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Un réseau scolaire débordé: les gestes de violence envers les membres du personnel augmentent

Isabelle Larouche, présidente du Syndicat du personnel de soutien des Découvreurs, affirme que la «grande majorité» des gestes de violence envers ses membres sont commis par des élèves ayant un trouble du spectre de l’autisme, selon les rapports d’incidents consultés.
Photo Daphnée Dion-Viens Isabelle Larouche, présidente du Syndicat du personnel de soutien des Découvreurs, affirme que la «grande majorité» des gestes de violence envers ses membres sont commis par des élèves ayant un trouble du spectre de l’autisme, selon les rapports d’incidents consultés.

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L’augmentation fulgurante du nombre d’élèves autistes dans les écoles québécoises a aussi des impacts bien concrets pour le personnel scolaire, qui doit gérer de plus en plus de jeunes parfois violents lorsqu’ils sont en crise, alors que le manque de ressources est criant.

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Le Journal rapportait hier que les élèves autistes sont aujourd’hui deux fois plus nombreux qu’il y a dix ans dans les écoles québécoises.

Au cours de la même période, le nombre d’enseignants et d’éducateurs indemnisés pour avoir été victimes de gestes de violence a aussi augmenté, passant de 322 à 554 selon les données de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Faut-il y voir un lien? La question est délicate. Le nombre d’élèves ayant des troubles de comportements et des troubles d’ordre psychopathologique est aussi en hausse, souligne des acteurs du réseau scolaire. 

Au Syndicat du personnel de soutien scolaire des Découvreurs, dans la région de Québec, sa présidente Isabelle Larouche affirme toutefois que la «grande majorité» des gestes de violence envers le personnel sont commis par des élèves ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA), selon les rapports d’incidents qu’elle consulte régulièrement. 

Isabelle Larouche, présidente du Syndicat du personnel de soutien des Découvreurs, affirme que la «grande majorité» des gestes de violence envers ses membres sont commis par des élèves ayant un trouble du spectre de l’autisme, selon les rapports d’incidents consultés.
Photo Daphnée Dion-Viens

Aucune statistique provinciale n’est toutefois disponible à ce sujet, selon la Fédération québécoise de l’autisme. Sa directrice générale, Lili Plourde, reconnaît toutefois qu’il y a «sûrement» un lien entre l’augmentation des gestes de violence dans les écoles et le nombre croissant d’élèves autistes.

«À partir du moment où c’est dit, on fait quoi? Ça se peut qu’il y ait plus de gestes de violences causés par des élèves autistes. Mais il faut se demander pourquoi et qu’est-ce qu’on peut faire pour ne pas que ça se reproduise?»

Dans le réseau scolaire, on considère qu’il est difficile d’éviter les expulsions lorsque la sécurité du personnel ou des autres élèves est en jeu en raison de «comportements dangereux».

«On doit procéder à un arrêt temporaire de scolarisation, le temps de réfléchir avec les partenaires à quels moyens on va mettre en place pour soutenir cet élève», affirme Hélène Laberge, directrice adjointe en adaptation scolaire au centre de services scolaire de la Capitale. 

Pour Isabelle Tremblay, qui est enseignante, conseillère syndicale et mère d’un garçon autiste, la solution passe par davantage de personnel professionnel bien formé pour intervenir auprès des élèves autistes.

«Si un jeune se désorganise, c’est parce qu’il n’est pas bien à l’école. Mais l’école n’a pas le personnel professionnel pour comprendre ce qui cause le geste de violence, alors elle le renvoie à la maison. L’approche ne fonctionne pas.»

Le manque de formation est aussi criant, ajoute-t-elle. «Les enseignants se font balancer des élèves TSA dans leur classe, ils ne sont pas préparés pour ça et ils se font dire : fais ce que tu peux.»

Dans les rangs des directions d’école, on évoque aussi un réel manque de ressources alors que la pénurie de personnel ne fait qu’empirer les choses, selon Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE).

Même son de cloche de la part de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). «Jamais un élève ne devrait être expulsé de l’école», puisqu’il devrait plutôt y avoir une structure pour l’encadrer lorsqu’il est en crise, affirme sa présidente, Josée Scalabrini.

Au centre de services de la Capitale, on assure toutefois qu’une expertise a été développée au cours des dernières années afin d’offrir aux élèves les services appropriés, à la suite d’une évaluation rigoureuse de leurs besoins. 

Dans ce centre de services, le nombre de classes spécialisés pour les élèves autistes est passé de 10 à 23 depuis 2015, et ce même si l’inclusion en classe régulière demeure l’orientation privilégiée.

Nombre de demandes d’indemnisation acceptées à la suite de lésions attribuables à de la violence à l’école        

  • 2011 : 322    
  • 2012 : 360    
  • 2013 : 341    
  • 2014 : 353    
  • 2015 : 417    
  • 2016 : 451    
  • 2017 : 519    
  • 2018 : 562    
  • 2019 : 591    
  • 2020 : 554        

Source : CNESST

Des cas «exceptionnels» et «temporaires», selon les centres de services scolaires      

Les élèves autistes qui sont privés d’école représentent des «cas exceptionnels» et «temporaires», affirme la Fédération des centres de services scolaires du Québec.

Sa présidente-directrice générale, Caroline Dupré, indique que le réseau scolaire «travaille dans une optique d’approche par besoin, pour tenter d’offrir à l’élève des services adaptés à ses besoins dans le cadre d’une démarche concertée avec les parents».

«L’idée, c’est jamais de dire qu’on exclut complètement un élève. Mais parfois, il peut arriver qu’on dise que temporairement, dans des cas plus exceptionnels (...), qu’on va y aller avec une fréquentation partielle pour voir si ce qu’on met en place fonctionne bien», affirme Mme Dupré. 

Cette dernière reconnaît que la pénurie de main d’œuvre peut compliquer la situation, mais dans certains cas seulement. «Je pense que de façon générale, ça fonctionne», dit-elle.

L'intégration des élèves en données            

  • 43 % des élèves autistes sont intégrés en classe ordinaire      
  • 45 % des élèves autistes sont dans une classe spéciale      
  • 12 % des élèves autistes fréquentent une école spécialisée            

Source: ministère de l’Éducation