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Au moins 31 morts en moto: été noir sur nos routes

On déplore déjà plus de décès que l’année dernière avec encore deux mois à faire à la saison de moto

FD-
Photos Agence QMI, Thierry Laforce La Sûreté du Québec a dépêché dimanche un enquêteur en collision sur la route 137, à Saint-Denis-sur-Richelieu, en Montérégie, pour établir les causes et les circonstances exactes de l’accident lors duquel un motocycliste de 48 ans a fait une embardée mortelle. En mortaise : l’engin de la victime a terminé sa course dans la pelouse.

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Après un week-end funeste où cinq motocyclistes ont péri, on dénombre maintenant déjà plus de décès sur le territoire de la Sûreté du Québec (SQ) que l’an dernier, alors qu’il reste encore deux mois à la saison de moto.

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« C’est désespérant, voir ça, a laissé tomber Sylvain Bergeron, président de la Fédération motocycliste du Québec (FMQ). Il y a un partage de la route qui doit se faire, il y a de la sensibilisation qui doit être faite. Et les motocyclistes se doivent d’être vigilants. »

« C’est préoccupant, dans le sens qu’il faut absolument redoubler d’ardeur dans la sensibilisation », a réagi de son côté Mario Vaillancourt, porte-parole de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Trois collisions distinctes ont coûté la vie à cinq personnes prenant place sur des motos, dimanche, devenant ainsi l’une des fins de semaine les plus meurtrières de l’année (voir ci-bas).

Et c’est sans compter tous les accidents ayant fait des blessés graves.

Ces récentes tragédies portent à 31 le nombre de personnes qui sont mortes jusqu’à maintenant cette année dans des accidents de moto sur les routes sous la responsabilité de la SQ. En 2020, 30 décès avaient été recensés par la police provinciale pour l’ensemble de la saison.

  • Écoutez l'entrevue de Sylvain Bergeron au micro de Philippe-Vincnt Foisy sur QUB radio:

Plus d’adeptes, plus de risques

« On risque fort d’avoir plusieurs décès au-dessus de la moyenne [des dernières années] », a déploré le président de la FMQ. 

« C’est tristement prévisible que le chiffre va aller en grandissant, parce qu’on a tellement plus de motocyclistes sur la route », a ajouté le chroniqueur moto et animateur Maxime Sheehy.

Plusieurs raisons expliqueraient notamment le nombre important de victimes d’accident de moto cette année.

Plusieurs explications

Par exemple, la saison a commencé dès le début d’avril en raison de la météo clémente, soit quelques semaines plus tôt que d’habitude.

« Plus la saison est longue, plus il y a une exposition au risque, évidemment. Statistiquement, si on a plus de motocyclistes qui sont plus longtemps sur les routes, malheureusement, on va certainement avoir plus de victimes », a estimé M. Bergeron. 

Plusieurs accidents seraient aussi dus au manque d’expérience des conducteurs, à l’inattention, à un mauvais port d’équipement de sécurité ou à l’état de la chaussée.

« La COVID a apporté un renouveau dans le budget des vacances, alors beaucoup de personnes se sont acheté des motos, a souligné le président de la FMQ. Et une moto, ça demande toute notre vigilance pour la conduire. Il ne faut pas oublier ça. »

Avec la saison estivale qui est loin d’être terminée, plusieurs observateurs et des amateurs blessés dans des accidents de moto appellent d’ailleurs à redoubler de prudence pour éviter l’hécatombe (voir texte plus bas).

Selon le président de la FMQ, il reste encore deux mois où la météo va permettre aux motocyclistes de faire des sorties sur les routes du Québec.

« Il va y avoir du sable, des feuilles sur la route, il va y avoir de la pluie. Adapter sa conduite sera la clé », a résumé M. Bergeron. 

