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Tableau final de l’amour: inspiré par le peintre Francis Bacon

Larry Tremblay
Photo d'archives, Chantal Poirier Larry Tremblay

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Larry Tremblay, écrivain traduit en plus de vingt langues et célébré dans le monde entier, entre autres pour son best-seller L’orangeraie, s’est librement inspiré de la vie du peintre Francis Bacon pour écrire un nouveau roman extrêmement percutant, Tableau final de l’amour. Il y décrit une quête artistique qui ne fait aucun compromis, où l’amour et la création flirtent dangereusement avec l’horreur et la cruauté.

« J’ai été surpris d’écrire ce roman, parce que je n’avais pas planifié d’écrire un roman sur Francis Bacon », commente Larry Tremblay, en entrevue. 

Il y a plusieurs années, il a publié un recueil de poésie autour de Francis Bacon. « Ça s’est déposé tellement fortement en moi, parce que j’adore l’œuvre de ce peintre, qu’un jour, j’étais en Inde, et j’ai commencé à écrire les premières phrases du roman. Sans structure. Mais comme j’avais d’autres projets, ça s’est arrêté là. J’y suis revenu, pour creuser cette attirance, cette fascination que j’ai pour cette œuvre. »

Larry Tremblay note que Tableau final de l’amour lui a permis d’explorer d’autres dimensions de l’humain. « J’avais peut-être aussi un objectif. Quand on est devant une toile de Francis Bacon, on ressent des sensations. Comme écrivain, je me disais : comment je peux transmettre ces sensations aux lecteurs, à travers des mots ? C’est vraiment un passage du monde visuel au monde de l’écrit. »

Amant et modèle

Dans le roman, il évoque la relation entre Bacon et George Dyer, qu’il ne nomme pas cependant, qui était son amant et son modèle en même temps. « C’est romancé. J’ai inventé beaucoup d’épisodes, et c’est très difficile de voir ce qui est vrai, ce qui s’est vraiment réalisé ou pas. C’est 85 % de l’imaginaire. J’ai pris quelques épisodes puis j’ai brodé autour. J’ai inventé la plupart des personnages. »

Le grand défi, ajoute-t-il, était de donner une voix au peintre. « C’est une adresse. Il s’adresse un peu au fantôme de son amant qui a été son modèle. »

Tableau final de l’amour présente la vision d’un artiste radical, d’un peintre obsédé par le corps. S’adressant à l’amant qui lui a servi de modèle, un voleur qui s’est introduit chez lui en pleine nuit et qui a fini dans son lit, le narrateur raconte leur relation tumultueuse, son besoin de violence pour créer.

Un univers unique

Larry Tremblay est fasciné par la fusion de l’acte sexuel et l’acte de la création, dans l’œuvre de Bacon. 

« Il a besoin de sexualité pour créer. Et en même temps, il y a beaucoup de romans ou de livres qui ont traité du peintre avec un modèle féminin – le corps de la femme. Mais je n’en connais pas qui traitent de cette relation d’un peintre avec un modèle masculin. Ça change complètement l’angle. »

« Il avait besoin de cette violence et de cette surdose de sensations pour créer, ajoute l’écrivain. On sent cette violence dans ses toiles. Et ce qui me fascine dans cette œuvre, c’est le rapport au corps, la fusion entre la jouissance et la souffrance. »

Larry Tremblay considère que Bacon a créé un univers. « Autant Picasso a peint des corps joyeux et ludiques, autant les corps de Francis Bacon sont tragiques. Il aime la tragédie. C’est pourquoi, vers la fin du roman, j’ai emmené le lecteur vers la tragédie grecque. » 


♦ Larry Tremblay a publié une trentaine de livres comme romancier, auteur dramatique, poète et essayiste.

♦ Son œuvre est traduite dans plus de vingt langues et connaît un retentissement international.

♦ Son roman L’orangeraie a remporté de nombreux prix au Québec et en Europe.

♦ L’adaptation de L’orangeraie en opéra sera présentée en octobre au Monument-National, à Montréal, et en novembre à Québec, avec la musique de Zad Moultaka.  

EXTRAIT    

<b><i>Tableau final de l’amour</i></b><br/>
Larry Tremblay<br/>
Éditions La Peuplade<br/>
216 pages<br/>
En librairie le 17 août
Photo courtoisie
Tableau final de l’amour
Larry Tremblay
Éditions La Peuplade
216 pages
En librairie le 17 août

« Sur un coup de tête – ou de cœur –, je t’ai emmené avec moi à New York. J’avais peut-être aimé ta trahison plus que je ne t’aimais toi-même. Chose certaine, pendant le procès, j’avais entrevu le gamin fautif que tu traînais dans les rues à la recherche d’aventures et d’une vie palpitante qui t’arracherait à la banalité de ton existence. Nous avons quitté Londres en première classe, nous gorgeant de litres de champagne. Pendant le vol, j’ai posé ma main sur ta cuisse. Tu n’as pas protesté malgré le regard étonné, légè-rement dégoûté, de l’hôtesse de l’air qui remplissait nos verres. Tu semblais heureux, tu riais, tu jubilais comme jamais je ne t’avais vu le faire. »