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La dictature des minorités

La dictature des minorités
AFP

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Vendredi soir, à Bolton, en Ontario, Justin Trudeau a été obligé d’annuler un événement politique parce que des manifestants étaient trop agressifs et que la police craignait pour sa sécurité. Cet incident est révélateur de la présence chez nous d’un cancer politique déjà répandu aux États-Unis et en Europe.

Un petit groupe de fanatiques et d’hurluberlus estime avoir raison contre l’immense majorité de la population. Ses membres s’imaginent que les vaccins sont dangereux et que l’imposition de mesures sanitaires pour se protéger contre la COVID-19 brime leurs droits fondamentaux.

  • Écoutez la chronique de Loïc Tassé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Ces esprits brumeux ont le droit d’exprimer leurs opinions. Ils ont aussi le droit de manifester. Mais ils n’ont pas le droit de briser le processus démocratique.

En empêchant un dirigeant d’un parti politique de s’exprimer, ils ont entravé le processus démocratique. Ils l’ont entravé au nom du respect de leurs droits individuels, mais leurs droits individuels sont fondés sur la démocratie. Cherchez l’erreur.

Heureusement, les autres chefs politiques ont tous vu le danger pour la démocratie et ils ont dénoncé les actions de ces manifestants.

Sauf que ce genre de manifestations d’enragés existe aussi ailleurs : voyez les manifestants du 6 janvier au capitole américain ou les Gilets jaunes en France. 

Violence de la démocratie

Dans tous les cas, ces gens estiment que la démocratie est cassée et qu’ils ont donc pleinement le droit de manifester avec violence, parce que la démocratie, jugent-ils, est violente contre eux.

En effet, la démocratie est violente. Elle remplace les combats armés par des combats verbaux. Et le parti qui remporte le plus de voix impose sa volonté aux autres, surtout s’il gagne une majorité de sièges.

Mais cette violence démocratique est acceptée par tous, parce que sinon, les autres choix consistent à plier sous la domination de minorités, ce qui est odieux.

Le refus d’accepter la victoire de la majorité est une composante essentielle du trumpisme. Elle est aussi un ingrédient du mouvement des Gilets jaunes qui les fait pencher vers l’anarchisme.

Multiculturalisme extrême

Le refus du jeu démocratique est également une conséquence du nouveau multiculturalisme.

En effet, les droits des minorités sont non seulement protégés, mais placés sur un piédestal. Dans ce contexte, les anti-vaccins et les anti-mesures sanitaires se demandent pourquoi, en tant que minorités, ils ne pourraient pas aussi bénéficier d’un traitement de faveur.

En ce sens, par un curieux retour des choses, Justin Trudeau est victime du multiculturalisme extrême qu’il encourage lui-même.

Le problème risque de s’aggraver en ces temps de triomphe des médias sociaux.

Qui en effet jugera du mérite d’une minorité électorale par rapport à une autre ? 

La seule façon de revenir à un certain consensus politique est d’abandonner la voie dangereuse de ce multiculturalisme extrême.

Et pour l’abandonner, il faut comprendre où mène la glorification sans retenue des minorités de tout acabit.