Trois collisions mortelles dimanche    

  • Saint-Denis-sur-Richelieu : Un motocycliste de 48 ans a perdu la vie vers 8 h 45, après avoir fait une sortie de route sur la route 137, en Montérégie. La victime a été identifiée comme étant Yan Lachance.  
  • Bécancour : Une collision entre deux motocyclettes venant en sens inverse est survenue sur l’autoroute 30, dans le Centre-du-Québec. Un dépassement pourrait être à l’origine de l’accident. Les débris de la collision ont causé la perte de maîtrise d’un troisième bolide, mais on ne craindrait pas pour la vie des deux occupants. Les deux conducteurs décédés sont Bradley Wilken, 67 ans, originaire de l’Ontario, et France Mercier, 62 ans, de Lévis.  
  • Baie-du-Febvre : Un conducteur soupçonné d’avoir eu les facultés affaiblies par la drogue aurait dévié de sa voie pour frapper une moto de type Spyder, sur la route 255, toujours dans le Centre-du-Québec. Lyne Rheault, 59 ans, de Richmond, en Estrie, et son conjoint, Martin Croteau, 51 ans, ont péri dans la collision. L’automobiliste a été interrogé hier par la Sûreté du Québec et devrait faire face à des accusations.      

« On ne revient jamais à 100 % » d’un accident   

Patrick Chaput et sa conjointe, Isabella Banky, gardent encore aujourd’hui des séquelles d’une violente collision qui a eu lieu il y a 15 ans, comme le montre la photo de leur engin accidenté (en mortaise). Il roule aujourd’hui avec une moto à trois roues.
Photos courtoisie
Patrick Chaput et sa conjointe, Isabella Banky, gardent encore aujourd’hui des séquelles d’une violente collision qui a eu lieu il y a 15 ans, comme le montre la photo de leur engin accidenté (en mortaise). Il roule aujourd’hui avec une moto à trois roues.

Des motocyclistes québécois qui ont été victimes de rudes accidents dans le passé appellent à la vigilance en relatant les conséquences tragiques qu’ils ont subies.

« Je pense que tout ce qu’il faut retenir, c’est que peu importe quel type d’usager de la route on est, et encore plus quand on est motocycliste, nous sommes vulnérables », a tranché Patrick Chaput, 44 ans.

Le 1er juillet marquait le 15e anniversaire d’un violent accident dans lequel il a été impliqué, au moment où il se dirigeait vers un chalet dans les Laurentides avec sa conjointe et un ami.

Vers 19 h, un chauffard ivre qui arrivait en sens inverse a dévié de sa voie dans une côte et les a frappés de plein fouet, tuant l’ami de Patrick Chaput.

Quant à M. Chaput, dont la conjointe était passagère de sa motocyclette, il a tourné son guidon au dernier moment. 

« Ça nous a probablement sauvé la vie », a résumé le résident de Longueuil, sur la Rive-Sud.

Le couple a tout de même subi des blessures majeures qui ont nécessité une longue période de rééducation.

En plus d’un traumatisme crânien, Patrick Chaput a eu des vertèbres fracturées. L’impact a aussi temporairement paralysé tout le côté droit de son corps. Et même après toutes ces années, son pied l’est toujours.

Recommencer à zéro

« On recommence à zéro. C’est-à-dire qu’on réapprend à manger, à marcher, à parler », a énuméré M. Chaput.

Or, « après un accident, on ne revient jamais à 100 % », croit celui qui vit aujourd’hui avec des troubles de concentration, une motricité fine limitée et une fatigue hâtive. Afin de sensibiliser les plus jeunes aux risques de conduire avec les facultés affaiblies, M. Chaput donnait des conférences dans les écoles avant la pandémie.

Droit devant

C’est qu’un bref moment d’inattention peut rapidement changer une vie. C’est le cas de Martin Veilleux, 50 ans, qui a eu toute une frousse lorsqu’un chevreuil a surgi devant lui sur la route 138, le 30 juin dernier.

« C’est cinq secondes à regarder derrière pour s’assurer que fiston est correct, a-t-il noté. Je ne suis pas tombé. Je ne sais même pas comment ça se fait », a relaté le résident de Saint-Jérôme, dans les Laurentides. Heureusement, il s’en est tiré indemne.

Pour M. Veilleux, qui s’est d’ailleurs retrouvé à l’hôpital après un douloureux accident de moto en mai 1991, deux choses sont particulièrement dangereuses pour les conducteurs : leur environnement et l’inattention du pilote.

Laurent Lavoie, Journal de Montréal