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«J’ai appelé pour de l’aide et on a tué mon fils»

La police de Repentigny aurait tiré trois balles sur un homme de 37 ans en crise

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La famille de l’homme abattu à Repentigny dimanche matin ne s’explique pas comment des policiers censés lui porter secours ont fini par lui tirer trois balles dans l’estomac.

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« J’ai appelé pour de l’aide et on a tué mon fils », a lâché Marie-Mireille Bence.

C’est elle qui a appelé les autorités dimanche matin vers 7 h 30, alors que l’homme de 37 ans disait voir des gens autour qui voulaient lui faire du mal.

  • Écoutez la chronique juridique avec Nada Boumeftah, avocate en droit criminel et en protection de la jeunesse, sur QUB radio:               

Les six policiers présents auraient tenté de parler avec Jean René Junior Olivier avant qu’il ne prenne la fuite à pied.

Il aurait ensuite jeté le couteau de cuisine qu’il avait à la main avant de recevoir trois balles au thorax, selon ses proches.

« Pour moi, ils sont des criminels, surtout à Repentigny », a tonné Mme Bence lors d’une mêlée de presse, en faisant allusion aux multiples allégations de profilage racial visant les policiers de la Ville.

Photo Catherine Bouchard

« J’attends la justice pour mon fils », a insisté la dame, qui tient à ce que les agents qui ont ouvert le feu soient tenus responsables de leurs actes.

C’est le Bureau des enquêtes indépendantes qui est chargé de faire la lumière sur l’affaire.

Des patrouilleurs de Repentigny ont abattu un homme en crise qui déambulait avec un couteau de cuisine à la main, dimanche matin.
Photo Agence QMI, Thierry Laforce
Des patrouilleurs de Repentigny ont abattu un homme en crise qui déambulait avec un couteau de cuisine à la main, dimanche matin.

« Ça fait mal »

L’un des deux enfants de la victime, Kayshawn Olivier, dormait lorsque le drame s’est produit. Ce sont ses amis qui l’ont appelé pour l’informer de la situation.

  • Écoutez le résumé d’Alexandre Moranville-Ouellet à QUB radio:   

« C’est sûr que ça fait mal. On n’était pas proche, mais on commençait à faire des liens. C’est sûr que je vais toujours penser à lui », a laissé tomber le jeune homme de 18 ans.

La famille ne sait toujours pas si elle intentera une poursuite, mais déplorait d’emblée le manque de soutien des autorités locales. « On est laissés pour compte. On s’en fout et notre histoire ne leur fait rien », a dénoncé Dolmine Laguerre, une cousine de M. Olivier, qui œuvrait dans le milieu de la construction.

Sa famille estime que la police a commis un « crime » et veut maintenant que justice soit rendue.
Photo Catherine Bouchard
Sa famille estime que la police a commis un « crime » et veut maintenant que justice soit rendue.

La police de Repentigny a finalement exprimé ses sympathies à la famille en fin d’après-midi lundi (voir autre texte plus bas).

« Ça fait plusieurs années qu’on dénonce l’intervention des policiers à Repentigny, a rappelé Pierre-Richard Thomas de Lakay Média, un organisme luttant contre les inégalités sociales. Cette intervention marque une rupture de confiance de la population noire envers le corps de police. » 

Comme des animaux

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a d’ailleurs blâmé la Ville à quatre reprises dans les dernières années, selon le Centre de recherche-action sur les relations raciales.

La plus récente décision remonte au début du mois de juillet.

« On n’est plus en sécurité, a insisté Mme Laguerre. On nous abat comme on abat des animaux. »


Une manifestation devrait bientôt avoir lieu devant la mairie de Repentigny dans l’espoir de faire pression sur les autorités. 

La directrice offre ses condoléances  

Agence QMI

La directrice de police de la Ville de Repentigny a assuré lundi qu’elle comprenait la réaction de la communauté, qui est dévastée par la mort d’un homme noir sous les balles de ses patrouilleurs, dimanche.

« Nous comprenons que cette situation ébranle notre communauté, nos policiers, ainsi que la famille et les proches de la victime auxquels nous offrons nos sincères et profondes condoléances », a déclaré la directrice Helen Dion, lors d’un point de presse tenu en fin d’après-midi.

L’événement de dimanche n’est pas le premier incident impliquant une personne noire et la police de Repentigny.

Dans les dernières années, plusieurs cas de profilage racial avaient été médiatisés, mais il s’agit de la première fois qu’un incident mène à une mort.

La police de Repentigny a également dit « comprendre que cette situation pourrait être particulièrement éprouvante pour les personnes noires qui peuvent déjà avoir beaucoup d’appréhensions envers [le] service ».

Mme Dion a par ailleurs souligné qu’il s’agissait d’un premier incident du genre à survenir sur le territoire desservi par son corps policier.

« Je suis sensible à la peine que vit la maman et aux émotions que vivent actuellement nos policiers impliqués. Malgré toute la formation ou l’expérience qu’un policier possède, croyez-moi, aucun de nous ne se lève le matin avec l’envie de dégainer une arme à feu », a-t-elle ajouté.

Pour l’heure, le corps de police s’en remet à l’enquête du Bureau des enquêtes indépendantes.

Beaucoup de questions

« Aujourd’hui notre priorité est de nous concentrer sur les faits. Nous savons que la population a beaucoup de questions et nous en avons aussi. Il nous manque encore des informations pour pouvoir déterminer avec certitude le déroulement des événements », a précisé la directrice.

Helen Dion a également indiqué que le service s’inscrit depuis plusieurs années « dans une démarche qui [les] amène à développer de nouvelles stratégies et à rebâtir des ponts avec une partie de la population, et notamment avec la communauté noire de Repentigny ».

« À ce stade-ci, le profilage racial est présent partout au Québec, dans toutes les institutions, c’est une situation à laquelle on travaille dans nos rangs », a-t-elle reconnu.