/opinion/blogs/columnists
Navigation

Afghanistan : la responsabilité des États-Unis

Afghanistan : la responsabilité des États-Unis
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Vous êtes nombreux, ces jours-ci, à vous lamenter à propos du départ ou de la débandade style Saigon 1975 des forces d’occupation étatsuniennes de l’Afghanistan. Je vous trouve bien naïfs. Depuis quand une armée d’occupation, en particulier provenant des États-Unis, a signifié une libération pour la population locale ? Un peu plus et vous lui trouveriez des vertus, à ces forces d’occupation, et l’imploreriez de rester pour poursuivre sa «mission humanitaire». Étrange que vous vous intéressiez aujourd’hui à la situation des femmes et des petites filles afghanes, alors que leur situation n’a guère changé depuis vingt ans, depuis que les États-Unis ont envahi ce pays, après les attaques contre les tours jumelles à New York, le 11 septembre 2001, à la poursuite d’Al Qaeda et de son chef, Oussama Ben Laden, soupçonnés d’être responsables de ces attaques. 

À l’époque, la propagande étatsunienne laissait entendre que cette occupation militaire allait permettre la libération et l’émancipation des femmes afghanes, assujetties au régime taliban obscurantiste et odieux, qui leur interdisait, entre autres horreurs, d’étudier ou de sortir dans la rue sans la présence d’un homme, ou même de rire en public.

Or, en vingt ans d’occupation militaire et des milliards de dollars plus tard, aucune libération ne s’est produite et l’Afghanistan est toujours considéré comme le pire pays pour les droits des femmes. Encore aujourd’hui, 80 % des femmes sont analphabètes et 75 % des filles de moins de seize ans se marient à des hommes majeurs, sans leur consentement, et il n’est pas rare d’entendre qu’il est conseillé que la fillette soit déjà présente dans la maison de son mari au moment de ses premières menstruations. Quelle horreur ! La présence des troupes de l’OTAN n’a pas empêché la multiplication des cas de violences conjugales et on déplore même de nombreux abus sexuels commis par les forces de sécurité, comme l’ont dénoncé plusieurs ONG. 

Pourquoi croyez-vous qu’en 2015 et 2016, le nombre de réfugiés afghans à frapper aux portes de l’Europe était supérieur aux réfugiés iraquiens et syriens ? Parce que les forces d’occupation avaient autre chose à faire que de protéger et scolariser la population. Les milliards de dollars que les États-Unis ont dépensés sont allés dans l’achat d’armement aujourd’hui en partie en possession des talibans, et dans les paiements aux « seigneurs de la guerre », et non pas dans des programmes de scolarisation et d’éducation, qui sont la base de toute forme de libération. Encore moins dans la construction d’infrastructures sanitaires. La corruption a absorbé une bonne partie de ces fonds.

En passant, que fait « l’armée des sarraus blancs » cubains, tant de fois dénoncée par la Maison-Blanche, en Haïti, au Venezuela, en Bolivie ? Elle soigne les populations, en se rendant dans les ultimes recoins de ces pays, là ou bien souvent aucun médecin « capitaliste » ne veut aller. Avec une telle force d’intervention, l’Afghanistan se porterait mieux sans aucun doute.

Il est notoire que dans la prison secrète de Bagram, installée sur leur immense base aérienne, les États-Unis ont torturé des centaines de prisonniers, en faisant fi des lois internationales sur les prisonniers de guerre, tout comme ils l’ont fait impunément à Guantanamo. Il y a quelques jours, les talibans y ont pénétré et libéré 5000 prisonniers. 

Pendant ces vingt ans d’occupation militaire, l’armée étatsunienne a commis de nombreux massacres contre des civils. Seulement entre janvier et mai 2019, les soldats étatsuniens et ceux de l’OTAN ont tué 145 civils, dont la moitié étaient des femmes et des enfants. Entre janvier et novembre 2008, les bombardements étatsuniens ont tué quelque 400 civils, dont des femmes et des enfants. De telles actions ne sont pas de nature à entretenir une lune de miel entre l’occupant militaire et la population.

Joe Biden ne fait que poursuivre la politique de son prédécesseur, Donald Trump, qui avait entrepris une première ronde de discussions avec les talibans, desquelles étaient exclues les femmes. D’ailleurs, la directrice de la Commission indépendante des droits humains de l’Afghanistan, Sima Samar, a dénoncé cette situation, craignant que les talibans ne veuillent imposer la charia.

Oui tout cela est très préoccupant, mais ce drame humain ne date pas d’aujourd’hui et le gouvernement étatsunien en est en grande partie responsable.