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Limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, mission impossible?

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Photo AFP

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PARIS | L’humanité peut-elle encore réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C? 195 pays examinent les prévisions des experts climat de l’ONU, le Giec, attendues lundi avec cette question cruciale en toile de fond. 

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Ce nouveau rapport - les dernières prévisions datent de 2014 - est attendu au moment où se multiplient les catastrophes, illustrations concrètes du changement climatique: incendies spectaculaires en Grèce et en Turquie, feux de forêt en Sibérie et en Californie, famine à Madagascar, inondations exceptionnelles en Chine et en Allemagne, etc.

Ces événements climatiques extrêmes se produisent alors que la hausse de la température à l’échelle de la planète n’est «que» de 1,1°C par rapport à la période pré-industrielle.

En 2015, l’Accord de Paris prévoyait de limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2°C, à +1,5°C de préférence.

«1,5°C était ambitieux», raconte à l’AFP le climatologue Peter Thorne, l’un des auteurs du rapport du Giec en cours de discussion. Mais un rapport spécial du Giec en 2018 montrait des impacts bien plus graves avec un réchauffement à +2°C qu’avec +1,5°C. Cela «a complètement changé la donne», poursuit-il.

Il faut s’«assurer que nous maintenions à notre portée le 1,5 degré», indiquait ainsi en mars dernier à l’AFP le Britannique Alok Sharma, président de la COP26 qui doit se tenir à Glasgow en novembre. 

Aujourd’hui, la question est de savoir si cet objectif est encore atteignable. 

Le Giec travaillait cette semaine sur cinq scénarios différents, du plus optimiste au plus sombre, selon le projet de rapport. Dans les cinq cas, la température mondiale atteindrait 1,5 ou 1,6°C autour de 2030, une décennie plus tôt qu’estimé par le Giec il y a seulement trois ans.

D’ici à 2050, le seuil de 1,5°C serait dépassé d’un dixième de degré dans le scénario le plus optimiste de réduction des gaz à effet de serre, mais de presque un degré dans le scénario du pire.

Reste un espoir: dans le meilleur des scénarios, la hausse de la température serait ramenée à +1,4°C d’ici à 2100.

«Chemin étroit»

La communauté scientifique se divise sur cet objectif de 1,5°C. «Les scientifiques ne sont pas du même avis», relève Tim Lenton, de l’université d’Exeter. 

Un débat annexe l’agite: comment communiquer auprès de l’opinion publique sans la faire sombrer dans le désespoir?

Il y a quelques mois, l’Académie australienne des sciences publiait un livre blanc sur les risques d’un monde à 3°C, signé par des climatologues reconnus dont des membres du Giec. Le livre affirmait que «limiter le changement climatique à 1,5°C est à présent virtuellement impossible» et ajoutait même que limiter le réchauffement à 2°C nécessiterait des efforts herculéens.

La réaction ne s’est pas fait attendre: «Scientifiquement parlant, l’humanité peut toujours limiter le réchauffement mondial à 1,5°C au cours du siècle», ont rétorqué d’autres scientifiques, soulignant l’enjeu crucial de l’action politique.

De nombreux chercheurs soulignent que l’évolution du climat est mesurée sur des périodes longues et que dépasser une température donnée, brièvement, ne veut pas dire que l’objectif soit raté.

«Le chemin vers un monde stabilisé à 1,5°C est très, très étroit et exigeant», relève Alden Meyer qui suit depuis des années les négociations climatiques. «Cela ne signifie pas qu’il faut arrêter de se battre. Chaque dixième de degré compte en terme d’impacts».

«La question du 1,5°C est délicate, c’est un objectif géopolitique repris par de nombreux gouvernements», complète Peter Thorne. «Savoir s’il est atteignable est une question très différente».

«Si nous dépassons 1,5°C pour arriver à 1,7°C, c’est infiniment mieux que de franchir 1,5°C, renoncer à agir et finir à 2,5°C», dit-il.