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Les personnes immunosupprimées se sentent vulnérables malgré la vaccination

Des études sont en cours afin de déterminer combien de doses seront nécessaires pour les immunosupprimés

GEN-Éloise Beaupré dont le système immunitaire est faible ne sait pas si deux doses de vaccins est suffisant pour la protéger
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Éloïse Beaupré, 21 ans, doit s’armer de patience en attendant de savoir si elle devra recevoir une troisième dose pour être protégée contre la COVID-19, elle qui doit composer avec des problèmes de santé et un système immunitaire faible.

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Des personnes immunosupprimées n’en peuvent plus d’être enfermées entre quatre murs, se sentant toujours mal protégées contre la COVID-19 malgré leurs deux doses de vaccin. 

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Comme plusieurs autres personnes aux prises avec d’importants problèmes de santé, Éloïse Beaupré observe, impuissante, depuis des semaines des millions de Québécois reprendre une vie normale grâce aux mesures de déconfinement.

« Quand tu regardes le monde en gros groupes tous collés, j’ai encore un malaise, confie Éloïse. Je me verrais mal dans un groupe de gens, donc oui, c’est dur, surtout que tu ne sais pas si ces personnes sont vaccinées. »

Née avec un système immunitaire faible, la jeune femme de 21 ans prend notamment des médicaments immunosuppresseurs pour traiter l’arthrite. 

Depuis que bon nombre de Québécois se rassemblent et profitent du relâchement des mesures sanitaires, elle a été forcée de limiter ses activités, ne sachant pas si ses deux doses de vaccin la protègent suffisamment, et comment son corps réagirait en cas d’infection à la COVID.

« On ne sort pas tant que ça, vraiment. On se limite pas mal. Je vais à l’écurie m’occuper de mes chevaux, mais c’est tout. Je suis allée au restaurant peut-être une fois avec mes parents, mais pas avec d’autres amis pour l’instant », indique-t-elle.

« Je ne suis pas quelqu’un qui a tant besoin du côté social comme certaines personnes. C’est sûr que ça me manque après un an et demi [de pandémie] », ajoute la résidente de Blainville.

Inquiétude

Pour les Québécois se trouvant dans la même situation qu’Éloïse Beaupré, le déconfinement des derniers mois est anxiogène.

« On a des patients qui nous ont [confié] que pour eux, l’assouplissement des mesures sanitaires voulait aussi dire une forme d’inquiétude qui renaît », révèle Geneviève Solomon, directrice générale de l’Association des patients immunodéficients du Québec (APIQ).

Pas question de prendre de risque. Entre amis, « même dehors, s’il y a des gens qui n’ont pas été vaccinés, je n’y vais pas », ajoute Jacques Dagnault, 76 ans, immunosupprimé.

Sans données probantes sur l’efficacité de la vaccination, « on est toujours dans le flou », dit Mme Solomon.

D’ici à ce que les scientifiques concluent leurs travaux, les citoyens doivent se faire inoculer pour se rapprocher de l’immunité collective, insiste-t-elle. Un tel effort « va permettre à ces patients de voir la lumière au bout du tunnel ».

Dénouement à venir

La néphrologue Marie-Josée Hébert, qui participe à une étude portant sur des patients ayant eu divers types de greffes, s’attend à ce que les scientifiques établissent prochainement le traitement qui sera nécessaire pour plus de 6000 patients immunosupprimés au Québec.

Elle espère que des recommandations seront faites aux autorités de la Santé publique d’ici la fin septembre.  

L’efficacité du vaccin demeure énigmatique  

« Si vous me demandez s’il y a une information scientifique qui permet de définir [l’efficacité du vaccin chez les patients immunosupprimés], la réponse, c’est actuellement non », tranche Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Cette situation s’expliquerait par le fait que ces personnes ne participaient pas aux essais cliniques initiaux, indique dans ses analyses le Comité consultatif canadien de l’immunisation (CCNI).

Mais des chercheurs québécois pourraient bientôt changer la donne. C’est le cas de la néphrologue Rita Suri qui mène une étude auprès d’environ 450 personnes hémodialysées.

Selon les premiers résultats, après une dose du vaccin Pfizer, « on estime que la moitié des patients sont protégés », fait savoir la Dre Suri. Plus de 80 % ont développé des anticorps après la 2e dose. Elle précise que même avec une faible immunisation, il est possible de limiter les symptômes chez un patient.

Troisième dose

Par ailleurs, la réponse du système immunitaire au vaccin risque de varier selon l’état de santé, puisqu’il peut être affaibli pour différentes raisons, comme la prise de médicaments ou une greffe.

« Ce n’est pas possible de donner une règle qui s’applique à tout le monde de façon uniforme, résume le Dr De Serres. Ce qui est clair, c’est que pour à peu près toutes ces personnes-là, une seule dose, c’est insuffisant. »

Les intervenants consultés par Le Journal s’attendent à ce qu’une troisième dose soit nécessaire, du moins pour une certaine fraction des personnes immunosupprimées.

Elle évitera notamment à cette population et aux proches d’être « faussement protégés » face au virus, indique le rhumatologue Paul R. Fortin---. Il est d’ailleurs le co-investigateur principal d’une étude qui pourra offrir en septembre une troisième dose à ses participants.

Marie-Josée Hébert, professeure à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, avance de son côté que les autorités devraient présenter un nouveau calendrier de vaccination pour s’assurer que la protection contre le virus est suffisante.

Santé Canada indique le CCNI continue de surveiller l’évolution des données probantes sur le besoin ou les avantages potentiels de nouvelles injections.

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