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Aberration démocratique en vue en Californie

<strong>Gavin Newsom</strong><br><em>Gouverneur de Californie</em>
Photo AFP Gavin Newsom
Gouverneur de Californie

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En Californie, les démocrates dominent et Donald Trump s’est fait battre à plate couture en 2016 et en 2020. Pourtant, un trumpiste pur et dur pourrait devenir gouverneur le 14 septembre prochain.

La Californie est un monde à part à l’avant-garde de toutes les tendances, mais, pour ce qui est des pratiques électorales, elle pourrait bien être un exemple à ne pas suivre.

Le vote de révocation du gouverneur démocrate Gavin Newsom risque de mener à une aberration démocratique.

Un processus controversé

Le 14 septembre prochain, les Californiens répondront à deux questions : faut-il démettre le gouverneur de ses fonctions ? Si oui, qui faut-il choisir à la place ?Après six tentatives infructueuses, les adversaires de Newsom ont finalement recueilli plus de deux millions de signatures pour forcer ce vote. Dans ce processus, même si le gouverneur en poste est impopulaire, son parti a peu d’incitation à proposer un candidat de remplacement sérieux. Comme il y a peu d’obstacles aux candidatures, l’opposant le plus connu a naturellement plus de chances d’obtenir le plus de votes.

C’est arrivé en Californie en 2003, quand les électeurs ont délogé le démocrate Gray Davis et ont choisi le républicain Arnold Schwarzenegger, le « Governator », par une pluralité des voies.

Un choix empoisonné

Aujourd’hui, les sondages indiquent qu’une faible majorité de Californiens s’opposent à la révocation du mandat de Gavin Newsom, mais, comme cet appui est en baisse et plutôt mou, les chances d’un vote favorable à la révocation demeurent réelles.

Si c’est oui, 46 candidats ont satisfait les exigences minimales pour obtenir une place sur le bulletin de vote, y compris l’ex-athlète olympique transgenre Caitlyn Jenner (républicaine) et une ribambelle de personnalités secondaires. Le seul candidat qui se démarque vraiment est le républicain Larry Elder, un animateur de radio afro-américain associé à la droite libertarienne et partisan inconditionnel de Trump. Avec environ 20 % d’appuis dans les sondages, ce trumpiste qui carbure à la controverse a récemment dépassé le candidat de l’establishment républicain, John Cox.

La sagesse des fondateurs

Il n’est donc pas inconcevable que ce processus de révocation, mis en place avec les meilleures intentions démocratiques du monde, finisse par donner à la Californie un gouverneur trumpiste dont les idées sont aux antipodes des préférences de la vaste majorité des citoyens. Beau gâchis en perspective.

C’est un autre rappel que les pères fondateurs de la République américaine n’avaient pas tout à fait tort d’être sceptiques quant à l’infaillibilité de la « sagesse populaire ».

Depuis quelques décennies, aux États-Unis, on a tenté de remédier aux failles de la représentation démocratique en multipliant les choix électoraux, avec des résultats parfois aberrants. En même temps, les Américains n’arrivent pas à se débarrasser d’institutions ou de pratiques désuètes et antidémocratiques, comme le collège électoral ou le filibuster au Sénat.

Il y a beaucoup à apprendre de l’expérience démocratique américaine, mais c’est malheureusement de plus en plus à cause de ses erreurs et de moins en moins pour ses bons coups.