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Rire au féminin

<strong><em>Le rire des femmes<br>Une histoire de pouvoir</strong></em><br>Sabine Melchior-Bonnet<br>Éditions PUF
Photo courtoisie Le rire des femmes
Une histoire de pouvoir

Sabine Melchior-Bonnet
Éditions PUF

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L’humour se vend bien au Québec. Mais sait-on que le rire n’a pas la même signification, s’il vient d’un homme ou d’une femme ? Si, chez l’homme, le rire apparaît comme normal et allant de soi, chez la femme, c’est une tout autre histoire. « Une femme qui rit risque toujours de passer pour une effrontée, une luronne paillarde, une folle hystérique, ou encore de perdre sa séduction et d’être cataloguée en garçon manqué », affirme d’emblée l’auteure de ce joyeux et instructif essai. Faire rire était, jusqu’à tout récemment, un travail d’homme. 

Presque jamais une femme ne s’aventurait dans cette chasse gardée, encore moins dans certains registres comme le burlesque, la scatologie ou le rire blasphématoire, se contentant de rire le plus discrètement possible.

Même situation dans l’écrit. « La culture comique est pour longtemps masculine, selon Melchior-Bonnet. Peu nombreuses, les femmes qui se sont avisées de prendre la plume, et moins nombreuses encore celles qui ont pris la plume pour faire rire. » 

Mais, heureusement, les temps changent, au Québec comme ailleurs. « L’arrivée en force des professionnelles du rire dans le dernier quart du XXe siècle a quelque chose de révolutionnaire. Elles revendiquent toutes les formes du rire et refusent les tabous attachés à l’image de la féminité. Elles affrontent la scène publique et s’investissent sur les terrains où s’exerçait le rire des hommes : théâtre, cinéma, cabarets, caricatures, sketches. Leur regard neuf et critique offre une revanche à toutes les prisonnières de l’omnipotence patriarcale. La conquête du rire est prise de pouvoir ; elle est aussi libération du corps. »

Or, si le rire n’est pas le propre de l’humain « puisqu’il fait partie du répertoire des conduites animales », il serait le premier lien communicationnel entre la mère et son enfant. Ainsi, « le rire qu’échangent mère et enfant dans un ravissement et une séduction réciproques constitue [...] un lien heureux et complice au seuil de l’aventure humaine ». 

Entre peur et larmes

Remontant dans l’histoire, de la Bible à la Grèce antique, à travers la mythologie, les légendes, les récits et les rituels, l’auteure retrace les différentes manifestations du rire féminin, entre peur et larmes, souvent appelé à transgresser les convenances par ses grivoiseries et ses excès impudiques associés à quelque sorcellerie. Elle rappelle que le sexe des femmes a souvent été réduit dans la littérature à un « trou des enfers capable d’engloutir les hommes », à « un refuge qui révèle la terreur du gouffre et de la mort, dont seul un grand rire carnavalesque peut venir à bout ». Sexe et rire sont donc souvent associés chez la femme.  

Les femmes romancières privilégient l’ironie, qui serait « la force des faibles, la fragile cuirasse de l’intelligence impuissante ». Les thèmes tournent toujours autour de la vaste question de l’émancipation des femmes, de la lutte contre la misogynie à la revendication du droit de penser la vie, l’amour « en dehors des catégories normalisées du mariage et de la maternité ». Mais les femmes humoristes ne sont pas toutes des militantes. « Beaucoup travaillent avec des partenaires masculins et considèrent que les hommes et les femmes pointent les mêmes cibles, le mariage, l’univers domestique, le monde du travail, le pouvoir. »

Finalement, « le rire n’est pas le monopole d’un sexe. Tout le monde est invité à participer au ballet humoristique contemporain [...] Les femmes se montrent plus désinvoltes et conciliantes qu’engagées ; les “hystériques” d’hier sont simplement devenues des femmes en proie au surmenage, petit miracle du quotidien. » 

Rions donc de bon cœur avec elles.

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Respect !

<strong>Agathe Cagé</strong><br>Éditions des Équateurs
Photo courtoisie
Agathe Cagé
Éditions des Équateurs

Ce cri du cœur et de combat, ce petit mot de sept lettres suivi de son point d’exclamation embrasse très large : exclus et discriminés de toutes catégories, « femmes traitées d’hystériques dès que nos combats dérangent [...], jeunes sans cesse renvoyés à une prétendue immaturité par des boomers qui n’ont rien su faire d’autre de leur âge d’or que de détruire à petit feu la planète [...], vieux condamnés à l’invisibilité », marginaux et autres laissés-pour-compte... La liste de ces poqués de la société, de ces milliers d’anonymes, victimes collatérales de notre modernisme, s’allonge sur plus de 150 pages. Notre société a totalement perdu le sens du respect et de l’humanité, déplore l’auteure. Et il faut réagir et bannir de nos vies l’indifférence. Dès maintenant. Exiger d’être respecté partout et en tout temps. « Pour que demain chacun puisse se sentir reconnu dans le regard des autres et être fier de ce qu’il est. » Qui mettra en pratique ce programme audacieux pour sauver la planète et ceux qui y vivent ? 

Prendre parole/Lettres de la (plus si jeune) relève journalistique

<strong>Collectif sous la direction de Marie-Ève Martel et Gabrielle Brassard-Lecours</strong><br>Éditions Somme Toute
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Collectif sous la direction de Marie-Ève Martel et Gabrielle Brassard-Lecours
Éditions Somme Toute

Ils sont sept (plus si jeunes) journalistes à s’exprimer sur l’avenir de la profession journalistique et à se demander s’il est possible, en 2021, de vivre du journalisme et d’être heureux : Gabrielle Brassard-Lecours (journaliste indépendante), Thomas Deshaies (journaliste à Radio-Canada), Marie-Ève Martel (journaliste au quotidien La Voix de l’Est), Michaël Nguyen (journaliste judiciaire au Journal de Montréal), Bouchra Ouatik (journaliste scientifique à l’émission Découverte, à Radio-Canada), Émélie Rivard-Boudreau (correspondante régionale pour de nombreux médias en Abitibi-Témiscamingue) et Naël Shiab (journaliste à Radio-Canada). Stimulant.