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Surmonter un trouble insidieux

Dre Sandi Mann
Photo courtoisie Dre Sandi Mann

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Dévalorisation, course à la perfection, manque de confiance en soi, impression de ne jamais être à la hauteur : connaissez-vous le syndrome de l’imposteur ? Dans son livre, Le syndrome de l’imposteur, la docteure Sandi Mann, professeure en psychologie, décortique ce phénomène qui touche 70 % de la population, dans tous les groupes d’âge. Elle propose des clés pour dépasser ses blocages et empêcher ce trouble-fête de nuire.

À l’aide de nombreux témoignages et d’études de cas, la docteure Sandi Mann explique ce phénomène, pointe du doigt ses manifestations et ses facteurs aggra-vants, comme la pression familiale et sociale et les réseaux sociaux.

Le syndrome peut toucher tout le monde, même si les femmes l’ont plus que les hommes, et toutes les catégories d’âge. Même des stars comme Tom Hanks, Michelle Pfeiffer et la poétesse Maya Angelou doutent de leurs compétences !

En entrevue par courriel, la spécialiste explique que certaines situations risquent de faire surgir le syndrome de l’imposteur, qu’elle décrit dans son livre comme le fait de « croire qu’on fait semblant d’être quelqu’un qu’on n’est pas, qu’on n’est pas aussi bon que les autres le croient ».

« Les périodes de transition sont plus propices, comme lorsqu’on se qualifie pour la première fois dans un domaine de compétences, lorsqu’on commence un nouveau cours ou une nouvelle formation ou lors d’une promotion au travail. 

« Une promotion devrait être un moment stimulant, mais pour certains, ça peut être le catalyseur d’une impression d’être surpromu, et la peur que les autres réalisent que vous ne la méritez pas vraiment », explique la psychologue.

L’estime de soi

Le syndrome de l’imposteur est direc-tement lié à un problème d’estime de soi. « C’est de ne pas croire qu’on est assez bon, ce qui est nourri par une faible estime de soi. Si vous avez une opinion négative de vous-même, vous allez croire que tout ce que vous faites n’est jamais assez bon. S’il est évident que c’est le contraire, vous vous retrouvez dans un état de dissonance cognitive. »

Pour résoudre ce sentiment inconfortable, il faut changer ses croyances, explique-t-elle. « Vous pouvez changer cette croyance de ne pas être assez bon, ou changer votre connaissance de croire que vous n’êtes pas assez bon. Les croyances profondes sont très difficiles à changer, donc c’est plus facile de changer en se disant : il y a évidence que je suis assez bon. »

Pendant la pandémie, la docteure Sandi Mann a observé que la pression de la performance et de faire ses preuves a contribué à faire ressortir le syndrome, tout comme l’isolement et l’absence de validation et de rétroaction (feedback).

Les réseaux sociaux

« En plus, les réseaux sociaux ont un grand rôle à jouer dans le syndrome de l’imposteur, et on l’a vu pendant la pandémie. J’ai vu des gens se démener pour arriver à faire du pain sans levain, pour l’école à la maison, pour le travail, pour aider la communauté. Soudain, il y avait beaucoup d’occasions supplémentaires de se comparer et de se trouver moins bons ! »

Les réseaux sociaux offrent plusieurs avantages, croit-elle, mais aussi d’énormes inconvénients. « Un des grands problèmes avec les réseaux sociaux, c’est qu’en général, on ne voit que les choses merveilleuses que tous les autres font et tout ce qu’ils accomplissent, pas ce qui est misérable. 

« Des études récentes ont démontré que les usagers fréquents de Facebook croient que les autres usagers sont plus heureux et ont plus de succès qu’eux, surtout lorsqu’ils ne les connaissent pas très bien dans la vraie vie. Cela explique pourquoi 60 % des usagers des réseaux sociaux sont jaloux de la vie de leurs amis ! »

  • La Dre Sandi Mann est professeure et conférencière en psychologie à l’Université du Lancashire central, au Royaume-Uni.
  • Elle dirige sa propre clinique spécialisée dans le traitement des phobies, des crises de panique et des troubles anxieux. 

Quoi faire quand on a le syndrome de l’imposteur ?

  • Prendre connaissance des faits. « Peu importe votre attitude par rapport à votre succès, certains faits sont indiscutables. Par exemple, si vous avez obtenu une forte note lors d’un examen, ou une offre d’emploi, ce sont des faits. Un ou deux succès peuvent être attribués à la chance ou à des circonstances externes, mais une fois que vous en avez accumulé une longue liste, c’est difficile d’ignorer l’évidence que peut-être, vous êtes bon dans ce que vous faites, après tout. »
  • Mettez vos croyances au défi. « Examinez les faits et notez les pensées et les croyances qui contribuent à vous faire sentir comme un imposteur. Ce sont seulement des pensées. Les seules choses vraies, ce sont les faits. »
  • Reconnaissez vos forces. « Les gens qui souffrent du syndrome de l’imposteur tendent à faire le focus seulement sur leurs faiblesses et à ignorer leurs forces. Reconnaissez ce dans quoi vous êtes bons. Faire une liste d’affirmations peut aider. »

EXTRAIT

<b>Le syndrome de l’imposteur</b><br />
Dre Sandi Mann<br/>
Éd.Québec Amérique<br/>
200 pages
Photo courtoisie
Le syndrome de l’imposteur
Dre Sandi Mann
Éd.Québec Amérique
200 pages

« Le secret, c’est d’être atten-tif aux mauvaises pensées générées par le syndrome de l’imposteur et, quand elles émergent, de s’en servir pour apprendre quelque chose sur le projet sur lequel on travaille et peut-être même sur nous-mêmes. Certains vous diront que les formes légères de syndrome de l’imposteur sont positives, car elles incitent à travailler dur et à se donner au maximum. Il faut juste apprendre à l’accepter jusqu’à un certain point et à trouver un équilibre au lieu de chercher à tout prix à l’éliminer. Quand vous aurez reconnu et compris les tenants et les aboutissants de votre sentiment d’imposture et adopté les stratégies qui vous conviennent le mieux, vous commencerez à moins douter de vous. »