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Dans un peu plus d’un an, les élections

Dans un peu plus d’un an, les élections
Photo d'archives, Stevens LeBlanc

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Dans un peu plus d’un an, les Québécois iront voter. Dès l’automne, quatrième vague ou pas, il faudra remettre en scène les grands enjeux collectifs, même si plusieurs porteront évidemment l’empreinte de la pandémie, qu’il s’agisse des finances publiques, de la situation du système de santé ou des effets de l’enseignement virtualisé sur la réussite scolaire. Il faudra surtout, dans la mesure du possible, penser l’avenir du Québec au-delà de la pandémie. Pour cela, le débat public doit redevenir normal dans la mesure du possible – je veux dire ici qu’il nous faut sortir de la logique du consensus obligé, associé à la pire période de la pandémie. L’union sacrée était nécessaire pour affronter la crise, mais étouffe le débat démocratique une fois que nous en sommes sortis. La démocratie s’alimente de la diversité de philosophies qui se contredisent dans l’espace public.

Voyons la situation de chaque parti.

La CAQ sera très probablement réélue, et très confortablement aussi: elle représente bien le nouveau visage du nationalisme québécois, pour le meilleur et pour le pire. François Legault n’a pas démérité comme premier ministre. Elle doit toutefois se méfier de la possibilité d’une vague de ras-le-bol dégagiste qui verrait l’adhésion des derniers mois se convertir en exaspération. Elle doit montrer aussi qu’elle n’est pas sur le pilote automatique, comme on dit communément. Pour cela, elle doit se donner un programme qui dépasse la simple gestion pragmatique, au jour le jour. Elle ne pourra se contenter d’un discours économique. Quelle est la prochaine étape de l’affirmation nationale version caquiste? On le sait, la CAQ a raté la présentation du projet de loi 96 ce printemps. Elle maintient aussi les seuils d’immigration fixés par les libéraux. Comment renouera-t-elle avec le nationalisme? À tout le moins, elle doit continuer de résister aux harceleurs médiatiques qui veulent à tout prix soumettre le Québec à la théorie du racisme systémique et ses variants.


Le PLQ doit renouer avec les Québécois francophones, mais la chose est plus facile à dire qu’à faire, surtout qu'il demeure fondamentalement hostile au nationalisme et n’a pas la moindre idée de la manière de renouer avec lui. Il est en quelque sorte prisonnier de ses préjugés idéologiques et de sa base électorale, qui lui assure une existence politique durable, et assure surtout sa croissance à moyen et à long termes, mais qui, pour l’instant, le handicape lorsque vient le temps de rejoindre la majorité historique québécoise. Le PLQ misera sur sa réputation de parti gouvernemental: c’est effectivement son principal atout dans une société qui est moins que d’autres polarisée et fragmentée.


Le PQ a un objectif tout simple: survivre, en consolidant sa base électorale du bas du fleuve, pour ensuite entreprendre sa renaissance une fois les élections traversées. Alors que le nationalisme de la CAQ tend à redevenir cosmétique ou, du moins, à perdre en substance, le Québec a besoin d’un parti véritablement nationaliste, clairement indépendantiste, faisant le procès du régime canadien et défendant sans ambiguïté l’identité québécoise. Le PQ cherche à jouer ce rôle, même s’il est encore inhibé, d’étonnantes manières, par la culture politique postréférendaire et son politiquement correct, qui tend à neutraliser ce qu’on appelle les enjeux identitaires. S’il parvient à imposer ses propres thèmes dans la campagne, il y jouera un rôle plus qu’utile. Le PQ peut et doit être le parti qui nomme clairement la possible disparition du peuple québécois, et qui oblige les autres partis à prendre au sérieux cette possibilité.


QS doit confirmer sa réussite de 2018 en conservant ses sièges à l’extérieur de Montréal. Mais QS a un problème: il s’agit moins d’un parti de la gauche radicale classique que d’un parti woke, convaincu d’incarner la vertu et surplombant le commun des mortels comme une population à rééduquer pour lui faire admettre les lumières de la révélation diversitaire. QS est-il capable, durant la prochaine année, de laisser le wokisme de côté et de critiquer les dérives du système économique contemporain, en conjuguant cela à sa propre forme de nationalisme, qu’il pourrait retrouver dans la mouvance qu’on appelait autrefois la gauche nationale? Est-il capable, autrement dit, de se rapprocher de l’héritage de l’UFP tout en s’affranchissant des obsessions de sa branche «décoloniale», qui cherche à faire passer son multiculturalisme radical pour de l’antiracisme? À moins que cette idéologie décoloniale ne soit aujourd’hui le noyau doctrinal de QS? Nous avons toutes les raisons de le penser.


Reste le Parti conservateur, qu’il ne faut pas prendre à la légère. Éric Duhaime a réussi son premier pari: il existe politiquement, malgré le mépris explicite d’une partie du commentariat. Son côté hyperactif lui permet en ce moment de mobiliser les adversaires les plus farouches du consensus sanitaire. Est-ce que le Parti conservateur réussira à survivre à la colère anticonfinement associée à la pandémie et aux mesures sanitaires? Il devra pour cela canaliser autrement le sentiment de dépossession qui se porte sur lui en ce moment, mais qu’on ne saurait réduire à ce qu’on appelle la droite québécoise. Si Éric Duhaime parvient à se faire élire dans la région de Québec, il pourrait toutefois devenir le trouble-fête de la politique québécoise. Il n’est pas sans talent, loin de là, mais marche sur la corde raide, et doit résister à ses militants les plus entêtés, qui s’enfoncent dans une marge idéologique dont ils ne sortiront que difficilement.