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Les évacuations se poursuivent à l’aéroport de Kaboul

Les évacuations se poursuivent à l’aéroport de Kaboul
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KABOUL | L’évacuation de diplomates, d’autres étrangers et d’Afghans ayant travaillé avec eux se poursuit dans des conditions difficiles à Kaboul, tombée aux mains des talibans. 

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Un gigantesque pont aérien mobilise depuis dimanche une noria d’avions du monde entier, dans un aéroport pris d’assaut par les candidats à l’exil et dont les abords sont étroitement contrôlés par les talibans.

Des milliers de personnes évacuées par Washington et Londres

Le Royaume-Uni a évacué 306 Britanniques et 2052 Afghans, «en toute sécurité», a annoncé mercredi le premier ministre Boris Johnson.

Le chef du Pentagone Lloyd Austin a affirmé mercredi que les États-Unis évacueraient d’Afghanistan autant de candidats au départ que « possible », admettant ne pas pouvoir garantir un accès sûr à l’aéroport encerclé par des postes de contrôle des talibans.

« Nous allons évacuer tous ceux que nous pouvons physiquement, possiblement évacuer et nous conduirons ces opérations aussi longtemps que possible », a déclaré le ministre américain de la Défense, qui s’exprimait publiquement pour la première fois depuis la chute du régime afghan.

Mais « nous n’avons pas les capacités de sortir (de l’aéroport) et d’aller chercher un grand nombre de personnes » dans Kaboul, a-t-il admis. « Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas défendre l’aéroport ».

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L’opération d’évacuation des milliers de civils américains et afghans qui se pressent aux abords de l’aéroport de Kaboul pour tenter de fuir le pays après le retour au pouvoir des talibans, dépend entièrement du bon vouloir des insurgés.

Or le département d’État les a accusés mercredi de ne pas respecter leurs promesses, en permettant aux étrangers de quitter le pays, mais pas aux Afghans.

« Nous avons vu des informations rapportant que les talibans, contrairement à leurs déclarations publiques et à leurs engagements vis-à-vis de notre gouvernement, empêchent les Afghans qui souhaitent quitter le pays d’atteindre l’aéroport » de Kaboul, a déclaré Wendy Sherman, numéro deux de la diplomatie américaine.

Des diplomates américains en contact à Doha avec les talibans, ainsi que des responsables militaires américains, « font passer directement le message aux talibans que nous attendons d’eux qu’ils permettent à tous les citoyens américains, tous les ressortissants de pays tiers et tous les Afghans de partir s’ils le souhaitent, de façon sûre et sans être harcelés », a ajouté Mme Sherman.

Les talibans, en revanche, n’entravent pas l’accès à l’aéroport de Kaboul pour les citoyens américains, a assuré la responsable du département d’État, ce qu’a confirmé le chef d’état-major américain, le général Mark Milley.

Les responsables américains à Kaboul ont souligné aux responsables talibans qui contrôlent l’accès à l’aéroport que « les gens qui tentent d’entrer dans l’aéroport et qui ont les bons documents doivent être autorisés à entrer dès maintenant », a ajouté M. Austin.

L’ambassade américaine à Kaboul, qui avait demandé dans un premier temps aux milliers de ressortissants américains pris au piège dans la capitale afghane de rester chez eux, les a appelés mardi à tenter de gagner l’aéroport par leurs propres moyens.

Mercredi, elle les a prévenus que le gouvernement américain ne pouvait « pas assurer un passage sûr vers l’aéroport international Hamid Karzaï ».

Le général Milley a assuré que les ressortissants américains parvenaient à rejoindre l’aéroport. « Pour les autres, le département d’Etat est encore en train de travailler aux procédures à mettre en place pour que les évacués puissent atteindre l’aéroport », a-t-il dit.

L’opération se poursuivra jusqu’à ce que le délai expire et tant que nous aurons les capacités », a conclu M. Austin. 

Joe Biden a toutefois reconnu des « difficultés » dans les évacuations d’Afghanistan et répondu aux critiques en affirmant que le retrait des troupes américaines après 20 ans de guerre avait toujours porté le risque d’une forme de « chaos ».

