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La grande illusion du bilinguisme canadien

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Le bilinguisme est-il soluble dans le Canada d’aujourd’hui... et de demain? Je ne parle pas ici de bilinguisme anglais-mandarin, anglais- tagalog, anglais-inuktitut, etc.

Je parle bien évidemment de bilinguisme anglais-français. Soit du principe même sur lequel repose la Loi canadienne sur les langues officielles.

Du moins, c’est ce qu’on nous dit depuis son adoption en 1969 sous Pierre-Elliott Trudeau.

La même loi dont l’objectif premier était d’aider à combattre le mouvement souverainiste naissant en convainquant les Québécois que dorénavant, « leur » langue serait égale à l’anglais dans les institutions fédérales.

La suite est connue. Des progrès réels ont été faits, mais au fil du temps, l’opération est apparue pour ce qu’elle était : essentiellement politique et, surtout, inefficace. De multiples rapports du Commissaire aux langues officielles en attestent depuis des décennies.

Hier, notre Bureau d’enquête en détaillait les conséquences concrètes et quotidiennes pour de nombreux employés francophones de la fonction publique fédérale. Qu’ils soient du Québec ou d’autres provinces.

Bilinguisme de façade

Leurs récits ont tous en commun de décrire un « bilinguisme de façade ». « Il y a deux langues de travail au gouvernement fédéral, résume crûment une fonctionnaire à la retraite, l’anglais et la traduction [de l’anglais]. »

C’est ce que le grand poète Gaston Miron appelait déjà le « traduidu » – ce français durement torturé, dont même la syntaxe est calquée sur celle de l’anglais.

Il n’y a plus rien d’étonnant à cette situation entêtée. Hors Québec, moins de 10 % à peine des anglophones peuvent tenir une conversation en français. Parmi les nouveaux Canadiens, le français est tout aussi accessoire.

On ne saurait même pas leur en tenir rigueur. Hors Québec, dans la vraie vie de tous les jours, hormis chez les communautés franco-canadiennes, la langue française y est en effet souvent invisible et inaudible. Ce faisant, elle leur est inutile.

Contrairement à l’anglais dans la grande région montréalaise et ses couronnes, hors Québec, le français – aussi surnommé l’« autre » langue officielle par des médias anglophones depuis la nomination d’une gouverneure générale « bilingue » anglais-inuktitut – n’est pas une langue usuelle de culture, de communication, d’éducation, de travail. Et encore moins, de convergence.

Discriminatoire ?

Le fait est que le français est de plus en plus minoritaire au Canada et en recul au Québec. Cela rend les combats des communautés franco-canadiennes pour sa préservation d’autant plus courageux.

Du même coup, ce triste constat d’une langue « officielle » néanmoins sur son déclin rend encore plus illusoire le rêve d’un usage égalitaire du français dans la fonction publique fédérale.

Le principe de réalité est ce qu’il est. Même un premier ministre canadien le plus déterminé du monde à renforcer vraiment l’utilisation du français dans les institutions fédérales s’y buterait.

Au Canada anglais, exiger la connaissance du français dans la fonction publique, et maintenant pour le poste de gouverneur général, est même de plus en plus vu comme un geste « discriminatoire » envers la vaste majorité de Canadiens qui, toutes origines et niveaux d’éducation confondus, ne maîtrisent aucunement cette « autre » langue officielle.

C’est dire toute l’ampleur du problème.

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