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Les vraies causes de la débâcle américaine

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Dans le monde universitaire, on nous apprend à ne pas faire passer pour nôtres les idées d’autrui.

Je remercie donc un de mes lecteurs les plus allumés pour ses propos que je partage ici avec vous.

La débâcle américaine en Afghanistan, dit-il, est la dernière illustration d’une tendance de fond.

Depuis 1945, les États-Unis ont perdu ou, du moins, n’ont clairement remporté aucune de leurs grandes guerres : Corée, Vietnam, Irak, Afghanistan et même, d’un certain point de vue, Cuba.

C’est une défaite ou un match nul... ou le prolongement de coûteuses et, ultimement, futiles opérations pour tenir à bout de bras des sociétés instables et qui n’attendent que le départ des Américains.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal au micro de Benoît Dutrizac sur QUB radio: 

Pourquoi ?

Cinq raisons fondamentales, dit mon correspondant, expliquent cela.

Premièrement, leur armement ultrasophistiqué et l’énormité de leurs moyens ne parviennent pas à compenser leur méconnaissance de terres lointaines et l’extraordinaire motivation d’ennemis qui défendent leur sol, qu’ils connaissent parfaitement, et qui jouissent de plus d’appui populaire que ce que la propagande américaine veut nous faire croire. 

Deuxièmement, on peut greffer un rein, mais pas une démocratie. La démocratie exige, pour s’enraciner, un sol fertile, des mentalités, une culture civique, bref, des conditions sociales qui prennent des décennies, voire des siècles pour fleurir.

Troisièmement, le soldat américain de base n’est pas un « guerrier », dit mon correspondant, dans le sens ancestral du terme. Hollywood aura beau mythifier le sniper américain, le SEAL, le Marine, mais ce n’est pas quelqu’un qui est prêt à mourir pour sa cause. 

La plupart du temps, le soldat américain est un homme de condition modeste, payé pour se battre, qui avait le choix entre l’armée ou passer sa vie à ranger des boîtes dans un entrepôt. 

Le meilleur équipement, le meilleur entraînement ne transformera pas un mouton en loup, même si ce bon gars peut occasionnellement péter sa coche et commettre des atrocités. Son adversaire, lui, est fait d’un autre bois. 

Quatrièmement, les Américains sont un peuple introverti, tourné sur lui-même, qui voyage peu, et qui est, sauf exception, très ignorant des autres cultures. L’Américain de base n’est pas curieux et trouve incompréhensible qu’on ne pense pas comme lui. 

George W. Bush et Donald Trump, très populaires parmi les soldats, incarnaient cela jusqu’à la caricature.

L’armée américaine semble s’imaginer qu’elle peut acheter les sympathies d’un village afghan ou irakien en y distribuant du Coke, des hot-dogs, du ketchup ou des DVD de Disney. On rit dans son dos.

Lobby

Cinquièmement, même quand une intervention militaire est très incertaine, qui pousse sans relâche pour qu’on fonce ? L’industrie de l’armement et ses lobbyistes. 

Pour elle, la guerre, c’est une occasion d’affaires. Pas de guerres, pas de profits. Dick Cheney et Halliburton, ça vous sonne une cloche ? 

On fonce pour des raisons commerciales autant, sinon plus, que pour des raisons géostratégiques. Que les États-Unis gagnent ou perdent, les vendeurs d’armes, eux, gagnent à tous les coups. 

Au total, ça donne ce que ça donne. Merci, cher lecteur.

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