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Stéphan Bureau sera-t-il le dernier des baveux?

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De son propre aveu, confessé au magazine Elle le 4 mars 2015, Stéphan Bureau peut être baveux.

C’est sûrement ce que doivent penser le nouvel ombudsman de Radio-Canada, Pierre Champoux, et la journaliste scientifique de Québec Science, Marine Corniou, qui a porté plainte contre l’animateur de Bien entendu à la suite de son entrevue avec le Dr Didier Raoult, le 26 mai dernier. C’est aussi ce que doivent se dire les lecteurs du Devoir, cerbère autoproclamé de l’orthodoxie woke. Ce journal a fait grand état de la décision de l’ombudsman Champoux et de la réplique que s’est permis le « condamné » Bureau à son émission de vendredi.

Quant à la direction de Radio-Canada, elle doit se féliciter d’être l’unique responsable de la nomination de son ombudsman. C’est tout de même commode d’être celui qui nomme lui-même le « porteur des doléances des citoyens ». Plutôt que de choisir une personnalité manifestement impartiale, Radio-Canada a toujours fait cadeau du poste d’ombudsman à un employé l’ayant servie fidèlement. C’est le cas de Pierre Champoux, comme ce fut celui de Guy Gendron, de Julie Miville-Deschênes ou de Pierre Tourangeau.

Le 14 mars 2014, Pierre Tourangeau avait fort opportunément décrété « que les codes d’éthique de Radio-Canada n’empêchent pas Guy-A. Lepage d’être insolent à Tout le monde en parle » ! Même si on a déjà porté plainte contre Guy-A. Lepage auprès de l’ombudsman, ce dernier ne lui a jamais tapé sur les doigts comme il vient de le faire pour Stéphan Bureau.

CONSCIENCIEUX

Je ne reviendrai pas sur l’entrevue du Dr Raoult, sujet du fracas médiatique actuel. J’ai écrit ce que je pensais de cette entrevue dans ma chronique du 1er juin. Je m’étonnais, par contre, qu’on varlope si allègrement Stéphan Bureau pour sa prétendue complaisance à l’endroit du scientifique de Marseille, alors que les médias, Radio-Canada en tête, continuent de faire leur chouchou du Dr Horacio Arruda malgré ses nombreuses contradictions.

Stéphan Bureau est peut-être baveux, mais il est aussi l’animateur le plus consciencieux que j’aie rencontré jusqu’ici. J’ai eu l’occasion de travailler quelques fois avec lui à Juste pour rire et je peux affirmer qu’il est perfectionniste au point d’en être épuisant. Ils sont rares les journalistes et les animateurs dont on peut en dire autant.

NI EXCUSE NI RESPECT

Même s’il n’est pas, que je sache, indépendant de fortune, Stéphan Bureau affiche une indépendance d’esprit qui est loin d’être commune en ces temps où trop de propos dont on pouvait discuter librement encore hier sont interdits aujourd’hui. 

Il y a une telle uniformité de pensée et d’opinions dans les médias, les collèges et les universités et, pis encore, chez les élus, que la moindre divergence d’opinions devient anathème. Elle peut même valoir à son auteur l’exécution sommaire par le peloton anonyme des réseaux sociaux.

C’est pour défendre la liberté d’expression de ceux qui vont suivre que Stéphan Bureau a déclaré « qu’il ne s’excuserait pas d’avoir fait une entrevue normale, qu’il ne respecte pas et ne partage pas l’avis de l’ombudsman Pierre Champoux ». Fernand Séguin, Judith Jasmin, André Laurendeau, René Lévesque et quelques autres auraient fait de même. Mais c’était une époque où on ne risquait pas d’être lynché à la première divergence, où Radio-Canada n’avait ni ombudsman ni cahier de charges, dicté par des patrons veules qui ont peur de leur ombre. 

Stéphan Bureau pourrait bien, hélas ! être le dernier baveux sur les ondes de la société d’État.