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Retrait d’Afghanistan : les Occidentaux mécontents à l’égard de Washington

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Les critiques sévères à l’endroit des États-Unis enflent, y compris dans le camp occidental, après la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan qui scelle l’échec de 20 ans d’engagement militaire de l’Alliance atlantique dans ce pays. 

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Du ministre britannique de la Défense à la chancelière allemande et à son possible successeur, les alliés européens de Washington n’ont pas caché leur réprobation devant les scènes de panique à l’aéroport de Kaboul de milliers d’Afghans tentant désespérément de fuir leur pays. 

Après deux décennies de présence militaire occidentale, l’Afghanistan est désormais aux mains des talibans qui patrouillent dans les rues de Kaboul et se sont installés au palais présidentiel. 

Leur retour au pouvoir, dont ils avaient été chassés par les Américains en 2001 après les attentats du 11 septembre, est « un échec de la communauté internationale qui n’a pas compris qu’on ne règle pas les choses du jour au lendemain », a tancé le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace.

Fait rare compte tenu des relations privilégiées entre Londres et Washington, le gouvernement de Boris Johnson critique ouvertement depuis plusieurs jours la décision américaine de se retirer, qui a entraîné le départ des troupes de l’OTAN, dont les soldats britanniques et allemands.

En Allemagne, un autre allié traditionnel de poids des États-Unis, le mécontentement est palpable, tandis que les chancelleries s’activent dans la précipitation pour évacuer leurs ressortissants et personnels afghans qui ont travaillé à leur service.

Grande débâcle

Le dirigeant du parti conservateur d’Angela Merkel et candidat à sa succession à la chancellerie a parlé lundi de « la plus grande débâcle que l’OTAN ait subie depuis sa création ».

« Il est évident que cet engagement de la communauté internationale n’a pas été couronné de succès », a-t-il martelé.

Armin Laschet, président de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) dont il est la tête de liste pour les élections du 26 septembre, a réclamé « une analyse crue des erreurs (...) en Allemagne, avec les partenaires de l’Alliance et au sein de la communauté internationale ».

La chancelière Angela Merkel, qui quittera le pouvoir à l’issue du scrutin législatif, a exprimé sa frustration lundi sur la situation en Afghanistan et évoqué des raisons « de politique intérieure » pour le retrait américain.

« Pour tous ceux qui ont tenté d’œuvrer au progrès et à la liberté » dans ce pays « surtout les femmes, ce sont des événements amers », a dit la chancelière devant des cadres de son parti, selon des propos rapportés par des participants à l’AFP.

  • Écoutez la chronique du politologue Loïc Tassé sur QUB radio: 

Biden muet

Face à cette vague de critiques jamais vues depuis l’élection américaine en novembre dernier, le président américain Joe Biden est resté muet depuis la prise de contrôle des talibans.

Le 10 août, lors de sa dernière allocution en public, Joe Biden avait assuré qu’il ne « regrettait pas » sa décision de retirer le 31 août les derniers soldats américains du pays.

L’amertume en Allemagne est d’autant plus grande, qu’elle fut le deuxième pays contributeur en troupes étrangères en Afghanistan au cours des 20 dernières années, derrière les États-Unis, avec environ 150 000 hommes déployés au total.

L’ancien ministre allemand des Affaires étrangères au moment du déploiement des troupes de l’OTAN, Joschka Fischer, a étrillé la décision américaine de se retirer d’Afghanistan. « Une erreur », selon lui. « Nous en voyons les conséquences aujourd’hui », a-t-il déploré.

L’Allemagne veut déployer des soldats en Afghanistan pour évacuer ses derniers ressortissants et des Afghans menacés, selon des sources parlementaires.

La Russie, de son côté, a noué des contacts avec les talibans. Son ambassadeur à Kaboul va les rencontrer mardi, selon l’émissaire du Kremlin pour l’Afghanistan, Zamir Kaboulov.

Préparée à l’arrivée des talibans, Moscou n’a pas prévu d’évacuer ses diplomates et a pour objectif d’éviter une déstabilisation de sa zone d’influence en Asie centrale.

Ces derniers jours, Moscou a souligné et moqué l’échec du rival américain après vingt ans de guerre en Afghanistan