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Les fermes bio ont doublé en cinq ans

La province détient maintenant le plus grand nombre d’entreprises certifiées biologiques au pays

GEN - FERME BIOLOGIQUE AGRI-FUSION
Photo Martin Alarie Des employés dans les champs de la ferme biologique Agri-Fusion de Saint-Polycarpe, en Montérégie.

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Le bio connaît une croissance fulgurante dans les champs du Québec avec presque le double de fermes certifiées depuis cinq ans.

« Il n’y a pas de comparaison possible avec la culture conventionnelle. C’est beaucoup plus rentable de produire biologique. Les prix des produits sont meilleurs et les dépenses sont moins élevées. Ce n’est pas une opinion, ce sont des faits prouvés par les états financiers », lance Gilles Audette, président-directeur général de la ferme biologique Agri-Fusion.

Gilles Audette.
PDG Agri-Fusion
Photo Martin Alarie
Gilles Audette. PDG Agri-Fusion

Le producteur fait entre autres pousser du maïs sucré et des haricots verts et jaunes.

L’entreprise de Saint-Polycarpe, en Montérégie, a obtenu sa certification biologique en 2004, à l’époque où le mouvement avait moins la cote.

Avec ses 2650 hectares, elle est à ce jour la plus grosse ferme bio au Québec.

Fort engouement

Aujourd’hui, 3154 entreprises détiennent cette certification du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV), comparativement à 1592 en 2016. 

« On remarque un engouement important pour le bio, c’est en constante croissance [...] et ça ne fait que commencer », signale la PDG du CARTV, Pascale Tremblay.

Cet organisme agit comme autorité compétente au nom du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.

La province est d’ailleurs un leader dans le domaine : le Québec possède le plus grand nombre d’entreprises bio au pays, selon l’Association pour le commerce biologique du Canada.

« C’est une appellation qui couvre toutes les étapes à partir de la préparation des sols jusqu’à la mise en marché du produit », souligne Mme Tremblay.

Santé et rentabilité

« On peut vendre le produit jusqu’à trois fois le prix d’un légume conventionnel, on ne paye ni pour les pesticides ni pour les semences, on peut amortir le coup de l’équipement sur plusieurs années », détaille Philippe Audette, directeur du développement des affaires d’Agri-Fusion.

« Ça vaut la peine », dit-il, même si les pertes sont estimées à 25 % contre 5 % en agriculture conventionnelle, et que le prix de la certification est de 5000 $ par année.

Et « ça permet d’être indépendant de la grande industrie agrochimique, ajoute son père, Gilles, PDG de l’entreprise. Faire du maïs qui tolère le Roundup et utiliser des pesticides, ce n’est pas très intéressant ».

Santé Canada proposait récemment de rehausser la limite maximale permise de pesticides – dont le fameux glyphosate produit par Monsanto – dans les légumineuses, les bleuets sauvages et les framboises.

« Ces produits présentent un risque acceptable pour les humains et l’environnement », a précisé au Journal la porte-parole de Santé Canada, Kathleen Marriner.

Mais cette décision ne passe pas pour tous.

« L’industrie de l’amiante et les compagnies de cigarettes ont réussi à camoufler les effets nocifs sur la santé pendant des décennies. Là, on est rendu aux pesticides. Mais au lieu de changer les pratiques, on demande de changer les limites permises. Ça va à l’encontre de tout ce qui se fait en ce moment », déplore Gilles Audette. 

Une industrie qui répond à la demande  

La forte demande des Québécois pour les produits bio ces dernières années a convaincu bien des entreprises d’aller chercher leur attestation.

« On est allé chercher notre certification biologique parce qu’on voyait vraiment son importance pour une bonne partie de la clientèle. C’est une question qui revient tout le temps », dit Nathalie Lacroix, copropriétaire des Petits Fruits St-Louis à Saint-Louis-de-Gonzague, en Montérégie.

Ses champs de camerises, un petit fruit de la couleur du bleuet, ont été plantés en 2012, mais viennent tout juste d’être certifiés bio.

« On travaillait déjà sans pesticides, mais on a utilisé un engrais qui n’était pas dans les normes biologiques [du ministère de l’Agriculture]. Il a fallu attendre 36 mois après la dernière application du produit pour être accrédité », souligne-t-elle.

Dans l’assiette

L’appellation officielle « biologique » existe depuis 20 ans au Québec. Elle permet de rassurer les consommateurs « de plus en plus conscients de ce qu’ils mettent dans leur assiette », rappelle Gilles Audette, PDG de la ferme biologique Agri-Fusion.

« Les consommateurs mangent toujours plus d’aliments bio. Et les entreprises agricoles sont aussi là pour répondre à cette demande », précise Pascale Tremblay, PDG du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants.

Et le marché de l’alimentation bio jouit d’une forte progression. Déjà, en 2019, sa croissance annuelle était de 8,7 %, selon l’Association pour le commerce biologique du Canada.

« La certification vaut son pesant d’or parce qu’elle permet aux entreprises de justifier le prix de leurs produits », ajoute Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire des sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, à Halifax.

L’expert croit également que l’engouement pour le bio s’explique par le facteur « tant qu’à y être ».

« Le coût des aliments augmente, et de beaucoup. Donc, le bio est de moins en moins cher par rapport aux aliments conventionnels. Les consommateurs se disent : tant qu’à y être je vais prendre le biologique », conclut-il.

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