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Une époustouflante saga familiale

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Photo courtoisie, Cedar Bowers Michael Christie

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Avec Lorsque le dernier arbre, l’écrivain canadien Michael Christie plante le décor d’une saga familiale qu’on a tout simplement adorée.

Michael Christie n’est pas le premier écrivain à avoir exercé toutes sortes de métiers avant de prendre la plume pour de bon. Serveur, skater professionnel, charpentier... Il a même travaillé pendant plusieurs années dans un refuge pour les sans-abri.

Un parcours sinueux qui lui a apporté la maturité et, surtout, l’envie d’écrire le genre de bouquin qu’il aurait lui-même souhaité lire. À savoir un roman avec plein de personnages, dont il sera ensuite intéressant de suivre l’évolution et les interactions. Un roman qui, après cinq longues années de travail acharné, deviendra Lorsque le dernier arbre.

« J’imagine que c’est différent pour chaque écrivain, mais moi, je commence toujours par les personnages, explique Michael Christie, qui vit avec sa famille sur Galiano Island, l’une des îles de Colombie-Britannique situées dans le détroit de Géorgie. J’ai donc d’abord eu l’idée d’un ermite qui allait trouver un bébé dans la forêt, près de chez lui. Ça m’est venu quand j’ai eu mon premier enfant. Juste après sa naissance, je m’étais demandé comment on pouvait me permettre de sortir avec lui dans les rues de Vancouver. Je n’avais pas l’impression de le mériter ou d’être assez responsable pour le faire... »

À ce moment-là, Michael Christie ne savait pas encore que cet ermite allait bientôt faire partie du clan Greenwood, et que tout son livre – qui s’intitule d’ailleurs Greenwood en anglais – raconterait l’histoire de cette famille atypique sur plusieurs générations.

Retrouver ses racines

Dans les premiers chapitres, il n’y aura pourtant pas d’ermite trouveur de bébé. C’est plutôt avec Jacinda – alias Jake – Greenwood, l’une de ses lointaines descendantes, que l’histoire va débuter. Et de ce fait, on va plonger tête première en plein cauchemar écologique parce qu’en 2038, la Terre n’aura plus rien à voir avec celle qu’on connaît présentement.

Changements climatiques, épidémies fongiques et invasions d’insectes ayant tué presque tous les arbres de la planète, des « nuages de poussière assassins » se sont répandus partout. Avec, pour résultat, l’apparition d’une nouvelle variante de la tuberculose dont il est très difficile de guérir. « Là où je vis, il y a déjà beaucoup d’arbres qui meurent, précise Michael Christie. Les cèdres rouges de l’Ouest sont vraiment malmenés par le stress répété des sécheresses, alors je ne pense pas donner dans la dystopie en imaginant que sous peu, les arbres ne pourront pas survivre. Ils ont l’air robustes et presque immortels, mais en réalité ils sont très fragiles et s’adaptent difficilement au changement. »

Dendrologue de formation – c’est-à-dire une botaniste spécialiste des arbres –, Jake a toutefois la chance de travailler à la Cathédrale arboricole de Greenwood, un complexe de luxe au large de la Colombie-Britannique qui abrite l’une des toutes dernières forêts primaires de la terre. À titre de guide forestière, elle accueille ainsi quotidiennement de richissimes clients venus se ressourcer dans ce majestueux décor thérapeutique. Cela étant, jamais elle n’aurait cru qu’un jour elle verrait aussi débarquer son ex-fiancé, désormais juriste. Une simple coïncidence ? Pas du tout. Silas pense en
effet que Jake pourrait être l’arrière--petite-fille de Harris Greenwood, un magnat du bois de la côte ouest qui aurait acheté en 1934 l’île sur laquelle elle se trouve. Et que donc, elle pourrait en être la propriétaire.

Arbre généalogique

Sur Galiano Island, Michael Christie a bâti sa maison en bois lui-même. Et c’est en coupant les arbres qui allaient lui servir qu’il a réalisé que chaque anneau de croissance avait sa propre histoire. On vous raconte ça parce que c’est ce qui lui a donné l’idée de structurer son livre à la manière d’un tronc d’arbre : plus on s’approche des pages du milieu, et plus on recule dans le temps. Puis, une fois arrivé en 1908, on repart dans le sens inverse pour retrouver l’année 2038. « Je trouvais que c’était une excellente façon de construire un roman, ajoute Michael Christie. Mais ça a réclamé énormément de travail, car changer une seule période de temps changeait tout... »

En revenant en arrière, on côtoiera entre autres le père de Jake, un charpentier-menuisier fauché comme les blés qui a perdu trop jeune la vie sur un chantier, la grand-mère de Jake, une militante écologiste qui n’a reculé devant rien pour faire cesser le génocide des grandes forêts patrimoniales, ou l’oncle de Jake, l’ermite qui aura le malheur de trouver un nourrisson abandonné au cœur de la forêt.

Bref, un roman touffu qui ne laissera absolument personne de bois. Et on a entendu à travers les branches qu’il allait bientôt faire l’objet d’une minisérie.

<b>Lorsque le dernier arbre</b><br />
Michael Christie<br/>
aux Éditions Albin Michel<br/>
608 pages
Photo courtoisie
Lorsque le dernier arbre
Michael Christie
aux Éditions Albin Michel
608 pages