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Une plateforme sur le logement décevante et qui rate sa cible

Les 16 propositions libérales en matière d’habitation critiquées de toutes parts

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Photo The Canadian Press, Sean Kilpatrick Le chef du PLC, Justin Trudeau, lors du dévoilement de la plateforme de son parti en matière de logement, hier, à Hamilton, en Ontario.

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S’il croyait frapper un grand coup en dévoilant sa nouvelle plateforme en matière de logement, le premier ministre Justin Trudeau se sera surtout attiré des critiques.

• À lire aussi: Les libéraux veulent faciliter l’achat d’une première maison

Groupes de défense des locataires, propriétaires de logements, courtiers immobiliers... Tous les acteurs du monde de l’habitation joints par Le Journal hier ont jugé que le plan du Parti libéral ratait sa cible.

« Nous sommes extrêmement déçus, affirme Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). Nous aurions espéré des engagements clairs et chiffrés pour lutter contre la crise du logement ; et c’est exactement ce que nous ne retrouvons pas. »

La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) ne se montre guère plus impressionnée. 

« J’ai compté six mesures pour aider les acheteurs à accéder à la propriété et seulement trois pour stimuler l’offre, déplore le directeur général de la CORPIQ, Benoit Ste-Marie. Si l’on continue de stimuler la demande, sans se soucier par ailleurs d’augmenter l’offre, il est certain que les prix vont continuer de grimper. »

De l’improvisation, dit le Bloc

Justin Trudeau a présenté hier un plateau de 16 engagements ayant pour objectif de faciliter l’accès à la propriété. Le plan propose la création d’une « charte des droits des acheteurs » interdisant entre autres les offres à l’aveugle, l’interdiction de la vente de propriétés à des étrangers pendant deux ans, et la création d’un nouveau compte d’épargne libre d’impôt de 40 000 $ pour les moins de 40 ans.

Pour le Bloc québécois, les propositions libérales sont en grande partie « inapplicables ». Et celles qui le seraient ratent la cible. 

« Cela ressemble à de l’improvisation, estime le porte-parole bloquiste en matière de Logement, le député de Longueuil–-Saint-Hubert, Denis Trudel. Plusieurs de leurs mesures impliquent des changements au Code civil québécois, alors que le fédéral n’a rien à faire là-dedans ». 

À l’instar de la Corpiq, il craint par ailleurs que certaines mesures contribuent au gonflement actuel des prix de l’habitation. « Donner 40 000 $ en cadeau fiscal aux plus fortunés n’aidera pas à réduire le gonflement de la bulle immobilière, au contraire, dit-il. Cela va encourager la spéculation. »

C’est aussi la crainte de l’Association des courtiers immobiliers du Québec. « Nous croyons que stimuler la demande par l’introduction de mesures favorables aux acheteurs va simplement accroître la demande alors que des vendeurs [...] retarderont la mise en vente de leur propriété, ce qui réduira une offre déjà trop faible et poussera les prix à la hausse. »

Le FRAPRU rappelle que 457 000 ménages locataires au Québec consacrent plus de 30 % de leur revenu au logement. « Le revenu médian de ces ménages est de 19 035 $. Après avoir payé leur loyer, ils se rendent dans les banques alimentaires. Ce ne sont certainement pas eux qui pourront profiter de ces nouvelles mesures. »  

Les trois grands axes du plan libéral en matière de logement      

  • Faciliter l’accès à la propriété   
  • Construire plus de logements   
  • Protéger les droits des Canadiens      

Source : Parti libéral du Canada (PLC)

Des promesses peu adaptées au Québec  

Justin Trudeau prétend que les acheteurs de maisons qui ne viennent pas du Canada poussent les prix vers le haut. Ce que contredisent les statistiques du marché immobilier de Montréal et de l’ensemble du Québec. 

Car si le phénomène est bien réel à Vancouver et à Toronto, il l’est beaucoup moins au Québec. Ce qui n’a pas empêché le premier ministre sortant, hier, de faire une série de promesses pour réduire la spéculation immobilière, dont une interdiction de deux ans aux étrangers de faire l’achat de propriétés canadiennes. 

« La mesure pour restreindre la vente à des acheteurs étrangers semble avoir été conçue pour le reste du pays », explique Ghislain Larochelle, président d’ImmoFacile.ca.

Il ajoute que le phénomène est trop marginal ici pour avoir de véritables effets sur le prix des propriétés.

Le courtier Martin Dostie, dont certains des clients viennent de l’étranger, ne pourrait pas être plus d’accord. « Le gouvernement canadien doit faire la différence entre le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique », indique celui qui travaille pour Sotheby’s International Realty Québec.

Pour lui, le marché de Québec « va être indirectement pénalisé ».

« On commence à se démarquer à l’international, car nous avons des prix intéressants. Mais pourquoi écoperions-nous pour une surchauffe à Toronto ou en Colombie-Britannique ? » demande-t-il. 

Une légère hausse

Si le phénomène de la spéculation des étrangers existe au Québec, ce n’est qu’à Montréal.  

Au centre-ville, par exemple, les acheteurs étrangers ont mis la main sur 11,6 % de toutes les propriétés vendues en 2021. C’est un record, et de loin. 

Car dans l’île de Montréal au complet, pour les années 2016 à 2020, les condos vendus à des étrangers sont passés de 3,7 % à 4,1 %. Pour les maisons, on parle d’une stabilité située à 1,2 %.

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