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Des voisins achètent une forêt à 850 000 $ pour la sauver

Ils ont sauvé un grand boisé en Outaouais qui devait accueillir 30 maisons

Forêt aux étangs
Photo courtoisie, Marie-Claude Erian Le comité de la Forêt aux étangs est parvenu à récolter 850 000 $, en un temps record, pour acheter ce boisé de l’Outaouais et le préserver à perpétuité.

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Un groupe de 185 voisins a amassé 850 000 $, dans un temps record, pour préserver une forêt de 57 acres en Outaouais qui serait autrement devenue un projet immobilier résidentiel.

«On a eu trois semaines pour faire une offre. Et on compétitionnait avec le marché et les promoteurs immobiliers», se rappelle Lyne Daigle, une résidente impliquée depuis le jour 1 dans le rachat de la «Forêt aux étangs», à Chelsea, en Outaouais.

Fréquenté autant par les promeneurs du dimanche que par les rainettes faux-grillon, le grand boisé était à risque d’être vendu au plus offrant pour la construction d’une trentaine de nouvelles maisons.

Or, un comité de citoyens formé en août dernier s’est mis en tête de convaincre la communauté de racheter le terrain, coûte que coûte.

Et ce, malgré les délais serrés empêchant le recours aux subventions gouvernementales pour la protection du territoire.

Le tout pour le tout

«On n’avait pas non plus le temps de faire des soupers spaghetti, alors on a proposé à chaque famille de donner 5000$. On leur a fait valoir que c’était un investissement: au lieu de faire des rénovations ou de partir en voyage, elles s’assuraient d’avoir une forêt à côté de chez eux», explique Mme Daigle, qui a participé aux séances intensives de porte-à-porte.

En l’espace de deux semaines, le comité est parvenu à obtenir des promesses de don totalisant 650 000 $ pour sauver leur forêt bien-aimée. Plusieurs contributions s’élevaient même à plus de 20 000 $.

La course contre la montre entamée à l’automne s’est finalement conclue le 15 mars dernier, avec la signature de l’acte de vente.

C’est l’organisme Action Chelsea pour le respect de l’environnement (ACRE) qui a acheté le terrain au nom des citoyens pour faciliter les procédures légales.

«Oui, c’est ACRE qui est propriétaire [de la forêt communautaire], mais c’est vraiment la communauté qui a levé les fonds», précise Olaf Jensen, directeur de l’OBNL.

Seulement le début

La Forêt aux étangs — nom choisi par le voisinage — devient ainsi le septième terrain que l’organisme protégera à perpétuité dans le secteur du parc de la Gatineau.

Pour Lyne Daigle, le rachat des 57 acres n’est cependant pas une fin en soi.

«Les gens pensent qu’on a sauvé la forêt parce qu’on l’a achetée, alors que c’est juste le début. On l’a sauvée des développeurs, mais il faut maintenant la sauver d’une mauvaise utilisation», dit l’ingénieure civile à la retraite.

Ces jours-ci, un comité s’affaire d’ailleurs à rédiger un plan de gestion pour concilier les usages récréatifs de la forêt avec sa préservation.

Pendant ce temps, d’autres volontaires améliorent les sentiers ou font l’inventaire de la faune et la flore environnantes.

«Il y a toutes sortes de gens qui participent de toutes sortes de façons», dit Mme Daigle, heureuse que le voisinage ait un tel projet collectif.

La création de cette forêt communautaire pourrait même en inspirer d’autres: quelques groupes de la région ont contacté le comité pour connaître leurs démarches.

Précieux terrains du sud

Pour Marilou Bourdages, directrice générale du Réseau de milieux naturels protégés (RMN), ce genre d’implication citoyenne est primordial pour la protection du territoire, surtout dans les secteurs plus densément peuplés.

«On a vraiment besoin des organismes de conservation et des groupes citoyens pour aller créer des petites aires protégées dans la matrice super urbanisée du sud du Québec», souligne-t-elle.

Si Québec est parvenu à atteindre son objectif de protéger 17% de son territoire terrestre avant 2020, le RMN constate que la majorité des plus récentes aires protégées sont en milieu nordique.