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Un premier «vin de toit» montréalais

Notre chroniqueur s’est taché les doigts avec le raisin de cette cuvée intégralement cultivée et vinifiée en ville

Chronique : Louis-Philippe Messier
Photo Chantal Poirier La vigneronne expérimentale Véronique Lemieux réalise cette année son rêve de produire un vin urbain à la fois cultivé sur les toits et vinifié dans un chai artisanal aménagé en pleine ville.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


La vigneronne expérimentale Véronique Lemieux rêvait depuis cinq ans de produire un vin urbain 100 % montréalais, de la vigne jusqu’au chai. Aujourd’hui, son ambition porte des fruits.

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Mme Lemieux m’a invité sur le toit de la Centrale agricole de Montréal, pas loin du centre Rockland et du Marché Central. Là se trouve probablement le plus grand vignoble sur toit du monde, selon ses dires. Je vais l’aider à faire les vendanges.

Immédiatement après la récolte, dans son chai (lieu où l’on entrepose les fûts de vin) situé dans le même édifice, la vigneronne, pieds nus, s’amuse à fouler son raisin. Celui-ci est généralement pressé mécaniquement, mais elle s’enorgueillit de la faire ainsi pour sa propre récolte. Puis, la vinification commencera, avec les conseils de l’entreprise de vinification Lieux communs.

Avec le conseiller en vinification Daniel Gillis, de Lieux communs, nous transportons une partie de la récolte vers la cuve où les raisins seront foulés et pressés.
Photo Chantal Poirier
Avec le conseiller en vinification Daniel Gillis, de Lieux communs, nous transportons une partie de la récolte vers la cuve où les raisins seront foulés et pressés.

L’organisme fondé par Véronique Lemieux, Vignes en ville, cultive aussi du raisin sur les toits du Palais des congrès, de l’ITHQ et de la compagnie de jeux vidéo Ubisoft. Ces récoltes mélangées donneront le premier « vin de toit » : une cuvée d’environ 180 bouteilles.

« Au lieu de les vendre à l’unité, je vais m’assurer qu’un maximum de gens au Québec puisse en déguster dans des événements en rapport avec la viticulture ou avec l’agriculture urbaine. »

Le fruit accroché aux 200 pieds de vigne (du marquette, du frontenac blanc et noir et du petite perle) semble trop beau pour être vrai, comme certaines grappes décoratives particulièrement réalistes.

Comme pour vérifier son authenticité, j’arrache un grain de frontenac noir aussi sphérique qu’une bille. Je le porte à ma bouche. Il explose sous ma dent. C’est délicieux, juteux et sucré. Ce raisin bizarrement parfait a poussé ici sans pesticide.

Ces raisins me semblaient presque trop parfaits.
Photo Chantal Poirier
Ces raisins me semblaient presque trop parfaits.

« Les maladies et les parasites qui affectent les vignes conventionnelles parviennent difficilement à survivre ou à se propager dans un environnement aussi extrême qu’un toit », m’explique Mme Lemieux.

Un vin non conventionnel

Normalement, le travail de vendanger comprend une part de tri : on garde le bon fruit, on jette le reste. 

« Ici, on garde tout, tout est beau, ce qui est exceptionnel », commente la vigneronne qui me raconte avoir déjà vendangé des vignes conventionnelles où près du tiers de la récolte était impropre à faire du vin.

Impossible de produire un vin conventionnel avec ces raisins de toit. Ceux-ci n’ont pas la complexité gustative terrienne de fruits issus de vignes dont les racines puisent dans différentes strates de sol. 

« Nous allons réaliser un vin pétillant naturel (pet nat) aussi vif et frais que possible », m’explique Daniel Gillis, 30 ans. Il a fondé le chai urbain de Lieux communs avec trois autres jeunes de son âge, la plupart sommeliers au restaurant Damas, et va conseiller Mme Lemieux pour sa vinification.

Montréalais, à vos toits

La vigneronne urbaine espère maintenant que son expérience concluante propagera l’idée que chaque toit vide en ville représente du gaspillage d’ensoleillement.

« Les Montréalais intéressés à cultiver des vignes sur toit, sur balcon ou dans la ruelle, peuvent me joindre pour des conseils. »

Plus il y aura de Montréalais pour cultiver des vignes, plus les prochaines cuvées de vin urbain seront massives. 

Bien hâte de m’en servir une coupe !