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Venezuela: pouvoir et opposition de retour à la table de négociations

Juan Guaido est celui qui dirige l’opposition au Venezuela.
Photo AFP Juan Guaido est celui qui dirige l’opposition au Venezuela.

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Pouvoir et opposition au Venezuela retournent à la table des négociations autour des questions des sanctions internationales, de la libération des prisonniers politiques et des scrutins à venir, le maintien au pouvoir de Nicolas Maduro n’étant pas menacé.

Après une tentative ratée à la Barbade en 2019, les pourparlers sous la médiation de la Norvège se tiendront au Mexique. Une réunion pré-organisationnelle est prévue vendredi, a priori à Mexico, avant le début officiel du dialogue le 30 août.

« Ce processus est plus élaboré et mieux construit que les précédents », a déclaré à l’AFP une source proche des négociations, en référence à l’échec de celles menées en 2018 en République dominicaine sous les auspices de l’ancien premier ministre espagnol José Luis Zapatero.

« Nous avons formulé un ensemble de demandes, d’exigences que nous maintenons fermement » avec « tout d’abord la levée immédiate de toutes les sanctions », a déclaré le président Maduro, en référence à la batterie de mesures coercitives contre le gouvernement et ses principales figures, dont un embargo pétrolier américain.

L’opposition dirigée par Juan Guaido exige un nouveau calendrier électoral, incluant le scrutin présidentiel prévu en 2024, avec des garanties sur la légitimité du vote, ainsi que la libération des prisonniers politiques.

Selon Luis Vicente Leon, directeur de l’institut de sondage Datanalisis, ces pourparlers pourraient aboutir à « un assouplissement de certaines sanctions (...) liées à des questions humanitaires » et « des avancées sur les questions des prisonniers politiques et de la reconnaissance institutionnelle de l’opposition ».

« Rien à offrir »

Juan Guaido, ex-président de l’Assemblée reconnu comme président par intérim par près d’une soixantaine de pays, dont les États-Unis et l’Union européenne, depuis la réélection contestée à la présidence de Nicolas Maduro en 2018, a perdu de son poids et de sa crédibilité.

L’opposition s’accroche à cette légitimité offerte par une partie de la communauté internationale mais « n’a rien à offrir », selon Luis Vicente Leon pour lequel la stratégie du « tout ou rien » mise en oeuvre jusqu’à présent n’a pas fonctionné.

Nicolas Maduro a même accentué son pouvoir en reprenant l’Assemblée nationale à l’opposition à l’issue des élections législatives du 6 décembre, boycottées par les opposants au régime chaviste - héritier de l’ancien président Hugo Chavez (1999-2013).

Les sanctions internationales qui se sont graduellement renforcées n’ont pas réduit l’emprise de son puissant Parti socialiste unifié (PSUV) sur les institutions, alors que le Venezuela, ex-riche pays pétrolier, traverse une crise économique sans précédent avec huit années consécutives de récession et une chute du PIB de 80% depuis 2014.

En juin, les États-Unis, le Canada et l’Union européenne ont exprimé leur volonté de « revoir » les sanctions contre le régime s’ils constatent « des progrès significatifs dans une négociation globale » en vue d’élections « crédibles, inclusives et transparentes ».

« Il y a une communauté internationale alignée, il y a un vent en notre faveur, ne perdons pas cette opportunité », a déclaré l’ancien candidat à la présidence Henrique Capriles lors d’une conférence de presse. « Le tout ou rien n’est pas bon ».

Ce processus fait suite à une négociation interne dirigée par cet opposant, qui a abouti à la libération de certains prisonniers politiques et à la mise en place de nouvelles autorités électorales, perçues de manière favorable par les États-Unis et l’Union européenne, et intervient alors que le pays se dirige vers des élections municipales et gouvernatoriales le 21 novembre.

L’opposition a montré des signes de bonne volonté en ouvrant la possibilité de participation, mais n’a pas annoncé si elle se présentera en tant que bloc unitaire.

Pedro Benitez, éditorialiste et professeur d’université, estime qu’à l’approche des élections, ces pourparlers pourraient « redonner aux gens leur confiance dans le vote » afin que « quel que soit le vainqueur, cette victoire soit reconnue ».

Selon lui, « les conditions sont réunies pour qu’un accord soit conclu s’il y a la volonté des parties », c’est-à-dire « qu’aucun des deux ne peut écraser l’autre ».

Le maintien au pouvoir de Nicolas Maduro n’est toutefois pas dans la balance de ces négociations.

« Maduro n’est pas dans les cordes », affirme Luis Vicente Leon. « Est-il atteint par les sanctions ? Oui. Voudrait-il résoudre ce problème ? Oui. Est-il sur le point de quitter le pouvoir ? Non », égrène-t-il.

Selon lui, l’avancement des élections présidentielles, prévues dans trois ans, est donc exclu pour l’instant.

Ce n’est pas de l’avis d’une source de l’opposition qui assure ne pas vouloir « des élections présidentielles demain » mais affirme que le statu quo ne « tiendra pas jusqu’en 2024 ».