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Ottawa doit payer sa part en santé

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Comme lors de chaque campagne électorale fédérale, le premier ministre du Québec fait connaître ses demandes aux partis fédéraux. Cette fois-ci, François Legault nous demande de juger les partis fédéraux sur la manière dont ils répondent à ses demandes.

En effet, c’est bien beau avoir un premier ministre populaire qui lutte vaillamment contre la pandémie, mais quand il demande les outils pour le faire, reçoit-il un appui de ses concitoyens qui va au-delà de la tape dans le dos ?

Car ils ont beau jeu, les fédéraux. Alors que la santé accapare une part grandissante du budget des provinces, le gouvernement canadien se contente d’envoyer des chèques ici et là. 

Injonctions du fédéral

Pensez-y un peu, à la manière dont le gouvernement fédéral, à qui nous envoyons la moitié de nos impôts, intervient dans nos vies. Des chèques pour la vieillesse ; des chèques pour les chômeurs ; des chèques pour l’aide d’urgence en pandémie : Alouette !

Le fédéral n’a pas à gérer de gros programmes sociaux, comme un système d’éducation. Il n’a pas à administrer des hôpitaux, à négocier des conventions collectives ou à acheter des médicaments. Le fédéral envoie des chèques aux provinces et se permet de leur émettre des injonctions : vous êtes priés d’investir plus dans les CHSLD et d’embaucher plus de médecins. Vous voulez investir dans les soins à domicile ? Pas notre problème.

Le souci, c’est que les besoins en santé augmentent beaucoup plus vite que la contribution du fédéral. Alors qu’il payait jadis pour 50 % des dépenses, conséquence normale d’un système où l’assurance maladie universelle a force de loi d’un océan à l’autre, Ottawa a fait son déficit 0 dans les années 1990 sur le dos des provinces en leur coupant les transferts. 

Vingt-cinq ans plus tard, le fédéral ne paye plus que 22 % des dépenses en santé et celles-ci accaparent 43 % du budget du Québec. Ça va continuer d’augmenter, d’environ 5 % par année, ce qui menace les autres missions de notre gouvernement. Les projections à long terme annoncent donc que le déficit des provinces va continuer de se creuser, alors que le fédéral retrouvera les surplus beaucoup plus rapidement.

Voilà pourquoi François Legault et ses homologues demandent une hausse de 35 % de l’investissement du fédéral en santé. Pour l’ensemble de la fédération, ça représente 28 milliards, dont environ 6 milliards pour le Québec.

Plus que des prières

Quand François Legault demande ça, donc, ce n’est pas pour l’argent dans ses poches. C’est pour mettre une plus grande part de nos propres impôts dans un système de santé pour lequel nous sommes très exigeants.

Cela dit, si le premier ministre est le seul au Québec à demander cet argent, c’est très possible que Justin Trudeau ne trouve pas ça trop coûteux de l’ignorer et de continuer de faire son chantage au CHSLD. Le NPD va dans le même sens. Quant à Erin O’Toole, sa proposition d’augmenter les transferts de 6 % par année ne permettra pas de rattraper la contribution perdue. Il n’y a que le Bloc québécois qui appuie la revendication de François Legault.

Il faut savoir ce que l’on veut. Lorsque les candidats aux élections fédérales se pointeront chez nous pour solliciter notre vote, de quoi allons-nous leur parler ? 

Les interpeller au sujet de l’Afghanistan, de la vaccination obligatoire et de la PCRE, c’est très bien. Cela dit, ce serait bien d’offrir aussi un petit coup de pouce à François Legault dans sa tentative d’aller chercher l’argent de nos impôts qu’Ottawa dépense à tout va pour plutôt le mettre dans nos hôpitaux.

Parce que pour faire face à une pandémie et pour soigner une population qui vieillit, ça prend plus que des prières et des normes du fédéral. Ça prend de l’argent, le nôtre.