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Attaqué et isolé depuis la prise de pouvoir fulgurante des talibans, le président des États-Unis n’a pas exclu de devoir maintenir des soldats américains à l’aéroport de Kaboul au-delà de la date-butoir du 31 août si tous les ressortissants américains encore présents dans le pays ne sont pas évacués d’ici là.

Le démocrate a d’autre part admis rencontrer « davantage de difficultés » à évacuer les Afghans que les Américains, au moment où Washington accuse les talibans de ne pas tenir leur promesse de laisser un libre accès à l’aéroport de Kaboul à tous ceux qui voudraient fuir. 

Questionné sur la date-butoir du 31 août qu’il a fixée pour un retrait total d’Afghanistan, il a dit envisager de la repousser, mais seulement pour extraire du pays des citoyens américains.

Arrivée des premiers Afghans évacués par la France

Les premiers Afghans mis en sécurité par la France après la chute du pays aux mains des talibans sont arrivés mercredi soir à l’aéroport parisien de Roissy Charles-de-Gaulle.

Un avion de l’armée de l’Air transportant plus de 200 passagers, dont 25 Français et une large majorité d’Afghans, dont un nombre important de femmes et d’enfants, s’est posé peu avant 15 h, heure de l’Est.

C’est la deuxième arrivée à Paris d’un vol du pont aérien mis en place par la France pour évacuer Français et Afghans du pays tombé aux mains des talibans. Une opération qui pourrait durer encore plusieurs jours. Un premier vol lundi transportait principalement des Français.

« Nous vous le devons. Bienvenue », a lancé sur Twitter le président français Emmanuel Macron. 

À leur arrivée, les Afghans exfiltrés ont été pris en charge par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) et l’association France Terre d’Asile, qui ont tous deux refusé de fournir des précisions sur leurs lieux d’hébergement. 

« On est en train de construire leur dispositif d’accueil dans l’urgence et la nécessité », a déclaré à l’AFP le directeur général de l’Ofii, Didier Leschi. 

« On va s’occuper de les prendre en charge, ils auront tous un hébergement », a confirmé la directrice générale de France Terre d’Asile, Delphine Rouilleault.

Les arrivants non vaccinés contre le Covid seront soumis à des tests de dépistages et devront respecter une quarantaine de 10 jours, ont précisé les autorités. De plus, une vaccination leur sera proposée.

Ces exfiltrés ont été escortés mercredi au terme d’une opération délicate conduite par des forces françaises depuis l’ambassade française dans Kaboul jusqu’à l’aéroport. 

Il s’agit de personnes « qui se trouvaient menacées et dont l’engagement méritait que la France leur offre l’asile », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

À ceux-ci s’ajoutent 25 Français, soit « une grande partie des personnes, de nationalité française comme afghane, qui s’étaient réfugiées au sein du bâtiment de l’ambassade de France à Kaboul », a précisé le patron de la diplomatie française. 

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Le vol transporte également 4 Néerlandais, 1 Irlandais et 2 Kenyans.

« À nos armées, policiers et équipes diplomatiques qui organisent ces opérations sensibles, merci. On continue », a tweeté le président Emmanuel Macron.

Et le pont aérien français continue de fonctionner, avec un nouveau vol qui transporte 138 personnes, dont 124 Afghans, attendus sur la base émirienne.

« Et on va poursuivre autant que faire se peut », a déclaré M. Le Drian, soulignant la volonté française de permettre au maximum d’Afghans engagés en faveur des droits et de la société civile de quitter le pays.

« Fierté »

« Cette opération qui permet la mise en protection d’Afghanes et d’Afghans qu’il était impératif de protéger est la réussite d’un important travail collectif », s’est réjoui de son côté le chef de la diplomatie française.

Mais le dossier reprenait aussitôt un aspect politique, avec des déclarations offensives de la maire socialiste de Lille (Nord), Martine Aubry, qui a revendiqué avoir travaillé avec le ministère de la Culture pour établir des listes de personnalités afghanes à rapatrier. 

« Il reste encore des milliers de personnes en danger », a-t-elle ajouté, jugeant « scandaleux que le départ des Américains n’ait pas été anticipé par la Coalition et l’OTAN pour que l’on puisse faire partir ces personnes plus tôt ».

