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Un cercle d’amies... hautement toxiques

Mona Awad
Photo courtoisie Mona Awad

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Avec Lapin, un roman à la fois drôle et effrayant, cinglant, d’une grande originalité, la talentueuse écrivaine d’origine montréalaise Mona Awad montre comment la vie sur un campus universitaire peut dérailler totalement. Grâce à son imaginaire débridé, on suit les péripéties de Samantha, une jeune femme solitaire qui intègre le groupe très fermé des Lapins. Un cercle d’amies à haut degré de toxicité.

Samantha accepte de se rendre à une des soirées des Lapins, cercle de quatre jeunes femmes qui semblent assez superficielles, et un peu sinistres. Elle découvre assez vite qu’elle est plongée dans un monde inquiétant où la lutte pour le pouvoir est cruelle.

Mona Awad, née au Québec, s’est inspirée de son propre parcours pour écrire Lapin, une histoire remplie d’humour noir qui parle de solitude, de besoin d’appartenance, d’amitié et du pouvoir de l’imagination.

« Je me suis toujours intéressée aux contes de fées et j’avais envie d’écrire un long projet traitant de la magie qui survient dans les contes de fées. C’est merveilleux... mais habituellement, il y a aussi un côté sombre et un prix à payer. Et comme j’aime les films pour les ados, je me suis dit que j’allais écrire sur un groupe de filles. »

Et puis elle a poursuivi ses études supérieures et écrit son premier livre. « Au sortir de l’école des arts, je me disais que cette expérience était magique, un rêve devenu réalité, mais en même temps, il y avait là de la matière pour un roman d’horreur. »

Sur la corde raide

Vraiment ? « Oh oui ! Et de différentes manières. La première, c’est l’anxiété sociale. Quand on arrive dans une école artistique et qu’on rencontre les étudiants pour la première fois, on est tous là pour être à la fois créatifs et vulnérables, ensemble. Et on veut partager notre âme. Il y a quelque chose qui nous rend désorientés. »

« Si on est une personne sensible, ça peut jouer sur nos nerfs. C’est très difficile d’être à la fois créatif et vulnérable. J’ai vraiment puisé dans ma propre expérience, d’être dans un milieu inconnu, avec des inconnus, avec qui il fallait partager son travail. C’est très facile de créer des conflits. »

Mona Awad note que son livre parle d’imagination, et de ce que ça représente d’être une personne très créative. « Vous êtes toujours en train de tisser des histoires. Parfois, ces histoires sont magiques et bonnes, et parfois, si on a peur ou qu’on se sent seul, ces histoires peuvent être très noires. »

« Ces histoires peuvent aussi vous entraîner sur des pentes dangereuses, dans votre tête. Et c’est exactement ce qui arrive à mon personnage dans le roman, Samantha. Je voulais explorer cette arme à double tranchant que sont l’imagination et la créativité. » 

Elle montre que les filles peuvent vraiment être très sinistres et effrayantes, même si elles ont l’air de petits cupcakes pastel. « C’était très amusant de décrire ces dynamiques sociales : quand les gens sont trop sweet les uns envers les autres, je trouve ça suspect. Quelque chose à l’intérieur de moi frissonne. »

  • Mona Awad est née à Montréal et vit à Boston.
  • Elle écrit dans plusieurs magazines et enseigne la littérature à Syracuse University.
  • Bunny, la version originale de Lapin, a remporté le Ladies of Horror Fiction Award en 2019.
  • Son premier livre, 13 ways of looking at a fat girl, a remporté le Amazon.ca First Novel Award et le Colorado Book Award, en plus d’être en lice pour le Giller Prize en 2016 et le Arab American Book Award.

EXTRAIT

<b>Lapin</b><br />
Mona Awad, aux Éditions Québec Amérique<br/>
448 pages
Photo courtoisie
Lapin
Mona Awad, aux Éditions Québec Amérique
448 pages

« Ce soir, tout ce que j’ai fait comme geste pour socialiser, c’est un demi-sourire à celui que les Lapins appellent Jonah le Psycho, mon pendant social parmi les poètes, qui est présentement debout à côté du punch, seul, souriant béatement dans son propre rêve fiévreux alimenté par les antidépresseurs. »