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Will Prosper: sa vie est un film

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Will Prosper n’est pas qu’un candidat à la mairie de Montréal-Nord ou un militant. C’est aussi un artiste, un cinéaste qui a réalisé cinq documentaires.

Quand j’ai lu dans Le Journal hier que la GRC le soupçonnait d’avoir coulé des informations à des membres de gang de rue faisant l’objet d’une enquête pour meurtre, j’étais estomaquée.

Quand j’ai entendu la mairesse de Montréal, Valérie Plante, lui réitérer sa confiance en disant « On en a tous fait, des erreurs », ça m’a fait penser à une autre artiste.

Maripier Morin a été ciblée par des allégations de harcèlement sexuel et elle a été crucifiée.

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Mais Will Prosper a commis un geste grave, un manquement à l’éthique... et la mairesse de la plus grande ville de la province lui pardonne, passe l’éponge et lui donne une deuxième chance ?  

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UNE ERREUR DE JEUNESSE ?

Au fil des ans, Will Prosper a fait cinq documentaires « sociaux », tous liés de près ou de loin à Haïti, aux Haïtiens au Québec, à Montréal-Nord ou à la réalité des Noirs.  

J’ai toujours eu un malaise avec le « personnage » Will Prosper, toujours figé dans un rôle de victime.

Dans une longue entrevue avec la responsable des documentaires de l’ONF, réalisée en 2019, Will Prosper raconte qu’à l’école, il était très bon en maths et levait toujours la main pour donner la bonne réponse. Mais il affirme avoir été dégoûté le jour où il n’a pas eu la bonne réponse, et sa prof a dit : « Voyez, même Prosper peut se tromper ».

Dans un texte publié dans Le Devoir en 2011, intitulé « De policier à documentariste », on peut lire : « Toutes ses années au sein de la gendarmerie (GRC), Will Prosper les a passées à écrire, à rédiger des scénarios et à imaginer des plans de tournage. Malgré sa ferveur pour la justice sociale, il ne trouvait tout simplement pas son compte en tant que policier. “Je me disais : Ça ne se peut pas. Je ne peux pas passer toute ma vie dans ce milieu-là. Ça ne me ressemble pas ! Finalement, j’ai décidé de quitter la GRC et de suivre ma passion”, raconte le cinéphile. »

Hmmm, ainsi donc, Will Prosper aurait quitté la GRC de son plein gré, parce qu’il voulait suivre sa passion pour le cinéma... ? C’est le personnage qu’il s’est créé au fil des ans. C’est le film qu’il s’est bâti pour raconter sa vie. C’est le narratif qu’il a construit autour de lui... et les médias y ont cru. Jusqu’à hier.

LA MÊME PUNITION ?

En juillet de cette année, Will Prosper a reçu le financement de Téléfilm Canada pour son projet de documentaire sur Fredy Villanueva, produit par Yanick Létourneau, de la maison de production Peripheria. J’ai demandé à parler à Monsieur Létourneau, hier, pour connaître sa réaction aux informations du Journal. Après tout, quand les informations sur Maripier Morin ont été connues, plusieurs producteurs l’ont laissé tomber. Je voulais savoir si Will Prosper serait « puni » pour son erreur de jeunesse.

Monsieur Létourneau ne m’a pas rappelée.

Mais sur son compte Twitter, il a partagé ce commentaire : « La campagne de salissage contre Will Prosper relève du racisme systémique. Un point c’est tout. » 

Une éternelle victime ?