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Le Québec est envahi par un roseau indésirable et menaçant

Le phragmite est vu comme l’une «des plus préoccupantes» espèces exotiques

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Photo d’archives Les pompiers de plusieurs municipalités ont combattu un feu de phragmites exotiques (roseau commun) en 2016 dans un champ de Saint-Stanislas-de-Kostka, en Montérégie.

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Rien n’arrête le roseau commun qui gagne toujours plus de terrain au Québec, perçant les piscines et provoquant de violents incendies, si bien que l’espèce envahissante menace autant la biodiversité que la sécurité publique.

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« Il y a 20 ans, on ne voyait pas de si grandes populations de phragmites exotiques [aussi appelé roseau commun]. Sa progression se poursuit vers le nord : en Gaspésie, au Saguenay et en Abitibi », note le botaniste Jacques Brisson, professeur de sciences biologiques à l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en biologie végétale. 

Quand cette plante originaire d’Eurasie s’installe, elle écrase toute compétition. Elle est considérée comme l’une « des plus préoccupantes » espèces exotiques envahissantes par le ministère québécois de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques. 

Très agressive, la plante mesurant jusqu’à trois mètres de haut peut conquérir un champ en quelques années. Ses racines lui permettent de progresser dans toutes les directions. 

La Ville de Terrebonne a même reçu une plainte d’un citoyen, car la plante perce les toiles de piscines.

Combustible violent

« C’est un combustible qui provoque des feux violents », commente Christian Bhérer, agent de prévention à la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU). 

Et même après un brûlis, la plante repousse sans problème, puisqu’elle se reproduit sous terre.

Dès 2016, la SOPFEU s’est penchée sur les particularités de ce combustible à la suite de plusieurs incidents, nécessitant une intervention rapide. 

À Châteauguay, par exemple, les pompiers doivent intervenir à répétition dans un champ près d’une école. 

La plante pousse n’importe où et se retrouve fréquemment en bordure des autoroutes.
Photo courtoisie
La plante pousse n’importe où et se retrouve fréquemment en bordure des autoroutes.

Même scénario à Salaberry-de-Valleyfield, aussi en Montérégie, où un feu ravage presque chaque année un champ près de l’autoroute 530. Le plus récent, en mai, couvrait l’équivalent de trois terrains de football. 

  • Écoutez l'analyse de Carl Marchand avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

« Sur les 17 feux de broussailles que nous avons combattus cette année, le feu de phragmites était de loin le plus violent », signale le directeur du Service d’incendie, Stéphane Dumberry. 

M. Brisson est l’un des premiers botanistes québécois à s’être intéressé à cette plante millénaire. Il a documenté avec son équipe certains modes de reproduction de l’espèce. 

Il ressent un mélange d’amour et de haine pour cette « plante fascinante » qui a littéralement conquis la planète au cours des derniers siècles. Elle a étendu sa progression grâce au trafic maritime, puis des routes. 

Bonne adaptation  

Extrêmement résistant, le phragmite exotique s’est adapté aux fossés de drainage des routes québécoises. Même les rejets de calcium et d’hydrocarbures ne l’empêchent pas de prospérer. 

« Nous sommes conscients des menaces à la biodiversité, mais cette plante rend des services en matière de sécurité routière », explique le porte-parole du ministère des Transports Gilles Payer.

Les initiatives pour combattre la plante se multiplient  

Inquiets devant sa progression fulgurante, des bénévoles et chercheurs multiplient les initiatives pour freiner le roseau commun un peu partout au Québec.

Depuis 2018, une douzaine de personnes s’attaquent à une population de phragmites sur environ 500 mètres carrés au pied du mont Rougemont.

À mains nues

« Nous avons arraché la plante à mains nues sur une période de trois semaines », se souvient le biologiste Pierre Pontbriand, coordonnateur des activités à l’Association du mont Rougemont, qui était parmi les bénévoles et travailleurs forestiers engagés pour l’occasion.

Pourquoi arracher cette plante ? Parce qu’elle prend la place d’espèces indigènes comme la quenouille et la fougère. Pour les amateurs de nature, peu d’endroits en Montérégie présentent une riche biodiversité. D’où l’importance de surveiller la colonisation d’espèces exotiques envahissantes.

À Rougemont, des bénévoles consacrent leurs journées à arracher le roseau commun.
Photo courtoisie
À Rougemont, des bénévoles consacrent leurs journées à arracher le roseau commun.

Les écologistes ont obtenu un financement de la Fédération de la faune du Québec pour procéder au reboisement. 

« Le phragmite a besoin de lumière pour croître. Si on plante des saules, on peut la vaincre », affirme M. Pontbriand. 

Îles de Boucherville envahies

Aux prises avec un problème similaire, le parc national des Îles-de-Boucherville est devenu un terrain d’expérimentation pour le contrôle des populations.

Pour contenir l’expansion de la plante dans d’anciennes zones agricoles, des chercheurs de l’Université de Montréal ont creusé près de deux mètres de profond pour éliminer les racines. La surface a ensuite été recouverte de toiles pour éviter les repousses.

Mais dans la terre exhumée, des bouts de racine peuvent relancer une colonie, c’est pourquoi il s’agit d’un sol contaminé.

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