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Harcèlement sexuel: à l’ère de #metoo, l’excuse générationnelle semble avoir vécu

Andrew Cuomo
Photo d'archives, AFP Andrew Cuomo

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Contraint à la démission, le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, est le dernier homme politique en date à mettre en avant des excuses générationnelles ou culturelles pour expliquer son attitude déplacée à l’égard des femmes. Mais, à l’ère de #metoo, cette défense semble de plus en plus dépassée.

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«J’ai été trop familier avec les gens», a déclaré mardi Andrew Cuomo au moment d’annoncer sa démission, une semaine après la publication d’un rapport officiel accablant qui l’accuse de harcèlement sexuel en énumérant les cas de onze femmes, dont d’anciennes collaboratrices. 

«Dans mon esprit, je n’ai jamais dépassé les bornes avec qui que ce soit», a déclaré le gouverneur, accusé par une ancienne assistante qui a porté plainte de lui avoir touché les fesses et la poitrine. 

«Mais je ne m’étais pas rendu compte à quel point les limites avaient été redéfinies. Il y a des changements générationnels et culturels que je n’ai pas pleinement compris», a ajouté M. Cuomo, 63 ans. 

En poste depuis 2011, Andrew Cuomo n’est pas le premier à mettre en avant une forme d’ignorance pour justifier ses actes. Avant lui, l’ancien sénateur Al Franken, qui a démissionné du Congrès américain en 2018, avait dit comprendre «avoir dépassé les bornes avec certaines femmes».

Le président américain, Joe Biden, a lui aussi été accusé de contacts trop rapprochés, que ses partisans attribuent simplement à un style tactile. 

«J’ai envahi votre espace. Je suis désolé que ce soit arrivé», avait-il reconnu. «Mais je ne suis pas désolé dans le sens où je penserais que j’ai fait quelque chose de mal intentionnellement», s’était-il défendu.

«À côté du sujet»

Pour Jean Sinzdak, directrice associée du Centre pour les femmes en politique de l’Université Rutgers, une telle défense est «un argument fallacieux et passe à côté du sujet». 

«Ce comportement a toujours été inapproprié», déclare-t-elle à l’AFP. «Mais maintenant, notre société comprend que c’est inapproprié, que les femmes souffrent de cela depuis trop longtemps, et qu’il n’est plus acceptable qu’elles souffrent.»

De son côté, Audrey Nelson, une experte sur les questions de genre, qualifie de «bouc émissaire» l’excuse générationnelle. 

«L’espace personnel, c’est l’espace personnel», insiste-t-elle auprès de l’AFP. «Il n’y a rien de générationnel.» En revanche, souligne-t-elle, «si on veut résumer les choses à un seul concept, c’est celui du pouvoir».

Elle rappelle notamment le cas de l’ancien président Bill Clinton (1993-2001), accusé par plusieurs femmes de harcèlement sexuel, et «connu pour attirer les gens» quand il les saluait. 

«Vous lui serriez la main, il vous prenait le bras et vous attirait vers lui», analyse-t-elle. «C’est une prise de pouvoir», un concept qu’elle applique aussi à Andrew Cuomo. «Il s’agit de conquérir.»

«Tremblement de terre»

Parmi les hommes politiques contraints à la démission dans de telles affaires, on compte nombre de démocrates, comme Al Franken, l’ancien procureur général de l’État de New York Eric Schneiderman, et maintenant Andrew Cuomo.

Quant aux républicains, l’ancien président Donald Trump et le juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh, eux aussi accusés, ont refusé de démissionner. Le républicain de l’Alabama Roy Moore s’est présenté deux fois, en vain, au Sénat, malgré des accusations d’agression sexuelle sur plusieurs femmes, dont des mineures.

Selon Jean Sinzdak, les deux grands partis ne réagissent pas forcément de manière monolithique à ces accusations. «Chaque cas est différent», mais, selon elle, «il serait plus difficile» pour les démocrates, «en tant que parti, avec le programme qu’ils ont, de fermer les yeux.»

Elle salue le mouvement #MeToo pour avoir «mis en lumière les questions de harcèlement et d’abus [sexuels] et avoir permis aux femmes d’avoir une plateforme pour raconter leurs histoires».

«C’est l’équivalent d’un tremblement de terre dans le monde politique, et nous allons en ressentir les secousses pendant longtemps», prédit-elle.

Dans ce contexte, «l’intention», mise en avant par Andrew Cuomo ou Joe Biden, ne sera plus une excuse suffisante, selon Audrey Nelson. «Soyez attentifs, faites attention», demande-t-elle, en rappelant que «l’enfer est pavé de bonnes intentions.»