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Les talibans sous pression d'assurer la sécurité de Kaboul après l'attentat de l'aéroport

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Le discours des talibans au temps de leur insurrection a toujours été limpide : leur règne ne serait que charia, bonheur et sécurité. Mais l'attentat de jeudi contre l'aéroport de Kaboul, qui a fait au moins 85 victimes, met à mal cette rhétorique. 

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Durant leur vingt années de guérilla contre les forces américaines et afghanes, des centaines de leurs kamikazes se sont faits exploser contre des objectifs ennemis, faisant des milliers de victimes, dont de nombreux civils. Les mêmes armes sont utilisées contre eux maintenant qu'ils sont au pouvoir.

L'attaque de l'aéroport, revendiquée par le groupe État islamique, est un premier test pour les talibans. Elle démontre « qu'aucun groupe ne peut prétendre avoir le monopole de la violence en Afghanistan ni affirmer sécuriser le pays », constate Abdul Basit, un chercheur basé à Singapour.

L'EI « sera défait », a toutefois assuré Bilal Karimi, le porte-parole des talibans. Issus de branches théologiques différentes de la pensée jihadiste dure, les deux camps s'affrontent depuis des années en Afghanistan.

Mais les nouveaux maître afghans doivent d'ores et déjà se dire qu'ils ont eu une bien mauvaise idée de libérer méthodiquement tous les prisonniers lors de leur conquête éclair du pays ces dernières semaines.

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« Prudents »

Car si cette tactique les a aidés à regarnir leurs rangs, elle a également permis à d'autres groupes armés, dont l'État islamique, de faire le plein de sang frais.

Une erreur monumentale alors que leurs combattants sont à bout de souffle après des années de lutte acharnée contre les forces gouvernementales. Conscients des implications de ce mauvais choix, les dirigeants talibans tentent depuis de se dédouaner en rejetant la faute sur l'ancien président Ashraf Ghani, qui a fui le pays.

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« Nous sommes prudents parce que des prisonniers de Daech (l'acronyme de l'EI en arabe, NDLR) ont quitté la prison et se cachent maintenant après que des fonctionnaires de l'administration de Kaboul ont abandonné leurs postes », avait affirmé cette semaine leur porte-parole Suhail Shaheen.

Alors que les Occidentaux multipliaient les alertes contre les risques d'un attentat de l'EI à l'aéroport, Shaheen s'était voulu rassurant. « Nos services de renseignement et nos forces de sécurité sont actifs pour éviter un tel incident », avait-il poursuivi, interrogé par une télévision pakistanaise.

Le pire étant advenu, les talibans ont ensuite désigné Washington comme responsable, affirmant que la sécurité de la zone où les explosions se sont produites était assurée par les États-Unis.

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Bouc émissaire

Mais le bouc émissaire américain aura bon dos après le 31 août, quand les États-Unis auront retiré la totalité de leurs troupes du pays. Leur incapacité à empêcher de futurs attentats risque d'éroder le peu de confiance dont disposent les talibans, notamment dans la capitale.

« Les checkpoints talibans qui parsèment la ville n'ont pas réussi à attraper les auteurs de l'attentat de l'aéroport de Kaboul », a déclaré Nishank Motwani, un analyste afghan basé en Australie.

« Mais cela repose sur l'hypothèse que les talibans avaient l'intention d'assurer la sécurité en premier lieu pour protéger des vies », a-t-il ensuite glissé.

L'attentat contre l'aéroport ponctue dans le sang des années de combats entre les deux groupes armés. 

Si l'EI a été responsable de certaines des attaques les plus horribles de ces dernières années - contre des mosquées, des écoles, des manifestations et même un hôpital - les talibans restent confiants en leur habilité à les mettre au pas.

« Les gens devraient arrêter de quitter l'Afghanistan pour aller à l'extérieur », a récemment estimé Bilal Karimi, le porte-parole des talibans. « Ils sont en sécurité maintenant. »