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Sécurité: départ chaotique de l’Afghanistan

La multinationale de sécurité québécoise Garda plie bagage après avoir multiplié les mandats payants

AFGHANISTAN-CONFLICT
Photo AFP Sur cette photo prise dimanche dernier, un hélicoptère militaire vole au-dessus de l’ambassade américaine, à Kaboul, où Garda fournit des services de sécurité.

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L’entreprise montréalaise GardaWorld s’apprête à quitter dans l’improvisation l’Afghanistan après avoir connu des années fastes à assurer la sécurité de plusieurs ambassades à Kaboul.

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Des centaines d’agents de sécurité de Garda employés dans les ambassades américaine et britannique à Kaboul ont été renvoyés à la maison ou évacués à l’extérieur du pays dans les derniers jours, a rapporté jeudi le quotidien britannique The Guardian.

Le PDG des opérations de Garda au Moyen-Orient, Oliver Westmacott, parle d’une situation chaotique sur place.

« Je comprends tout à fait la situation malheureuse dans laquelle se retrouvent ces pauvres [employés], dans une situation désespérée où ils essaient de s’en tirer et d’être en sécurité. Donc c’est un cauchemar. Nous réalisons ça complètement », est-il cité dans le reportage.

Garda est un acteur majeur en Afghanistan depuis son acquisition en 2015 de la firme de sécurité britannique Aegis Defense Services, selon le média spécialisé Intelligence Online.

Une publicité récente de Garda visait à recruter des employés en Afghanistan.
Capture d’écran du compte Twitter de Garda
Une publicité récente de Garda visait à recruter des employés en Afghanistan.

Cette filiale de Garda détiendrait notamment dans ce pays le plus gros contrat de sécurité donné par l’Union européenne, en plus de contrats dans les ambassades britannique et américaine.

Le plus gros joueur

Dans un communiqué, en 2015, GardaWorld se targuait de mettre la main, avec l’achat d’Aegis [sur des] « revenus annualisés de plus de 450 millions $ avec une présence dans 10 pays émergents d’Afrique et du Moyen-Orient ».

L’entreprise se présente aujourd’hui comme le plus important fournisseur international de services de sécurité dans des marchés à haut risque et complexes.

« Garda est certainement une des plus grosses firmes de sécurité à faire de la protection en milieu hostile », a écrit Christopher Hatton, un ex-employé de Garda en Afghanistan, dans un courriel envoyé au Journal cette semaine. 

Une publicité récente de Garda sur un site d’emplois népalais.
Capture d’écran du site sajhajobs.com
Une publicité récente de Garda sur un site d’emplois népalais.

Selon l’expert américain en sécurité David Isenberg, les contrats de sécurité pour des pays dangereux comme l’Afghanistan sont très payants.

Les Américains se sont appuyés sur ces firmes depuis leur arrivée en Afghanistan en 2001, contrairement à la situation à l’époque de la guerre du Vietnam.

« Il y aura toujours une demande pour des services de sécurité en Afghanistan, mais c’est très clair que ce ne sera pas des firmes occidentales avec les talibans », a-t-il prédit en entrevue téléphonique.

Pas encore ciblés

Contacté par Le Journal, Nigel Lea, chef des opérations chez Sicuro Group, une firme qui fournit des services de communication en Afghanistan, les informations sur le terrain à l’heure actuelle indiquent que les travailleurs étrangers ne sont pas ciblés par les talibans. Des représailles sanglantes contre des Afghans ayant collaboré avec l’ancien régime pourraient toutefois avoir lieu plus tard, selon lui.

« Les talibans sont devenus beaucoup plus habiles en matière de communication que dans le passé », a-t-il expliqué.

Selon The Guardian, des employés de Garda auraient été informés qu’ils n’avaient pas le droit à la protection du gouvernement britannique parce qu’ils avaient été engagés par Garda, un sous-traitant.

Invitée à décrire la situation, la porte-parole de Garda Isabelle Panelli n’a pas voulu donner trop de détails.

« La situation évolue rapidement en Afghanistan et, à ce jour, GardaWorld continue d’assurer la sécurité de différentes ambassades situées dans la zone verte, nous a-t-elle écrit. Nous suivons de près la situation et répondrons aux demandes de nos clients tout en veillant sur la sécurité de nos équipes sur le terrain. Pour des raisons de confidentialité et de sécurité, nous ne divulguons pas plus d’informations à ce sujet. »

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