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Jouer à la Bourse, c'est jouer avec le feu!

Deux publicités pour Wealthsimple. Il s’agit d’une des nombreuses plateformes d’investissement en ligne qui appâtent les boursicoteurs du Québec et d’ailleurs à grand coup de marketing soigné et d’offres trop belles pour être vraies. Celle de droite chante les louanges du Dogecoin, une cryptomonnaie qui a perdu 70 % de sa valeur en trois mois seulement.
Photos courtoisie Deux publicités pour Wealthsimple. Il s’agit d’une des nombreuses plateformes d’investissement en ligne qui appâtent les boursicoteurs du Québec et d’ailleurs à grand coup de marketing soigné et d’offres trop belles pour être vraies. Celle de droite chante les louanges du Dogecoin, une cryptomonnaie qui a perdu 70 % de sa valeur en trois mois seulement.

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Pour bien des nouveaux boursico​teurs, la frontière entre l’investissement et le casino est en train de s’effacer. De nouvelles applications font oublier que jouer à la Bourse, c’est jouer avec le feu !  

Les Québécois sont de plus en plus nombreux à se laisser séduire par la nouvelle génération de plateformes d’investissement en ligne, comme Wealthsimple ou Questrade. 

Même chose aux États-Unis, où l’application Robinhood a fait une entrée fracassante au Nasdaq, cette semaine. À grands coups de campagnes marketing, ces applications offrent des transactions illimitées et gratuites, ce qui les différencie des sites de courtage des banques qui facturent habituellement une commission sur les transactions.  

Message trompeur

L’accès au marché boursier se démocratise, et c’est tant mieux. 

Il y a quelques années à peine, les actions étaient considérées par plusieurs comme la chasse gardée des plus riches. 

Je m’inquiète néanmoins d’un effet collatéral dangereux, car ces nouvelles plateformes véhiculent souvent un message trompeur : on peut devenir riche à la Bourse, rapidement et sans danger !  

Wealthsimple 

Prenez Wealthsimple, par exemple, qui se vante de compter plus d’un million d’investisseurs. Pour attirer de nouveaux clients, cette application ne lésine pas sur les tactiques marketing. Elle offre gratuitement des actions de différentes entreprises lors de votre inscription, comme celles de Bell ou de BlackBerry. Sur les médias sociaux, les publicités de Wealthsimple font aussi la promotion de certains actifs « à la mode », comme la cryptomonnaie Dogecoin, qui a perdu 70 % de sa valeur en trois mois seulement.  

En associant l’activité boursière à un loisir facile et sans danger, on assiste à la ludification de l’investissement. La frontière entre la Bourse et le casino apparaît de plus en plus mince. Ce nouvel engouement pour la spéculation en ligne s’est accéléré dans le sillage de la pandémie. Selon la firme Investor Economics, 2,3 millions de Canadiens se sont inscrits à un compte de courtage au cours de la dernière année.  

Cauchemar 

Depuis un an, vous êtes très nombreux à me partager par courriel vos bons coups, et vos moins bons, sur les marchés boursiers. Vous me posez aussi énormément de questions. Ce qui m’étonne souvent, c’est le haut niveau de risque que certains néophytes sont prêts à tolérer.  

« J’ai investi 25 000 $ dans une petite société minière, et j’ai tout perdu », m’écrivait récemment Claude, qui est un enseignant à la retraite. 

« J’ai réalisé un emprunt pour investir 50 000 $ sur le marché des actions », me racontait à la mi-juin Andrée, coiffeuse et mère de famille. 

« J’ai réalisé un rendement de 120 % en six mois en misant sur deux fabricants de véhicules électriques », se vantait un jeune étudiant de Québec.  

Plusieurs de ces choix apparaissent a priori imprudents, voire carrément dangereux. Si les marchés sont sur une forte tendance haussière actuellement, il y aura des creux, il y aura des tempêtes, et un manque de préparation pourrait coûter très cher. L’important, c’est d’en être pleinement conscient !  

Avant d’investir de l’argent durement gagné, il faut se poser de sérieuses questions. Qu’est-ce que je sais de la Bourse ? Est-ce que je sais lire un rapport financier ?  

Je me souviens qu’à l’âge de 15 ans, j’avais demandé à mon conseiller de gérer moi-même mes placements sur internet. Il m’avait demandé : « est-ce que tu sais ce qu’est une action cotée en cents (penny stock) ? » Je lui avais répondu que non. Ce conseiller m’avait suggéré de m’informer, d’apprendre, et de retourner le voir quelques années plus tard.

J’ai suivi ce conseil. J’ai fait preuve de patience, et c’est probablement ce que bien des investisseurs devraient faire. L’industrie du courtage a aussi une responsabilité pour éviter que des néophytes y laissent leur chemise. Pourquoi ne pas imposer un test lors de l’inscription sur ces plateformes en ligne ? Selon les résultats, on pourrait, au minimum, mettre en garde ceux qui n’ont pas les connaissances pour faire des choix éclairés. Voilà un dossier sur lequel l’Autorité des marchés financiers doit sérieusement se pencher.  

Certains produits financiers « en vente libre » peuvent faire d’énormes dégâts dans vos économies, et faire cavalier seul n’est pas une stratégie gagnante pour tout le monde.