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Déconnexion afghane

ELEC-AFGHANISTAN-REACTIONS
Capture d'écran, TVA Nouvelles Wayne Eyre

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Le contraste aurait pu difficilement être plus saisissant.

D’un côté, le général des Forces armées canadiennes, la gorge nouée par l’émotion, annonçant la fin de la mission d’évacuation en Afghanistan, avec tout ce que cela comporte de tragédies humaines. 

Et de l’autre, le chef libéral Justin Trudeau, en tournée électorale à Québec sous un soleil radieux, tentant de se faire réélire.  

Un contraste saisissant, et peu flatteur pour M. Trudeau. 

Mission dangereuse 

Il fallait voir le visage déconfit du chef d’état-major par intérim Wayne Eyre et de deux hauts fonctionnaires qui l’accompagnaient pour annoncer la mauvaise nouvelle, hier matin.

L’émotion était palpable malgré leur présence en vidéoconférence.  

Se lisaient sur leur visage la déception et une profonde impuissance à pouvoir ramener au pays tous ceux à qui nous avions promis un sauf-conduit. 

« Nous aurions aimé rester plus longtemps et sauver tous ceux qui étaient si désespérés de partir. Et que nous ne puissions pas (le faire) est vraiment déchirant, mais les circonstances sur le terrain se sont rapidement détériorées », a expliqué le général Eyre, visiblement ébranlé. 

L’opération sauvetage afghane est selon lui l’une des « plus grandes », « complexes » et « dangereuses » de notre « histoire moderne ».  

Le Canada aura finalement réussi à évacuer 3700 Canadiens, résidents permanents et Afghans qui nous ont aidés.  

Des milliers d’autres, dont la vie est menacée, n’ont pas eu cette chance.  

L’échéance du 31 août négociée entre les États-Unis et les talibans est venue trop rapidement pour évacuer tout le monde. 

L’horreur

Le chaos des dernières semaines va laisser des traces dans les rangs des Forces armées.  

Ces militaires ont vu en personne les scènes horribles comme celle d’Afghans s’accrochant en vain à la carlingue d’un avion militaire américain en mouvement. 

« Ils ont été témoins de choses effroyables, ont fait face à d’incroyables dangers, et le sentiment d’impuissance et de culpabilité de devoir abandonner des gens à leur sort peut être lourd à porter », a dit Wayne Eyre. 

Les événements des dernières semaines ont été si déchirants et chaotiques que le général Eyre remet aujourd’hui en doute la mission dans son ensemble, elle qui s’est échelonnée de 2001 à 2014.  

Ce n’est pas peu dire.  

« Est-ce que ça aura valu la peine ? Le temps nous le dira », a-t-il lâché, dépité.  

« Nous avons fait une différence dans la vie de milliers de personnes, durant notre mission. Nous verrons si cela suffit. »

Déconnecté 

À peine une heure plus tard, à Québec, le chef libéral prenait la parole pour parler vaccination et aide pour les aînés. Pas un mot, dans son discours d’ouverture, sur le dénouement catastrophique majeur du sauve-qui-peut afghan. 

Est-il à ce point déconnecté ?  

La dissonance entre le point de presse des fonctionnaires qui ont mis leurs tripes sur la table et la sortie de M. Trudeau était stupéfiante. 

Pourtant, on sait Justin Trudeau capable d’exprimer son empathie devant des drames humains, comme il l’avait fait lors de la catastrophe aérienne du vol ukrainien abattu en Iran en 2020.

Mais voilà, il était trop occupé à vendre son programme pour monter au front avec ses soldats abattus.

Les oppositions s’étaient jusqu’ici gardé une petite gêne à critiquer trop sévèrement l’action du gouvernement Trudeau dans ce dossier.

Ils ont durci le ton hier, comme s’ils sentaient l’odeur du sang, même s’ils ont eux-mêmes bien du mal à expliquer ce qu’ils auraient fait de bien différent.

Les stratèges libéraux croient que la gestion de la crise humanitaire afghane aura un impact limité sur les intentions de vote.  

Rendus dans l’urne, les Canadiens se préoccuperont davantage d’enjeux internes. 

Il est trop tôt pour le dire.  

Mais une chose est certaine, voir M. Trudeau faire campagne pendant la plus dangereuse opération de sauvetage de l’histoire militaire récente renforce la perception que ces élections surviennent au pire des moments.  

Un moment que Justin Trudeau a choisi de son propre chef.

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