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L’industrie militaire gagne toujours

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Photo AFP À travers la Caisse de dépôt, les Québécois détiennent des millions d’actions d’entreprises du secteur militaire comme General Dynamics. Cette dernière produit notamment le char M1 Abrams, dont elle a vendu plus de 10 000 exemplaires.

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Après 20 ans de guerre en Afghanistan, les talibans ont repris le contrôle du pays, et ils ne sont pas les seuls vainqueurs. Les guerres, même si elles sont perdues d’avance, sont extrêmement payantes pour l’influente industrie militaire. 

Depuis le 11 septembre 2001, le Canada a englouti autour de 20 milliards de dollars dans le conflit afghan. Les États-Unis ont dépensé plus de 2000 milliards de dollars, soit 300 millions de dollars par jour, chaque jour, pendant deux décennies. Pour tenter d’asphyxier le régime taliban, on a donc dépensé plus que les avoirs nets de Bill Gates, Jeff Bezos, Elon Musk et les 30 milliardaires les plus riches d’Amérique réunis. 

Mais qui a donc profité de toutes ces dépenses gouvernementales ? La réponse se trouve en partie dans le portefeuille de cinq compagnies militaires et celui de leurs actionnaires : Boeing, Raytheon, Lockheed Martin, Northrop Grumman et General Dynamics. 

Payant

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La guerre en Afghanistan a été déclenchée le 18 septembre 2001 par George W. Bush. À ce moment précis, si vous aviez acheté pour 10 000 $ d’actions de ces cinq grosses entreprises militaires, vous auriez dans les poches 97 295 $ aujourd’hui. Vous-même avez probablement profité financièrement de cette guerre, sans nécessairement le savoir ! La Caisse de dépôt et placement, qui gère la retraite de plus de six millions de Québécois, détient des millions d’actions de compagnies militaires, comme General Dynamics.  

Le rendement du secteur de la défense s’est révélé de loin supérieur à celui qui était offert sur l’ensemble du marché boursier au cours de la même période. Par exemple, 10 000 $ investis dans un fonds indiciel qui reproduit le S&P 500 vaudraient maintenant près de 62 000 $. 

Durant le conflit afghan, les actions du secteur militaire ont surperformé le marché boursier dans son ensemble de 58 %. La guerre contre les talibans n’est pas la seule raison qui explique un tel essor boursier, mais elle y a certainement contribué. 

Leçons

Est-ce que nous allons tirer des leçons de l’échec afghan ? Est-ce que le dénouement catastrophique de cette guerre va refroidir les ardeurs de l’Occident à vouloir mener des guerres qui sont perdues d’avance, mais qui génèrent d’énormes profits ? 

Permettez-moi d’en douter. Déjà, en 1961, le président américain Dwight D. Eisenhower lançait une sérieuse mise en garde contre la toute-puissance du lobby militaire.  

Dans son discours de départ de la Maison-Blanche, voici comment Eisenhower parlait de l’industrie de l’armement. 

« Son influence totale, économique, politique, spirituelle même est ressentie dans chaque ville, dans chaque parlement d’État, dans chaque bureau du gouvernement fédéral. Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée. » Qu’un président, qui a aussi été chef d’état-major de l’armée américaine, dénonce avec autant de fougue la toute-puissance du secteur de la défense en dit long.  

Soixante ans plus tard, force est de constater que ce lobby militaire n’a pas perdu de son influence. Les Américains ont failli à instaurer leur régime au Vietnam dans les années 1970, et aujourd’hui, la chute de Kaboul devient le « Saigon de Joe Biden ». 

Quand feu Rock Demers a écrit La guerre des tuques, il a fait dire à Ti-Guy La Lune que « la guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal ! ». C’est vrai ! La guerre, c’est aussi, et surtout, une raison de faire de l’argent.