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La manne pour les agences de sécurité

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Photo AFP Des citoyens faisaient la file jeudi devant les ambassades canadienne et britannique en Afghanistan, protégées par Garda, afin de remplir des papiers permettant de quitter le pays.

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Qu’est-ce que les firmes spécialisées en sécurité ont en commun avec les importateurs de masques et les compagnies de livraison à domicile ? Elles ont fait des affaires d’or pendant la pandémie de COVID-19.

Vous n’avez pas rêvé si vous avez eu l’impression, au cours de la dernière année et demie, de croiser des agents de sécurité partout. À l’entrée de l’épicerie, à l’hôpital, à la banque, à la clinique de vaccination...

J’ai en mémoire un reportage de mon collègue Louis-Philippe Messier, qui avait passé l’hiver dernier une nuit à l’hôtel de Place Dupuis, à Montréal, transformé temporairement en refuge pour les itinérants.

Il avait d’abord noté à l’entrée la présence de « huit gardiens de sécurité qui semblent périr d’ennui ».

La suite : « Un gardien m’accompagne jusqu’aux ascenseurs où m’attend un autre gardien qui, à l’aide d’une radio, appelle la nacelle. La porte coulissante s’ouvre sur un autre gardien qui contrôle le panneau. Au 19e étage, je sors et je tombe nez à nez avec, vous l’aurez deviné, un nouveau gardien ».

Pas de concurrence

La multinationale québécoise Garda, en particulier, s’est délectée de contrats obtenus sans appel d’offres du gouvernement du Québec pendant cette période trouble.

Notre Bureau d’enquête révèle aujourd’hui que Garda a obtenu la moitié des 100 M$ dépensés sans concurrence par le gouvernement pour des services de sécurité dans les hôpitaux.

Pourquoi donner des contrats publics sans au moins tenter d’avoir le meilleur prix via des appels d’offres ? 

Québec invoque l’urgence sanitaire. Mais cette urgence a toutefois le dos large, comme le démontre le reportage de notre journaliste Nicolas Lachance. En effet, des contrats ont encore récemment été donnés sans appel d’offres, même s’il y a 20 fois moins de patients hospitalisés pour la COVID-19 qu’en janvier dernier.

Les établissements réclamaient tellement d’agents de sécurité que le Bureau de la sécurité privée a dû délivrer plus de 13 000 permis temporaires à des candidats qui n’avaient pas suivi la formation de 70 heures habituellement obligatoire.

Les tarifs facturés au gouvernement par les firmes sont aussi en augmentation.

Afghanistan

Ce que plusieurs Québécois ignorent, c’est que Garda multiplie les lucratifs contrats partout sur le globe.

Je vous invite à lire le reportage de Jean-François Cloutier sur la situation en Afghanistan.

Sur fond de crise politique et humanitaire liée au retour au pouvoir des talibans, Garda est contrainte de plier bagage en toute hâte. Elle y était chargée depuis des années de protéger les intérêts diplomatiques de pays occidentaux comme la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Via une filiale, la firme québécoise détiendrait même le plus gros contrat de sécurité donné par l’Union européenne en Afghanistan.

Évidemment, les enjeux dans ce pays du Moyen-Orient sont fort différents de ceux du Québec. 

Mais un constat s’impose : que ce soit pour s’assurer que les gens se sont désinfecté les mains à l’entrée d’un hôpital de Longueuil ou pour protéger des convois dans les régions les plus hostiles du monde, les crises sont payantes pour Garda.