Mardi, 41 ressortissants français et étrangers avaient déjà été exfiltrés de Kaboul par la France, grâce au pont aérien mis en place après la prise de pouvoir par les talibans dimanche. 

Ils sont arrivés en fin d’après-midi à l’aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle. Tous les passagers devaient passer des tests de dépistage du Covid-19. 

L’opération d’exfiltration, baptisée Apagan, mobilise deux avions de l’Armée de l’air sur le tronçon Émirats-Kaboul et deux autres pour les vols entre les Émirats et la France.

Selon l’Élysée, près de 800 Afghans ont été accueillis sur le sol français dans le cadre du « devoir » de protection, entre 2001 et 2014.

Par ailleurs, entre mai et juillet 2021, 625 personnes ayant travaillé pour l’ambassade de France à Kaboul sont arrivées en France, selon la même source.

Berlin, qui a évacué 500 personnes, envoie 600 soldats à Kaboul

L’Allemagne a déjà évacué 500 personnes, selon le ministère des Affaires étrangères: 189 Allemands, 202 Afghans, 59 citoyens de l’Union européenne et 51 d’autres États. 

Berlin a par ailleurs approuvé, mercredi, l’envoi de 600 soldats à Kaboul, pour soutenir l’évacuation «du plus grand nombre de personnes possible», jusqu’au 30 septembre au plus tard. 

La chancelière Angela Merkel et le président américain Joe Biden ont aussi décidé d’un commun accord, mercredi, de renforcer leur coopération, notamment entre leurs forces armées présentes à l’aéroport de Kaboul, pour évacuer le plus grand nombre possible d’Afghans «nécessitant une protection», selon un porte-parole du gouvernement allemand.

Les ponts aériens vers les autres pays

L’Espagne a engagé une première série de rotations avec trois avions militaires. Un groupe de plus de 50 Espagnols et collaborateurs afghans en route depuis Kaboul, par Dubaï, doit arriver en Espagne jeudi, selon le gouvernement. 

Les premiers ressortissants des Pays-Bas ont aussi été évacués mercredi. Certains, qui devaient partir avec le premier des deux avions, n’ont pas réussi à l’atteindre à temps, bloqués notamment par des soldats américains. Mais un appareil a quitté Kaboul pour Tbilissi (Géorgie) avec environ 35 Néerlandais et des ressortissants belges, allemands et britanniques, selon le ministère néerlandais de la Défense. 

La Pologne a transféré 50 personnes de Kaboul vers l’Ouzbékistan, d’où un appareil civil doit les rapatrier. Deux autres avions militaires vont poursuivre les rotations. Selon le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, l’OTAN et l’Union européenne ont demandé à Varsovie de rapatrier quelques-uns de leurs employés. 

En Italie, 86 personnes ont atterri à Rome mercredi, à bord d’un avion militaire: des Italiens, des Afghans et leurs familles, et des personnels de l’OTAN et de l’Union européenne, selon le ministère des Affaires étrangères. Quelque 200 autres personnes étaient attendues dans la péninsule.

Par ailleurs, 84 personnes, principalement des Afghans, se sont envolées mercredi de Kaboul pour Copenhague, a annoncé la première ministre du Danemark Mette Frederiksen.

La mission belge d’évacuation, à laquelle s’est joint le Luxembourg, a envoyé quatre avions vers Islamabad, au Pakistan, pour organiser un pont aérien avec Kaboul. 

La Norvège a rapatrié 14 Norvégiens et s’active pour exfiltrer les personnels afghans et leurs familles, mais «cela pourrait prendre du temps», car la situation est «extrêmement difficile», a expliqué la cheffe de la diplomatie norvégienne.

La Turquie, qui a déjà fait rentrer 324 de ses ressortissants lundi, organisait mercredi le retour de «plus de 200» autres depuis Kaboul, à bord d’un avion militaire, a annoncé l’agence officielle Anadolu.

De son côté, le Kazakhstan a évacué 42 personnes. 

D’autres départs de nationaux et d’Afghans ont déjà eu lieu depuis le week-end dernier, vers la République tchèque, la Suisse, la Macédoine du Nord, l’Albanie ou le Kosovo.       

  •  Écoutez la chronique de Normand Lester, blogueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec et animateur du balado Normand Lester raconte, à QUB radio:    

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