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Quand les habitations cohabitent avec les commerces

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Voici des exemples de constructions, récentes ou en chantier, permettant à ses résidents de combiner, en un même lieu, activités résidentielles, commerciales et même parfois professionnelles.

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THE RISE, VANCOUVER

Capture d'écran, WEB

Imaginez une vie, érigée sur les toits de tout un quadrilatère commercial, où, sans égard à l’activité bouillonnante qui sévit sous vos pieds, vous pouvez profiter d’un parc gazonné avec BBQ, de potagers et d’une vue sur la chaîne Côtière, qui, le soir venu, se transformerait en cinéma en plein air.

C’est l’un des nombreux avantages qu’offre The Rise, un complexe résidentiel de 605 000 pi2, construit en hauteur sur trois étages dans le quartier Fairview de Vancouver. En moins d’une minute, ses résidents ont accès de l’intérieur à la marchandise du Home Depot, de Winners/HomeSense et d’épiceries, de restaurants et de cafés qui occupent les étages inférieurs du quadrilatère. 


MAIL CHAMPLAIN, BROSSARD

Photo courtoisie

Le Fonds Immobilier Cominar cherche à augmenter la valeur d’un grand nombre de ses centres commerciaux, dont l’attractivité – commerce électronique oblige – a considérablement diminué, ces dernières années. 

Sa solution : la construction de nouveaux complexes résidentiels, en lieu et place de stationnements de plus en plus inutilisés. Des projets de plus de 13 000 habitations dorment ainsi dans ses cartons un peu partout (Galeries de Hull, Rockland de Montréal, Ilot Mendel à Québec...).

Sans doute l’un des plus importants d’entre eux est prévu dans le stationnement du Mail Champlain à Brossard. L’entreprise projette la construction de six tours d’habitation regroupant pas moins de 2000 appartements, en location ou copropriété. Outre le Mail, la proximité de la station Panama du futur Réseau express métropolitain risque de constituer un élément d’attraction majeur pour les navetteurs. 


CANARY DISTRICT, TORONTO

Photo courtoisie

Située tout juste à l’est du centre-ville de Toronto, cette zone, autrefois connue pour ses manufactures de briques et usines de transformation de viande, a repris vie peu avant en 2015 à l’occasion de la tenue des Jeux panaméricains. 

Une fois ceux-ci terminés, l’endroit transformé en Village des athlètes comptait six édifices, vite convertis en logements. Depuis, une dizaine de projets résidentiels se sont ajoutés et le quartier rebaptisé Canary District est perçu comme une sorte de laboratoire vivant de la vie urbaine.

Alors qu’ailleurs, la difficulté consiste souvent à intégrer une vie résidentielle à une activité déjà établie, tout le défi de ce quartier consiste à articuler une activité commerciale suffisamment riche pour rendre attrayante et agréable la vie des résidents. C’est ainsi que chaque nouveau café ou dépanneur et chaque nouvelle boutique à apparaître dans le secteur seraient d’abord triés sur le volet en fonction de cet unique objectif. 

Le modèle de l’avenir  

ANALYSE D’EXPERTS

Les projets immobiliers qui combinent usages résidentiels et usages commerciaux sont non seulement en vogue, ils constituent ni plus ni moins que l’avenir de l’habitation au pays, soutient Avi Friedman, une sommité internationale en la matière.

Le professeur de la Faculté d’architecture de l’Université McGill, respecté pour ses décennies de travaux sur les questions d’urbanisme et d’habitation, est catégorique. 

« À l’heure où la planète lutte contre son réchauffement, que des régions entières brûlent, que les populations en souffrent – y compris dans les pays nordiques comme le nôtre –, ce type de développement est définitivement la voie à suivre », explique-t-il.

Aller à l’épicerie en ascenseur

Ces projets à vocation mixte se sont multipliés au cours de la dernière décennie, à la faveur de la construction de complexes d’habitation regroupant des centaines, voire parfois plus d’un millier d’unités à la même adresse. À Montréal, les quartiers des affaires et Griffintown ont vu nombre d’enseignes (Provigo, Adonis, Pharmaprix) apparaître au pied ou à l’étage de telles tours. 

Les détaillants aiment pouvoir ainsi rejoindre une clientèle nombreuse et en moyens, là où les prix des terrains les empêchaient jusque-là de même en rêver. Les résidents, eux, aiment la proximité des services, qui leur permet de faire leurs emplettes ou de visiter leur pharmacien à la sortie de l’ascenseur, sans même avoir à mettre le pied dehors !

Joanie Fontaine, économiste principale de JLR Recherches, confirme cette tendance qui a permis à nombre de promoteurs de rentabiliser leurs étages inférieurs, souvent moins prisés dans les zones à forte densité. 

À la rescousse des détaillants 

De plus en plus, les centres commerciaux – qui peinent à survivre au commerce électronique – appliquent la même logique. Pour remédier à cette situation, plusieurs envisagent maintenant la construction de complexes d’habitation dans leurs parcs de stationnement. 

Photo courtoisie, Cominar

Cogir s’apprête à ériger 500 unités au Centropolis de Laval. Cadillac-Fairview cogite sur un projet dix fois plus grand au Fairview Pointe Claire. 

« Une bonne chose, juge le professeur Friedman. Tous n’ont pas les moyens de vivre au centre des grandes villes, à distance de marche de tout. Plus ces projets se multiplieront, moins la voiture sera utilisée. »

Ces projets sont d’autant logiques, croit Mme Fontaine, que la population vieillit, les familles sont petites et les taux d’inoccupation des logements sont au plus bas. 

« En un an, les prix de la copropriété – toutes régions confondues – ont crû de 20 % en moyenne. Le besoin est clair. »