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À La Nouvelle-Orléans, le passeport sanitaire ne gâchera pas la fête

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À mesure que le variant Delta renforce sa poigne sur les États-Unis, tous les voyants passent à l'orange, voire au rouge. La Louisiane, elle, a viré écarlate, avec 126 cas pour 100 000 habitants déclarés en moyenne chaque jour, forçant certaines villes à instaurer un pass sanitaire.

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Voilà déjà plusieurs semaines que les hôpitaux peinent à absorber le flot de patients. Les soignants sont à bout de nerfs. Après le relâchement printanier, il a fallu de nouveau rendre obligatoires les masques en intérieur. Et après New York et San Francisco, La Nouvelle-Orléans s’apprête à mettre en place un pass sanitaire à partir de lundi.

«Plus le choix», a expliqué jeudi la mairesse, LaToya Cantrell. «La situation est désespérée et nous ne pouvons simplement plus attendre.»

Il faudra donc présenter une preuve de vaccination ou un test négatif pour se rendre dans un bar, un restaurant, une salle de sport, et même pour participer à de gros événements en extérieur.

Face à la décision de la Ville, les habitants montrent deux visages. Il y a ceux qui s'y résignent et traînent leurs doutes jusqu’à un site de vaccination pour y recevoir leur première dose. Et ceux qui, le soir, convergent malgré tout vers le Vieux Carré français, épicentre de la vie festive de la plus grosse agglomération de cet État du Sud américain.

Un pass sanitaire décisif

Ce site de vaccination, installé sur un stationnement du quartier de Tremé, dévasté par l’ouragan Katrina en 2005, héberge aussi un centre de tests. Comme un symbole de la situation sanitaire en Louisiane, où les cas explosent et où la vaccination reste à la traîne, des dizaines de voitures se pressent côté dépistage, mais les trois membres de la Garde nationale chargés des injections trouvent le temps long.

Malgré une hausse des immunisations depuis mi-juillet, seuls 37,9% de la population de la Louisiane est pleinement vaccinée, contre 50,6% à l’échelle des États-Unis.

Pour Justin, 34 ans, et Jen, 26 ans, le pass sanitaire a été décisif. Ce couple originaire de Floride se dit «accro» à la salle de sport et ne pouvait supporter l’idée de ne plus y avoir accès. «C’est certain que ça m’a aidé à me décider», raconte cet ingénieur informatique. Lui et sa compagne, maquilleuse aux cheveux orange, attendaient que la FDA, l’agence américaine des médicaments, donne son feu vert définitif aux vaccins, qui n’ont pour l’instant reçu qu’une autorisation en urgence.

Jenny, immigrée ne parlant pas anglais, se fait immuniser pour garder son travail dans les cuisines d’un restaurant qui exige de ses employés une preuve de vaccination. Richard, venu se faire dépister avant d’être vacciné dans quelques jours, le fait pour protéger son fils. 

«Continuer à vivre»

Ce n’est pas la première fois que la COVID-19 met la Louisiane à genoux. La première vague, particulièrement violente, n’avait fait qu’empirer après Mardi gras, qui voit chaque année une marée humaine envahir le quartier historique du Vieux Carré à la fin de l'hiver.

En 2021, la Ville a annulé les gros événements et interdit les rassemblements, mais alors que le variant Delta ravage le sud des États-Unis, le Vieux Carré ne dégorge pas.

Le soir venu, des centaines de noctambules s’y pressent, et les masques sont une rareté. Sa principale artère piétonne, Bourbon Street, a repris des couleurs, à l’image des colliers de fausses perles lancés dans la rue, et de ces longs verres en plastique fluo remplis de cocktails qui peuvent être ingurgités en pleine rue, fait rare en Amérique.

Casquette verte de l’équipe des Celtics vissée sur la tête et lunettes de soleil sur le nez longtemps après que le soleil a plongé derrière l’horizon, Niko, 30 ans, reconnaît «que la COVID existe toujours, c’est pour ça que je porte mon masque partout, mais en même temps, il faut qu’on continue à vivre.»

Comme lui, Sherry Carpenter, venue de l’Arkansas avec ses deux filles, ne veut pas entendre parler de vaccin. Masque à la main, elle rejette aussi en bloc l’idée du pass sanitaire. «Je pense que chacun devrait avoir la liberté de choisir», lance cette femme de ménage de 53 ans, qui tente un parallèle avec le droit à l’avortement.

Dès lundi, en tout cas, La Nouvelle-Orléans devra trouver son équilibre entre les réjouissances du Vieux Carré et les dangereux écueils du variant Delta.

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