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Trafic maritime: les «licornes» de l’Arctique menacées par les navires

Le réchauffement climatique affecte aussi durement les narvals

Narvals groupe
Photo courtoisie, pêches et océans Canada Quelques narvals de la mer de Baffin.

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Les narvals de la mer de Baffin sont vulnérables face au réchauffement climatique, mais la vraie menace vient du trafic maritime dans l’Arctique, qui a triplé en 25 ans. 

« On dénombre dans la région environ 140 000 narvals. Une population stable, mais qu’il faut suivre de près compte tenu des effets de l’activité humaine », mentionne la biologiste à Pêches et Océans Canada Marianne Marcoux. 

Le pays compte deux des trois populations mondiales de narvals, dont celle-ci, localisée au large de la Terre de Baffin. Un deuxième groupe de 19 000 individus se trouve dans la baie d’Hudson ; l’autre au Groenland.  

Science et tourisme

Selon une étude menée par l’Université d’Ottawa, la navigation dans l’Arctique a triplé de 1990 à 2015. Les navires marchands ont contribué à la hausse, mais elle a aussi été causée par les déplacements pour la recherche scientifique et le tourisme. 

« Les narvals sont des animaux très sensibles et nous craignons que le bruit les pousse à changer d’habitat », dit-elle.

La biologiste originaire de Québec observe depuis 15 ans le groupe de baleines. Elle mentionne que le réchauffement climatique permet à des prédateurs comme l’épaulard de les chasser plus longtemps.

Jointe par Le Journal à Winnipeg, Mme Marcoux est l’une des rares spécialistes mondiales de ce mammifère marin surnommé la « licorne des mers » à cause de sa canine hypertrophiée qui lui donne des airs de créature légendaire.  

Freinée par la pandémie

« Mon travail consiste à suivre le mieux possible l’évolution de la population de narvals de la mer de Baffin »,
explique-t-elle. 

Mais la pandémie de COVID-19 a stoppé les travaux de recherche en cours. Les missions d’observation annuelles ont été suspendues durant les deux dernières années. 

Mme Marcoux avait entrepris un projet de recherche sur le bruit dans cette mer nordique, à l’aide de microphones installés à divers endroits sous l’eau. 

« Nous croyons que le bruit des bateaux pourrait affecter les mœurs des baleines. » 

Leur stress étudié

La Dre Karine Béland a prêté main-forte à sa collègue dans le Grand Nord, en 2017 et 201, en prélevant des échantillons sanguins de baleines pour mesurer leur taux de cortisol, l’hormone du stress. 

Les biologistes capturent des individus afin de leur installer des émetteurs, un procédé sans danger qui permet de suivre leurs déplacements. 

Des « Narvalugas » dans le Saint-Laurent ? 

  • Un narval adopté par des bélugas du fleuve Saint-Laurent en 2017 a fait l’objet d’un documentaire de Disney en 2020. 
  • La biologiste Marianne Marcoux ne peut expliquer cet égarement à plus de 1000 km de la zone de reproduction. 
  • Mais elle souligne que les deux espèces sont génétiquement assez compatibles pour être fertiles. Les « narvalugas » sont toutefois très rares.