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Beethoven en 2020, Richard en 2021

Maurice Richard
Photo d’archives

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Cent ans. Aujourd’hui. Maurice Richard est né il y a 100 ans. Le 4 août 1921. Rodger Brulotte, qui a un cœur d’or, s’en est souvenu.

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Ludwig van Beethoven, lui, célébrait le 250e anniversaire de sa naissance en 2020. La planète musique a fêté cet anniversaire. Concerts, coffrets, éditions spéciales. 

Parce que Beethoven aura été le géant, le révolutionnaire, le conquérant, le tragique de la musique. Quand on l’a invité à diriger le chef-d’œuvre humain qu’est la Neuvième symphonie même s’il était complètement sourd, Beethoven ne s’est pas rendu compte que l’interprétation de sa symphonie était terminée. On l’a invité à se retourner. La salle était debout, en transes pour glorifier son génie.

« Le Rocket », dans son sport, était un Beethoven, qui lui aussi ne s’est pas toujours rendu compte de l’adoration que les Québécois lui vouaient. Il a sauvé la Ligue nationale qui allait faire faillite pendant les années noires de la Seconde Guerre mondiale. 

Il a porté la rage des « Canayens-français » sur ses larges épaules. Lui, l’ancien fraiseur dans une usine, il a mis hors de combat les racistes qui l’insultaient sur la patinoire en le traitant de « damn’d frog ou de fucking Pepsi ». Colonisé comme on l’était tous, il a fait gagner le coach Dick Irvin en endurant ses insultes et ses injures racistes et en canalisant cette humiliation et cette rage sur la patinoire.

Il a compté 50 buts en 50 matchs. 

Quand tu règles un « compte de dépenses », tu ne veux pas savoir comment ça va être payé, mais combien ? Maurice, ce n’est pas seulement le combien qui est fascinant, mais le comment ses buts ont été marqués. 

En portant des porteurs d’eau...

LE GRAND FILM

Dimanche, j’ai revu avec un intérêt accru le grand film de Charles Binamé, écrit par Ken Scott. Les silences du « Rocket » alors que tout se dit dans les yeux de Roy Dupuis, la rage refoulée, les célèbres explosions, la fierté, tout est dans le film. Scott et Binamé ont fait un travail colossal. 

Ce qui m’a frappé, moi qui ai vécu avec le « Rocket » au moyen de la radio dans mon enfance et qui lui ai rendu souvent visite rue Péloquin dans sa maturité d’homme, c’est la charge émotive du jeune homme qu’il était. Il ne savait pas ce qu’il représentait, mais il savait qui il était. Un fils d’ouvrier parlant français. Il savait qu’il était honorable et qu’il n’avait pas à endurer le racisme d’une ligue et d’une société.

Qu’il ait été le déclencheur d’une Révolution tranquille n’était que justice. Les Québécois ont enfin été capables de se rebeller au moins un soir depuis la conquête. Ils sont sortis dans la rue et comme l’avait écrit André Laurendeau, ils ont protesté parce que Clarence Campbell et sa clique, incluant les propriétaires du Canadien, avaient assassiné leur frère Maurice.

Maurice, dans son mutisme, avait été l’expression de la colère. Félix Leclerc sera l’expression de la fierté quand il gagnera la France, la Belgique et la Suisse par ses chansons et sa poésie. 

La table était mise pour Jean Lesage et René Lévesque. Précisons pour de nombreux lecteurs que Jean Lesage n’est pas qu’une autoroute et René Lévesque qu’un boulevard. 

FÉLIX ET MAURICE

Les deux grands hommes, le Canadien français et le Québécois, se rencontrèrent pour la première fois à l’été 1983. Ils avaient été choisis pour lancer les célébrations du 100e anniversaire de La Presse. Les deux étaient des lions, nés au mois d’août.

J’étais chez Félix dans sa grande maison de l’île d’Orléans pour attendre Maurice. La rencontre avait lieu chez Félix parce qu’il était le plus âgé des deux. Tout avait été arrangé par Sylvie Lalande qui est aujourd’hui présidente du conseil d’administration de Groupe TVA. Life goes on...

Félix « Le Grand » était fébrile et intimidé à la simple idée de rencontrer Maurice Richard. Surtout que Maurice n’était pas le plus bavard des hommes.

Mais pendant le lunch dans un resto de l’île, Félix avait lu de sa belle voix chantante un poème qu’il avait écrit pour l’occasion : « Maurice Richard, c’est le vent quand il patine... »

Le poème était écrit à la main et aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est Alain Choquette, le magicien et collectionneur, qui possède l’original. Celui que Félix a sorti de sa petite poche pour le lire au « Rocket ».

Je ne veux pas répéter ce que j’ai déjà écrit. La légende et le mythe sont déjà trop énormes pour qu’on les contienne. 

Pourquoi pensez-vous que les Nordiques ont embauché Maurice Richard comme leur tout premier entraîneur ?

Parce qu’il était Maurice Richard. Parce qu’il voulait tout dire sans prononcer un mot...

Rodger Brulotte a eu une grande idée. 

Cent ans. 

Bonsoir, il reste dans nos mémoires...

Un poème signé par Félix Leclerc  

Maurice Richard
Photo courtoisie, Alain Choquette

Maurice Richard

Quand il lance, l’Amérique hurle.

Quand il compte, les sourds entendent. 

Quand il est puni, les lignes téléphoniques sautent.

Quand il passe, les recrues rêvent.

C’est le vent qui patine.

C’est tout [le] Québec debout

Qui fait peur et qui vit...

Il neige !

– Félix Leclerc, 1983

Recopié par Maurice Richard  

Maurice Richard
Photo courtoisie, Alain Choquette