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La politique d'exactitude des prix est dépassée

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Avez-vous déjà obtenu un produit gratuit en vertu de la politique d’exactitude des prix ? Si oui, je vous lève mon chapeau !

Huit fois sur dix, lorsque je demande de corriger une erreur de prix dans un magasin, je me fais répondre qu’il y a une exemption ou une exception. La politique d’exactitude des prix oblige les commerçants qui affichent des prix sur leurs tablettes à dédommager leurs clients lorsqu’il y a une erreur à la caisse. Le commerçant doit offrir le produit gratuitement (s’il coûte moins de 10 $) ou octroyer un rabais de 10 $ sur le prix courant (s’il est supérieur à 10 $).

Le problème, avec cette politique, c’est qu’elle est remplie de trous et d’incongruités qui rendent son application inutilement laborieuse. Par exemple, elle ne s’applique pas aux vêtements ni au lait de vache. Les produits du tabac sont exemptés, tout comme les médicaments d’ordonnance. La politique est en vigueur pour le vin vendu à la SAQ, mais pas pour celui des dépanneurs. Quelle est la logique ? 

La liste des exceptions est longue. Une erreur de prix sur votre casseau de fraises fraîches vous permettra de l’obtenir gratuitement. Cependant, si les fraises sont congelées, la politique d’exactitude des prix ne n’applique pas. 

Moderniser

Il est grand temps de dépoussiérer les règles d’étiquetage et d’indication des prix. La complexité actuelle décourage bon nombre de consommateurs de revendiquer leur droit, lorsqu’ils sont confrontés à une erreur de prix. La loi, qui vise à tenir responsables les commerçants de leurs erreurs, perd de son efficacité. 

La semaine dernière, dans un magasin à grande surface, les plans de fines herbes étaient affichés à 2 $. À la caisse, on m’a réclamé 4 $. J’ai donc invoqué la politique d’exactitude pour obtenir les plans de basilic gratuitement. 

« Désolée, ça ne s’applique pas aux arbres et aux plantes », m’a poliment répondu la caissière. 

En consultant le site de l’Office de la protection du consommateur, je me suis rendu compte qu’elle avait bien raison. Si vous trouvez une raison logique pour soustraire les arbres à la Loi sur la protection du consommateur, merci de me la signaler ! 

Dénoncez ! 

Depuis le début de l’année, les erreurs de prix représentent environ 2 % des plaintes déposées à l’Office de la protection du consommateur. De temps à autre, l’Office tape sur les doigts de commerçants délinquants. 

Si un commerçant refuse de vous dédommager selon ce qui est prévu dans la politique d’exactitude des prix, vous êtes en droit de porter plainte auprès de l’Office, ou même d’envoyer une mise en demeure au commerçant. Pour une histoire de 10 $, bien peu de consommateurs seront tentés de se lancer dans ce processus... mais c’est avant tout une question de principe. 

Rares amendes

La plupart des commerçants reconnus coupables écoperont d’une amende avoisinant les 2500 dollars. 

Mais sous le régime actuel, avec ses exceptions sans queue ni tête, le consommateur se retrouve souvent le bec à l’eau face à une erreur de prix. Vingt ans après son entrée en vigueur, la politique d’exactitude des prix a besoin d’une cure de rajeunissement.