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La dureté du mental a mal

GYMNASTICS-OLY-2020-2021-TOKYO
Photo AFP

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Un immense malaise allait toujours planer sur les Olympiques de Tokyo.

La démesure dans le fait d’organiser une telle compétition en pleine pandémie, l’opposition massive des Japonais... Et pourtant, la machine à millions du mouvement olympique a encore une fois remporté le bras de fer moral.

N’empêche, nul n’avait soupçonné à quel point ces jeux ébranleraient les colonnes du temple du mythe olympique.

Il aura fallu une athlète américaine, la plus grande gymnaste de tous les temps, pour sonner la fin de la récré.

Simone, la grande

Simone Biles n’a jamais cédé sous la pression. Elle est la gymnaste la plus décorée de l’histoire. Depuis des mois, les publicités aux États-Unis carburent à son image, celle de son courage, de sa force, de sa dignité.

Car pour arriver au sommet, la jeune gymnaste a dû endurer les agressions sexuelles du médecin de l’équipe de gymnastique américaine, Larry Nassar, le règne de terreur de l’entraîneuse nationale Marta Karolyi.

Tokyo devait être l’ultime consécration. Mais voilà, elle s’est retirée. Elle a dit non, c’est assez.

Signe des temps, elle a commencé par invoquer sa santé mentale, puis les risques de blessure si elle poursuivait.

Conspuée par les uns pour son manque de courage face à l’adversité, célébrée par les autres pour son renoncement, l’histoire de Simone Biles incarne tout ce qui cloche avec les Olympiques.

Le pouvoir du non

Qui a oublié la détermination du plongeur américain, Greg Louganis, qui avait raflé l’or à Séoul après s’être fracassé la tête sur le tremplin ? Ou la performance de la gymnaste Kerri Strug, qui avait poursuivi la compétition malgré une grave blessure pour assurer l’or aux États-Unis ?

Les Olympiques ont toujours célébré la dureté du mental, cette détermination aveugle, ce dépassement de soi qui mènent au sommet. 

Les reportages sur leur parcours servent à nous inspirer, nous faire rêver. Leur couronnement nous donne les larmes aux yeux.

Jamais nous ne nous sommes trop interrogés sur le prix que paient ces athlètes, celui qui laisse des cicatrices. 

Il y a les cicatrices que traîneront les 265 victimes du médecin olympique Larry Nassar, de l’entraîneur de ski Bertrand Charest et de tant d’autres coachs toxiques. Puis les lendemains des espoirs déçus, alors qu’on exige de ces athlètes de redorer notre fierté nationale. 

En disant : « Non ! je n’en peux plus de cette pression, de ces risques, de ce cirque », Simone Biles a fracassé le plus grand mythe olympique, celui de l’hégémonie de la dureté du mental.

Même les grands ont le droit de dire non.