pour parcourir des milliers de kilomètres

GEN - JOHANNE BERGERON ET RICHARD RUEL
Photo Martin Alarie Richard Ruel et sa femme Johanne Bergeron comptent se rendre à Vancouver avec leur VUS 100 % électrique.

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Les Québécois roulant en voiture électrique n’hésitent plus à partir en vacances de Vancouver aux Îles-de-la-Madeleine, parcourant ainsi des milliers de kilomètres, rassurés par l’autonomie de leurs bolides et un réseau de bornes de recharge parmi les plus développés au monde.

• À lire aussi: Toujours plus de nids-de-poule au Québec, malgré des tonnes d'asphalte

  • Écoutez l'entrevue avec Simon-Pierre Rioux, président de l’Association des véhicules électriques du Québec sur QUB radio :

 

Richard Ruel et Johanne Bergeron « ne s’ennuient pas pantoute » de leur voiture à essence.

Étonné par l’efficacité de sa voiture électrique lors d’un voyage dans Charlevoix, le couple de retraités de Saint-Sauveur, dans les Laurentides, se prépare maintenant à prendre la route jusqu’à Vancouver, en Colombie-Britannique.

« C’est moins bruyant, c’est moins d’entretien, c’est moins cher et ça va super bien », résume M. Ruel au sujet de sa Hyundai Kona, un VUS à l’autonomie de 415 km.

Si plusieurs écartaient autrefois l’achat d’une voiture électrique par crainte de ne pouvoir faire de longs voyages, de nombreux Québécois sont d’avis que les deux réalités sont maintenant conciliables.

« C’est vraiment un mythe que c’est un frein [à parcourir de longues distances] », pense Annick Béland, qui compte partir de Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, vers la Gaspésie avec sa Hyundai Ioniq, qui a 273 km d’autonomie.

« Avec les applications qui existent, c’est facile de voir jusqu’à Vancouver où je vais arrêter pour recharger », abonde M. Ruel.

Pour sa part, Yannick Proulx a également utilisé diverses applications pour parcourir 960 km afin de se rendre à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

« C’est toujours la question de destination. Pour quelqu’un qui va dans le Nord, des bornes dans le bois, il n’y en a pas des tonnes », convient le propriétaire d’une Hyundai Ioniq.

Un réseau enviable

Selon Simon-Pierre Rioux, président de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVÉQ), les Québécois sont tout de même parmi les plus choyés au monde au niveau de l’offre du réseau de bornes de recharge, avec près de 6800 unités.

« On est en avance sur plusieurs juridictions comme la Norvège et la Californie pour la facilité de prévoir les trajets et le tourisme », affirme M. Rioux, qui convient toutefois qu’il y a plus d’attente cet été aux bornes des régions davantage prisées par les vacanciers.

Stéphane Bourque a conduit de Montréal jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine avec sa Chevrolet Spark.
Photo courtoisie
Stéphane Bourque a conduit de Montréal jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine avec sa Chevrolet Spark.

Stéphane Bourque est quant à lui bien placé pour témoigner de l’efficacité du réseau. Ce « fan fini » des voitures électriques s’est rendu jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine à partir de Montréal avec une Chevrolet Spark... qui compte seulement 70 km d’autonomie.

« Stressez pas ! »

« C’est un peu déraisonnable, mentionne-t-il au sujet de son voyage qui a nécessité 19 recharges pour l’aller seulement. Mais il y a des gens avec une voiture dont l’autonomie est quatre fois plus grande. Ce que je leur dis, c’est “stressez pas !” »

Si s’arrêter pendant 30 minutes pour recharger la voiture peut sembler un désavantage pour certains, ce n’est pas le cas pour tous.

« Il faut qu’on s’arrête pour se dégourdir les jambes », fait valoir Yannick Proulx, qui profite de ces arrêts plus fréquents pour découvrir des microbrasseries de la région où il se trouve.

Ce compromis ne dérange pas non plus Richard Ruel, dont le voyage dans l’Ouest canadien durera 70 heures au lieu de 45 heures en véhicule à essence.


En date du 30 juin, le Québec comptait 6792 bornes de recharge sur son territoire, incluant 644 bornes de recharge rapide, selon l’AVÉQ.

Votre région roule-t-elle électrique ?  

La région de Lanaudière est celle où le pourcentage de voitures électriques est le plus important, alors que la région éloignée du Nord-du-Québec affiche la progression la plus lente.  

  • Lanaudière : 2,032 %  
  • Montérégie : 2,026 %  
  • Estrie : 1,794 %  
  • Laval : 1,791 %  
  • Laurentides : 1,638 %  
  • Montréal : 1,447 %  
  • Capitale-Nationale : 1,384 %  
  • Centre-du-Québec : 1,239 %  
  • Mauricie : 1,237 %  
  • Outaouais : 1,046 %  
  • Bas-Saint-Laurent : 0,846 %  
  • Chaudière-Appalaches : 0,737 %  
  • Saguenay–Lac-Saint-Jean : 0,681 %  
  • Abitibi-Témiscamingue : 0,579 %  
  • Côte-Nord : 0,385 %  
  • Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine : 0,368 %  
  • Nord-du-Québec : 0,240 %   

Source : Association des véhicules électriques du Québec

Le Québec est le champion des voitures électriques  

Les Québécois demeurent les champions de l’auto électrique au pays avec près d’une voiture sur deux enregistrée au Canada et une flotte de plus de 110 000 véhicules dans la province.

La Belle Province a dépassé au mois d’avril dernier le cap de 100 000 véhicules électriques immatriculés sur son territoire, un objectif qu’elle devait atteindre en 2020, selon le défi que s’était donné le gouvernement provincial en 2015.

Ce léger retard est justifié par la pandémie et devrait être rattrapé en 2021, selon l’Association des véhicules électriques du Québec (AVÉQ).

Prochains objectifs : 300 000 véhicules en 2026 et un million en 2030.

Les Québécois demeurent les chefs de file au pays, mais la Colombie-Britannique a fait des avancées importantes dans les dernières années.

Les Québécois qui hésitent aujourd’hui à opter pour une voiture électrique sont davantage influencés par des stéréotypes qui persistent malgré l’évolution de la technologie, croit Simon-Pierre Rioux, président de l’AVÉQ.

« Les gens qui achètent encore un véhicule à essence aujourd’hui font une erreur parce qu’ils n’ont pas fait les calculs, n’ont pas voulu se casser la tête ou possèdent certains stéréotypes », soutient-il.

Selon lui, les principaux freins qui désavantageaient autrefois les voitures électriques face aux véhicules à essence, comme l’autonomie, le réseau de bornes de recharge et le prix, sont en train de disparaître.

La barrière du prix

Une opinion qui n’est toutefois pas partagée par le chroniqueur automobile Benoit Charrette, qui estime que le prix est encore une barrière importante pour beaucoup de consommateurs.

« Je comprends qu’on économise l’essence, mais la vérité, c’est que les gens n’ont souvent pas l’argent pour dépenser le montant pour acheter l’auto. Quand ce sera le même prix que le véhicule à essence, là on va vendre des véhicules électriques. »

Sans compter les économies sur le carburant, la plupart des modèles de véhicules électriques devraient pouvoir être accessibles au même prix que les voitures à essence dès 2025.

Une bonne nouvelle pour les consommateurs, considérant qu’à partir de 2035, les véhicules à essence seront interdits par Québec.

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