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Une course à trois dans Hochelaga

Cette circonscription baromètre a changé de couleur trois fois au cours des dix dernières années

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Du Bloc québécois au Parti libéral en passant par le NPD, les électeurs d’Hochelaga ont changé d’allégeance trois fois en dix ans et sont encore prêts à le faire pour élire un député attentif à leurs soucis.

« Si les libéraux ramassent tout aux élections, ça ne s’améliorera pas pour nous, c’est certain. Ça nous prend un gouvernement minoritaire qui a intérêt à nous écouter », lance le retraité Michel Fontaine d’une voix forte pour tenter de couvrir les klaxons des camions.

La députée sortante libérale et candidate Soraya Martinez Ferrada.
Photo tirée de Twitter
La députée sortante libérale et candidate Soraya Martinez Ferrada.

Nous sommes au coin de Notre-Dame et Dickson à Montréal, devant l’usine désaffectée de fabrication d’électroménagers MABE. Juché sur la plateforme d’un camion Ford F-150 dans le stationnement du Tim Hortons, le syndicaliste John Caluori d’Unifor empoigne un porte-voix.

« Faites du bruit ! crie-t-il. Justice pour les bafoués de MABE ! » Il lance la manifestation annuelle des retraités de l’usine, qui, en plus d’avoir perdu leurs emplois, ont vu leurs pensions coupées de 22 % à la faillite de l’entreprise, en 2014.

Dans la foule, le candidat bloquiste d’Hochelaga, Simon Marchand, lève le poing en signe de soutien, tandis que son collègue Mario Beaulieu, député de la circonscription voisine de Pointe-de-l’Île, tend le sien en guise de poignée de main.

« Le Bloc s’occupe beaucoup de nous autres. Ils ont parlé de nous à la Chambre des communes. Ça compte ça », souffle M. Fontaine.

Match revanche Bloc-Libéral

Le Bloc a perdu Hochelaga contre la libérale Soraya Martinez Ferrada par seulement 328 voix en 2019 et compte bien gagner le match revanche. Dans les rangs des anciens de MABE, en tout cas, c’est déjà chose faite.

Le candidat du Bloc québécois en discussion avec d’anciens employés de MABE.
Photo courtoisie
Le candidat du Bloc québécois en discussion avec d’anciens employés de MABE.

« Soraya qui ? Non, jamais entendu parler. En tout cas, elle n’est jamais venue à nos manifestations », souffle Michel Morin, dernier président du local syndical d’Unifor dans l’usine. 

Quant aux conservateurs qui tentent de séduire les travailleurs à coup de promesses prosyndicales, leur programme est éclipsé par le bilan des années Harper.

S’alignant sur une demande du Bloc, Erin O’Toole promet de protéger les pensions des travailleurs contre les hauts dirigeants qui voudraient piger dans leur régime de retraite en cas de faillite ou de restructuration. 

« M. O’Toole fait des promesses, mais les promesses de campagne, nous autres on connaît ça, dit M. Morin. Harper était au pouvoir quand l’usine a fermé en 2014. Regardez ce que ça a donné. »

Le NPD patient et persévérant

En revanche, sur la place Valois, où se rassemblent retraités en triporteur et jeunes professionnels engagés qui pour la plupart ont voté Québec solidaire au provincial, les cœurs balancent du côté néo-démocrate.

Catheryn Roy-Goyette, candidate pour le Nouveau Parti démocratique, en discussion avec une électrice.
Photo Anne-Caroline Desplanques
Catheryn Roy-Goyette, candidate pour le Nouveau Parti démocratique, en discussion avec une électrice.

Beaucoup en pincent pour Catheryn Roy-Goyette, conseillère politique de l’ex-députée orange d’Hochelaga, Marjolaine Boutin-Sweet. Malgré sa défaite en 2019, la jeune femme a continué à s’impliquer à temps plein dans le quartier et n’est pas passée inaperçue.

« Être députée ce n’est pas la seule façon de changer les choses », souffle-t-elle.

Partie bonne troisième dans la course, la néo-démocrate est la candidate qui connaît la meilleure progression dans les intentions de vote à Hochelaga, d’après le site 338Canada, qui compile les différents sondages du pays.

Deux enjeux clés 

Crise du logement

Dans les rues d’Hochelaga, la crise du logement est sur toutes les lèvres. L’embourgeoisement d’HOMA pousse les loyers à la hausse et évince un à un ceux qui ne peuvent pas suivre l’augmentation des prix. Un 4 1⁄2 se loue maintenant 1300 $ par mois en moyenne.

Or, 28,7 % de la population d’Hochelaga-Maisonneuve et 29,9 % de celle d’Hochelaga-Sud vivent en situation de faible revenu, contre 15,3 % de celle de l’ensemble de la région métropolitaine de Montréal, d’après le portrait du quartier publié par la Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve en juin 2020.

« L’accès au logement abordable est une priorité pour nous », assure la députée sortante, Soraya Martinez Ferrada.

En janvier, son gouvernement a accordé 56,8 millions $ à la Ville de Montréal pour la « réalisation rapide » de 263 logements. 


Crise climatique

En cet été caniculaire, il a souvent été difficile de trouver un coin de fraîcheur à Hochelaga, un secteur accablé par les îlots de chaleur. Ceux-ci causent des hausses de mortalité et de morbidité et le problème va en s’aggravant en raison des changements climatiques, prévient l’Institut national de santé publique.

Or, un gigantesque îlot de chaleur de plus se prépare entre les rues Hochelaga et Notre-Dame, en bordure du port. Ray-Mont Logistics souhaite y construire un vaste terminal de transbordement direct du vrac au conteneur.

Les citoyens et la Ville s’y opposent. Les candidats fédéraux sont aussi tous contre, mais ne s’entendent pas sur une solution de rechange. Entre les libéraux qui prônent des mesures de mitigation et les néo-démocrates qui veulent l’expropriation du promoteur, le Bloc voudrait qu’Ottawa rachète les terrains pour y installer la future usine de Moderna, en plus de construire des logements sociaux et un parc.